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Syndicalisme étudiant et grandes écoles : une rencontre impossible ?


Le débat sur le CPE le prouve une fois de plus, les étudiants des grandes écoles se montrent peu sensibles aux discours des syndicats étudiants. Il faut dire que ceux-ci ont beaucoup de mal à s’implanter dans ces structures.



Les syndicats étudiants abordent les grandes écoles de différentes manières. Alors que l’UNEF, opposée à tout système de sélection dans l'enseignement supérieur, a des réticences idéologiques à se tourner vers les étudiants de ce type d’établissement, l’UNI a créé une structure spécifique pour s’adresser à eux, Promotion grandes écoles. Le constat est cependant le même : difficile de faire entendre sa voix dans les grandes écoles.
« On ne s’implante pas dans une école comme dans une université », souligne Olivier Vial, délégué général de l’UNI. « A l’université, les élections rythment la vie des syndicats, leur permettent de se faire connaître. Tandis que dans un certain nombre d’écoles, cela n’existe pas ». Pour Sophie Binet, membre de l’UNEF et élue au CNESER (1), cet état de fait s’explique en partie par la taille des écoles : «Ce sont en général des petites structures, relativement isolées par rapport aux grands centres universitaires. On a le même problème avec les BTS, situés dans les lycées. Il n’est pas évident de créer une représentation syndicale permanente dans des établissements de cette taille».
Face à cette situation, l’UNI a choisi de développer une publication destinée aux grandes écoles et de soutenir des associations déjà présentes à l’intérieur des établissements. Elle les aide notamment à organiser des conférences. A l’UNEF, il n’y a pas de démarches claires au-delà du leitmotiv « On s’adresse à tous les étudiants ». « On a encore le mauvais réflexe de penser que ces étudiants sont des privilégiés, qu’ils n’ont pas besoin de notre aide. Du coup, on n’a pas su adapter notre discours aux particularités de chaque filière », admet Sophie Binet.

Une vision différente du monde du travail

Parmi les raisons qui expliquent les différences d’implication syndicale, le type d'études joue de façon évidente. Ainsi, en ce qui concerne la mobilisation contre le CPE, les étudiants des écoles de commerce se sentent peu concernés, persuadés que leur diplôme leur ouvrira la voie royale vers un CDI. Les étudiants en Lettres ou en Sciences sociales sont au contraire très remontés. « Ces filières offrent très peu de débouchés, l’inquiétude est donc plus forte et la mobilisation légitime », souligne Olivier Vial.
Le fonctionnement des établissements et les moyens mis à leur disposition contribuent à accroître les différences. L’assiduité en cours est en général plus contrôlée dans les écoles que dans les universités ; les étudiants sont donc moins disponibles pour militer, revendiquer ou encore manifester. Et quand parfois ils le font, la mobilisation est brève. Enfin, certaines écoles coûtent cher et il s’agit alors, logiquement, de rentabiliser son investissement.
Il faut néanmoins prendre garde à ne pas généraliser de manière trop hâtive. « Dans les ENS, les INSA, les écoles polytechniques ou les IEP, les syndicats sont bien implantés », précise Sophie Binet. Le point commun entre ces écoles ? Elles participent toutes à des scrutins d’ampleur nationale comme les élections au CNESER. Ce qui n’est pas le cas de la plupart des écoles de commerce. Faut-il y voir une simple distinction entre les établissements publics et privés ? « Ce n’est pas aussi clair », nuance Olivier Vial, « les écoles militaires, par tradition, mais aussi les écoles d’agriculture n’ont pas de représentants syndicaux à l’échelle nationale ».

Le BDE tout puissant

Il reste qu’il est plus difficile de s’implanter dans une grande école que dans une université. «Lors de la dernière élection du Conseil de l’école de l’INSA-Toulouse, nous étions en concurrence avec une liste soutenue par l’école, ils avaient le logo de l’établissement sur leurs tracts. L’élection a d’ailleurs été annulée pour cette raison», relate Sophie Binet. Il faut également compter avec les BDE. « Les grandes écoles ont un côté paternaliste, elles ont des associations maison, financées par la direction, qui ont pignon sur rue », précise-t-elle. «Souvent, l’école délègue la gestion de la vie étudiante au BDE et c’est lui qui choisit de nous laisser ou non pénétrer dans l’établissement», explique Olivier Vial. Le problème se pose notamment lors des élections au CROUS, qui concernent tous les étudiants de France. « En général, nous essayons de nous appuyer sur les réseaux que nous avons tissés », raconte le délégué général. « Nous mettons en place des listes mixtes entre les étudiants de l’école et les membres de l’UNI. Mais nous restons soumis au bon vouloir des BDE pour faire campagne. Ils nous flanquent parfois d’un accompagnateur maison, quand ils ne nous refusent pas tout simplement l’entrée : ce sont de fait eux qui décident quelle liste va gagner. C’est d’autant plus frustrant que, quand on arrive à les atteindre, les étudiants de ces écoles se mobilisent autant pour les scrutins que ceux des universités ».
La réalité est donc plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Les universités restent les grands lieux des mobilisations, et ce sont leurs étudiants qui en subissent les contrecoups, quand des cours sont supprimés ou encore dans l’image qu’ils peuvent renvoyer à leurs futurs employeurs. « C’est vrai, il y a un problème de représentation caricaturale (de l’universitaire contestataire, Ndlr), admet Sophie Binet, mais les employeurs apprécient aussi les universitaires pour leur capacité d’autonomie et leur esprit critique, qui est souvent plus faible chez les jeunes diplômés issus des grandes écoles. »

NB :



David Allais
18/03/2006


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