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Italie : des grandes écoles sur le modèle français, pour revitaliser l’université


L'Italie est en train de développer un réseau de grandes écoles, à l'image de ce qui existe en France. La ministre italienne de l'Education est venue à Paris pour présenter deux nouveaux établissements créés à cette fin.



Si Letizia Moratti, la ministre italienne de l’Education (1) s’est déplacée à Paris le 11 janvier dernier pour faire la promotion de deux nouvelles écoles toscanes - l’Institut des Sciences Humaines ("Istituto di Scienze Umane") de Florence et l’IMT (pour "Institutions, Marchés, Technologies") de Lucques - c’est parce que la France est le berceau des grandes écoles, a-t-elle expliqué lors d'une conférence de presse.

La création de ces deux nouveaux établissements répond à la volonté de l’Italie, très préoccupée par la fuite de ses cerveaux, de rassembler ses forces en matière de recherche. Les deux hautes écoles ("alte scuole") sont nées de la coopération de plusieurs universités qui souhaitaient créer une structure autonome capable de développer des programmes doctoraux et post-doctoraux d'excellence à vocation internationale. Et ce, afin de pouvoir entrer en concurrence avec les grandes universités du reste du monde. Les deux écoles en question fonctionnent en réseau, disposent d'un corps professoral permanent et de leur propre équipe de direction, ainsi que d'un budget spécifique de 28 millions d'euros (pour la période 2004-2006), dont 10 millions de contributions du secteur privé.

Leur création participe d'une volonté de modernisation de l'université, déclenchée par la mise en place de la réforme LMD (appelée "3+2", en Italie). "Les grandes écoles italiennes, c’est l’université qui s’organise", a ainsi expliqué Aldo Schiavone, le directeur de l’Institut des Sciences Humaines. Il n’est donc pas question ici de classes préparatoires ou de système d’enseignement dual. Des écoles oui, mais au sein de l’université : comme les IAE ou les IEP par exemple en France, ou les graduate schools des universités américaines ou britanniques. Mais tout comme les grandes écoles hexagonales, les hautes écoles italiennes sélectionnent leurs étudiants sur dossier et entretien. A l'inverse, ce sont des instituts pluridisciplinaires et ce caractère les distingue des grandes écoles françaises, généralement concentrées sur un champ disciplinaire limité.

Ainsi, l'IMT de Lucques propose des programmes doctoraux et de recherche en sciences sociales et politiques, droit, économie, management, informatique, biorobotique, et sciences de l'industrie. Il s'appuie sur les facultés des universités toscanes notamment, telles que l'université de Pise ou l'école Normale. Ses champs de recherche portent sur l'innovation sociale, l'économie, la technologie, les biotechnologies, les télécommunications. Autant de thématiques jugées stratégiques par l'Italie. L'IMT fait valoir que pour ses 40 bourses d'études, il a reçu 1387 candidatures, dont 37% en provenance de pays d'étrangers (contre 3% en moyenne pour les autres programmes doctoraux italiens). Et ce grâce à une communication spécifique et transparente sur les procédures de sélection (et l'usage de l'anglais pour communiquer). De son côté, l’Institut des Sciences Humaines de Florence compte 14 programmes doctoraux et accueille déjà 138 étudiants sélectionnés. C'est le premier institut universitaire intégralement dédié à la formation en troisième cycle dans le domaine des sciences humaines (au sens large: de l'histoire à la philologie, en passant par le droit et la littérature). Il a été lancé avec l'appui de six universités.

Le fait que Letizia Moratti ait choisi une capitale européenne pour présenter l'Institut des Sciences Humaines et l’IMT à la presse et aux partenaires académiques de l’Italie marque également la volonté du système universitaire italien de s’internationaliser davantage. Et il y a fort à faire, l’Italie ayant accumulé du retard en la matière : elle compte aujourd’hui 2% d’étudiants étrangers, contre 9% en France ou 12% en Allemagne (2). Letizia Moratti souhaite voir ces hautes écoles italiennes, ainsi que les grandes écoles françaises (3), jouer un rôle dans la formation d'une structure de recherche européenne commune et intégrée. "Le défi (de la compétition internationale) doit se gagner avec des projets européens. Il faut trouver une stratégie commune dans le domaine de la recherche", a souligné la ministre.

NB :

(1) A 51 ans, Letizia Moratti est une des deux femmes ministres du gouvernement Berlusconi. Elle est en charge de l'Instruction et de la Recherche et n'est affiliée à aucun parti politique.
(2) d’après les données du MIUR (Ministère de l’Instruction, de l’Université et de la Recherche) en Italie.
(3) Rappelons à ce propos que la France a signé six accords de coopération bilatéraux avec l'Italie en matière de recherche scientifique, en mai 2005.



P-A. Pillet
22/01/2006


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