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L’international a moins la cote auprès des étudiants chinois


La Chine compte 280 accords interuniversitaires rien qu’avec la France. Un millier de jeunes Français suivent actuellement des études dans le pays, tandis que 15 000 Chinois ont choisi l’Hexagone pour y suivre un cursus. Toutefois, ces échanges d’étudiants chinois dans le monde connaissent une baisse générale de régime. C’est l’effet paradoxal du fort développement de l’enseignement supérieur en Chine même.



La Grande-Bretagne s’inquiète : le flux de jeunes Chinois venant suivre des études sur le sol britannique se tarit. Le nombre d’étudiants chinois au niveau undergraduate a ainsi diminué de près de 26% entre 2003 et 2004, selon le Financial Times qui cite les derniers chiffres disponibles. Golden Orient, une des agences chinoises servant d’intermédiaire aux candidats pour les nombreuses démarches à effectuer, estime que les candidats à l’expatriation étaient au total seulement 100 000 en 2004 à partir, contre 120 000 l’année précédente. Outre la Grande-Bretagne, les autres destinations traditionnelles, Etats-Unis, Canada, Japon, notamment, sont affectées, mentionne le Quotidien du Peuple, le journal chinois le plus diffusé.

En cause : le durcissement de la politique d’octroi des visas par les pays d’accueil, et surtout une baisse de l’intérêt financier à s’expatrier. En effet, le rapport entre le coût des études et le supplément de revenus que cela apporte au retour s’avère de moins en moins favorable. Ainsi, le revenu annuel d’une famille chinoise standard dans une ville moyenne s’élève de 75 000 à 100 000 yuans (entre 7 730 et 10 300 euros) alors qu’une année d’études en Grande-Bretagne revient entre 21 000 et 26 000 euros et aux Etats-Unis à 31 000 euros, d’après Golden Orient. Or un étudiant chinois sans expérience professionnelle, qui revient travailler au pays, gagne 2500 à 4000 yuans mensuels (260 à 410 euros) en moyenne. Mais tous ne restent pas fidèles à l’Empire du Milieu: sur 580 000 Chinois partis étudier à l’étranger entre 1978 (début de l’ouverture du pays) et 2002, seuls 150 000 sont revenus, estime le ministère de l’Education.

Cette désaffection pour l’étranger, peut-être seulement passagère, est aussi la conséquence des investissements internationaux faits dans l’enseignement supérieur en Chine, qui a vu sa qualité s’améliorer. Par exemple, de plus en plus d’établissements étrangers initient des programmes en Chine : il n’est plus toujours nécessaire de s’exiler, si le cursus complet est offert sur place.

Atteindre un rang international, critère de financements

L’enseignement supérieur en Chine a commencé à se transformer en profondeur il y a 10 ans. Le gouvernement a lancé en 1994 le « programme 211 », afin de sélectionner 100 universités de pointe pour le début du XXIe siècle. Un peu plus d’une centaine ont finalement été retenues, au terme d’une féroce compétition. Ces établissements ont bénéficié de financements de la part du ministère et des provinces. Certains se sont réorganisés, se regroupant ou fusionnant, pour répondre aux critères du programme, c’est-à-dire afin acquérir un rang international.

Ces bouleversements ont été diversement accueillis par les universités, qui restent en quelque sorte le dernier bastion de l’économie planifiée. Le credo égalitariste a encore cours parmi le corps enseignant. Ainsi, les professeurs ne peuvent que monter dans la hiérarchie, et non être exclus des établissements. La promotion professionnelle n’est pas influencée par la concurrence externe. Le recrutement se fait souvent parmi les doctorants « locaux ». Dans ce contexte, les pratiques occidentales sont parfois redoutées. A force de prendre pour référence le monde anglo-saxon (meilleures universités, meilleures publications, meilleurs professeurs à attirer dans les établissements du pays…), considèrent certains, la République populaire de Chine risque de se transformer en centre de préparation pour des étudiants qui partiront travailler ailleurs ! L’enjeu des prochaines années pour son enseignement supérieur est ainsi de trouver sa propre voie.


Alison Cartier
05/02/2006


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