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Les écoles de journalisme privées ont du mal à rester indépendantes


Le CFJ, l’IPJ ou encore le l’ESJ, les trois grandes écoles privées de journalisme ont toutes, ces dernières années, de manière libre ou imposée par l’urgence financière, noué des alliances pédagogiques ou économiques. Le modèle des établissements totalement autonomes semble appartenir au passé.



CFJ à Paris
CFJ à Paris
En 2003, le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) , alors en redressement judicaire, est racheté par Edition Formation Entreprise (EFE). L’arrivée du groupe de formation continue dans le capital sauve l’école de la rue du Louvre. Pour Christophe Deloire, actuel directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ), qui s’occupe de la formation initiale au sein du groupe CFPJ , « EFE a permis la réintroduction de principes de saine gestion et a redonné de l’élan à l’ensemble du groupe sans pour autant changer la nature de la formation. » Il faut dire que, depuis le milieu des années 90, le CFPJ, qui avait vécu grand train jusque-là, avait du mal à retomber sur ses pattes financièrement. Désormais, EFE impose une gestion rigoureuse, introduisant des notions de rationalisation économique qui font parfois tiquer les anciens élèves de l’école.

Fin 2009, c’est la puissance publique qui vient au secours de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille en proie à de grosses difficultés financières. La région Nord-Pas-de-Calais accorde une subvention de 2,8 millions d’euros à l’établissement pour apurer la dette. « Actuellement, nous travaillons sur les coûts de fonctionnement interne pour avoir une gestion plus saine et revenir totalement à l’équilibre », explique Marc Capelle, directeur délégué de l’école. Outre cette exigence de rigueur, le sauvetage de l’école par la région a été assorti de changements forts : les droits d’inscription sont passés de 3500 euros à 3900 euros, le conseil d’administration, autrefois réservé aux anciens élèves, a été ouvert aux collectivités locales et aux entreprises, et enfin l’ESJ s’est rapprochée de l’IEP de Lille. Pour Marc Capelle, ces évolutions appartiennent à des registres différents. « Nous souhaitions depuis plusieurs années nous rapprocher de l’université, initialement nous pensions à Lille-3, finalement, c’est Science Po ». Le contexte économique ne serait donc pas prépondérant dans ce rapprochement.

Des alliances stratégiques

De même, le CFJ et l’Institut pratique de journalisme (IPJ), qui ont également noué récemment des partenariats avec des universités - Paris 1 pour le CFJ, Dauphine pour l’IPJ - évoquent avant tout des raisons stratégiques et pédagogiques pour expliquer ces alliances. « Notre partenariat avec Dauphine a d’abord été initié suite à un constat sur l’évolution de l’enseignement supérieur : à l’heure où des établissements de 10.000 étudiants sont considérés comme petits, des écoles comme les nôtres sont microscopiques et, à court terme, notre rayonnement et notre capacité à nouer des partenariats seront obérés. Les universités, de part leur taille, sont des partenaires idéaux », décrit ainsi Pascal Guénée, directeur de l’IPJ. S’il reconnaît que, sur le moyen terme, l’alliance avec Dauphine pourra faciliter les choses sur le plan économique, pour l’achat de locaux par exemple, il estime que le rayonnement académique est l’aspect le plus important. Marc Capelle insiste également sur ce point en soulignant que l’alliance avec l’IEP de Lille est un atout pour aller chercher d’autres partenaires en Europe. « Au niveau économique, précise le directeur délégué de l’ESJ, cela ne nous apporte pas grand-chose : nous bénéficions de cours des professeurs de l’IEP à titre gratuit et également d’une éxonération de la taxe sur les salaires (1) depuis que nous sommes habilités à délivrer un master ».

Reconnaissance internationale

ESJ à Lille
ESJ à Lille
Le grade de master est aussi au cœur des stratégies d’alliance : l’harmonisation de l’espace européen de l’enseignement supérieur, à travers le processus de Bologne, a incité les écoles à se rapprocher d’établissements universitaires pour ne pas rester en marge du mouvement et donc à s’aligner sur leurs niveaux de diplômes. Le partenariat du CFJ avec Paris 1 est, de ce point de vue-là, très explicite : le master qui a été mis en place est exclusivement réservé aux étudiants du CFJ, sous réserve qu’ils s’inscrivent et qu’ils disposent déjà d’une licence (le CFJ est accessible à Bac+2). L’ajout du grade de master est un plus indéniable : les diplômes des trois écoles, très peu connus à l’étranger, prennent dès lors une dimension internationale.
A y regarder de plus près, l’orientation prise par les écoles de journalisme s’insère dans le mouvement plus global de regroupement des structures de l’enseignement supérieur qui se développe ces dernières années et qui s’est accéléré sous l’impulsion du président Nicolas Sarkozy et de sa ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse. Marc Capelle et Pascal Guénée le reconnaissent d’ailleurs volontiers. Pour le premier, « c’est la fin d’une exception française », celle des écoles professionnalisantes déconnectées de l’université ; pour le second, le rapprochement avec Dauphine « va dans le sens de l’Histoire ».


NB :

(1) Il s’agit d’un mécanisme fiscal qui s’applique aux associations.

David Allais
16/09/2010
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Voir aussi : cfj, dauphine, esj, ipj, journalisme
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Ben le 16/09/2010 18:29
Tiens... on se dirige vers le système campus US.
http://www.benoit-deschodt.com

2.Posté par Pascal BEHAL le 19/09/2010 13:41
Bonjour,
Les Français s'imaginent que les journalistes sont indépendants, et objectifs : vous pouvez constater le contraire. Les journalistes font partis des élites, ils dépendent "intègralement" de l'argent du pouvoir, et ne nous ne trouvons (chiffre à l'appui) aucun fils, aucune fille d'ouvrier. Toutes les écoles ont des frais d'inscription hors d'atteintes des plus modestes fils ou fille d'ouvrier. Si vous parvenez à un niveau qui vous permet un droit d' entrée dans ces écoles, le frein des frais d'inscrption, sera peut-être l'ostacle final, que vous ne pourrez pas passer. C'est ainsi, que tous les journaux quie appartiennent, aux plus grosses fortunes, (Bouygues, Dassault Boloré Arnaud...) trouvent autant de journalistes à leur service et sont assez serviles, à ceux, qui leur donne à manger. C'est comme çà, il faut s'y faire.

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