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Grandes écoles : vers une stratégie multisite en France


Bien que la région parisienne dispose déjà d’une offre de formation fournie, proposée par une multitude de grandes écoles et 17 universités, des écoles de commerce d’autres régions viennent s’y implanter. De son côté, l’Institut d’Etudes Politiques de Paris se dit satisfait de ses premiers cycles établis en province et envisage d’en ouvrir d’autres. Ces démarches de délocalisation géographique répondent à des logiques différentes, mais visent dans les deux cas un accroissement des effectifs et du poids de l’établissement dans le paysage éducatif français.



ESC Lille
Si Sciences Po Paris a ouvert dès 2000 des premiers cycles en régions (à Nancy, Dijon, Poitiers puis Menton) c’est pour y proposer à une partie de ses étudiants des conditions d’enseignement plus favorables qu’à Paris, notamment grâce au cadre de vie que peut proposer une ville moyenne. Le coût du logement y est moindre et le nombre restreint d’élèves permet de créer un meilleur esprit de promotion, fait notamment valoir l’IEP.
On peut donc se demander ce qui, à l’inverse, peut motiver l’ESC Dijon à vouloir se développer à Paris. En effet, cette école a depuis janvier 2004 ouvert une antenne dans la capitale et vise la création d’un véritable campus parisien. La réponse officielle est simple : l’IEP de Paris cherche à recruter davantage d’élèves en formation initiale qui n’ont pas nécessairement les moyens de se loger à Paris pendant 5 ans, tandis que l’ESC Dijon cible le marché de la formation continue, qui est très parisien. Pourtant les cartes se brouillent lorsque l’on apprend que l’ESC Dijon n’exclut pas de proposer un jour à ses étudiants en formation initiale de finir leur scolarité à Paris.

L’ESC Lille a d’ailleurs franchi cette étape en ouvrant un centre parisien (plus de 2000 m2 à La Villette). A l’origine, en 1998, il s’agissait surtout pour l’école du Nord de développer son offre de formation en apprentissage (alternance école/entreprise), pour une quarantaine d’étudiants. Aujourd’hui le site parisien peut en accueillir 500 à 600 (soit 20% du total) dans l’ensemble des programmes proposés par l’école lilloise, c’est-à-dire de la formation initiale au MBA. « Etre à Paris c’est également un moyen de promouvoir le nom de l’école, d’être plus proche des décideurs », explique Claire Barbaret, la directrice du campus parisien. L’école, dont le logo affiche cette double localisation à Lille et Paris, peut désormais collecter la taxe d’apprentissage en Seine-Saint-Denis.
L’ESC Rouen semble marcher sur ses traces. Il y a trois ans, implantée dans un centre d’affaires du 11ème arrondissement de Paris, elle a commencé par proposer un mastère spécialisé en formation continue. Il faut croire qu’elle y a trouvé son compte, puisque l’école en propose aujourd’hui quatre, en sus de son MBA. Elle a en outre déménagé à proximité de la gare Saint-Lazare. On pourrait aussi citer l’EM de Lyon ou encore L’Essca d’Angers, qui suivent des stratégies similaires.

Mutualiser les investissements entre établissements

A l’inverse, aucun de ces établissements ne s’inquiète de voir à l’avenir les écoles de gestion parisiennes (comprendre historiquement implantées à Paris) développer une offre de formation continue spécifique à leurs régions. Pour les HEC, Essec et autre ESCP, les enjeux sont il est vrai ailleurs, à l’international notamment. Pourtant, à l’image du réseau de premiers cycles qu’est en train de construire l’IEP de Paris, on pourrait imaginer qu’un jour les écoles de commerce parisiennes développent une offre de Licences (ces écoles disent Bachelor), et pourquoi pas ailleurs que dans la capitale. Pour le moment, le système des classes préparatoires rend improbable un tel investissement, mais la mise en place du schéma LMD (et donc d’un découpage des études à Bac+3, Bac+5 et Bac+8) et la stagnation des effectifs en classes préparatoire incitent nombre d’établissements à réfléchir à des voies de recrutement alternatives. L’ESC Lille propose déjà une prépa intégrée au sein d’un cursus en trois ans (le diplôme terminal, une Licence, est cependant délivré par l’université) : d’autres pourraient suivre son exemple.
Proposer des programmes en régions requiert un investissement moins lourd qu’à Paris, puisque les collectivités locales notamment sont prêtes à mettre la main à la poche pour attirer les grandes écoles de la capitale. Celles-ci peuvent pourtant entrer en concurrence avec les établissements locaux. L’IEP de Paris a vaincu les réticences et a réussi à mettre à contribution les collectivités pour financer son expansion géographique. La grande école envisage d’ailleurs d’étendre son dispositif à d’autres régions et de généraliser le modèle « premier cycle en province et master à Paris ». Seule ombre au tableau, il est parfois nécessaire de financer le déplacement de professeurs en régions. Cela se révèle coûteux, comme l’a constaté Sciences Po, qui a dû mettre en place un système de visio-conférence.

De leur côté, les établissements de province ont encore bien des pistes à explorer. Pourquoi ne mutualiseraient-ils pas leurs investissements immobiliers à Paris ? Surtout lorsqu’ils sont originaires d’une même région ou qu’ils ne sont pas en concurrence les uns avec les autres (dans le cas par exemple d’une école de commerce et d’une école d’ingénieurs qui veulent s’implanter à Paris). En ce qui concerne les Instituts d’Etudes Politiques de régions, motivés par une attractivité et une visibilité croissantes, ils auraient également tout intérêt à offrir une partie de leurs masters à Paris et ainsi proposer à leurs étudiants de finir leur scolarité dans la capitale.


P-A. Pillet
30/12/2005


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