Pierre-Manuel Molina est professeur de physique au collège de Gentilly, classé en ZEP, dans l’académie de Créteil. Il enseigne à des élèves de 5e et de 4e. Elodie Saparov est, elle, professeur d’anglais dans un collège « tranquille » de Noisy-le-Roi, dans l’académie de Versailles. Elle n’a que des 6e, un choix de ses collègues pour lui permettre une adaptation plus facile. « Un cadeau empoisonné aussi », précise-t-elle, « l’année prochaine je devrai partir de zéro sur les autres niveaux ». Leur année d’enseignants stagiaires a commencé de la même manière, par deux journées d’accueil, fin août.
« En deux jours, il y a eu beaucoup de blabla », décrit Pierre-Manuel, « mais la dernière demi-journée donnait quelques outils pour l’entrée en classe qui se sont révélés utiles ». Elodie, elle, a trouvé que c’était la course : « Ils voulaient nous faire ingurgiter le maximum de choses en un minimum de temps. Ma préoccupation première était de savoir comment se construit un cours, les deux journées n’ont pas répondu à cela ».
« En deux jours, il y a eu beaucoup de blabla », décrit Pierre-Manuel, « mais la dernière demi-journée donnait quelques outils pour l’entrée en classe qui se sont révélés utiles ». Elodie, elle, a trouvé que c’était la course : « Ils voulaient nous faire ingurgiter le maximum de choses en un minimum de temps. Ma préoccupation première était de savoir comment se construit un cours, les deux journées n’ont pas répondu à cela ».
Soir et week-end
Début septembre, les deux enseignants stagiaires ont été lâchés dans le grand bain, avec 16h de cours par semaine. Elodie n’a pas eu trop de problèmes de prise en main de ses 6e. Pierre-Manuel a connu des débuts variables selon ses classes. Contrairement à Elodie, il a assez vite été confronté à des problèmes de discipline avec ses 4e : « C’est assez déroutant, on prépare quelque chose, ça ne marche pas, on se remet en question et puis on apprend qu’ils ont été insupportables toute la journée. Il faut être très vigilant : dès que les élèves peuvent rentrer dans une faille, ils le font. Dans l’ensemble, je m’en suis plutôt bien sorti, mais, avec la fatigue accumulée, à l’approche des vacances, j’ai un peu lâché sur la discipline ; c’était plus dur ».
Le principal défi qu’affrontent au quotidien Elodie et Pierre-Manuel, c’est la gestion de la charge de travail. « Je me prépare le soir pour le lendemain », confie Elodie, « et je m’avance le week-end ». Pierre-Manuel est, lui aussi, submergé. « Je travaille dans l’urgence, je n’ai pas le temps de réfléchir. Le programme, c’est un tableau de 10 pages et on doit se débrouiller avec ! ». Elodie, elle, butte sur la construction de séquences : « Le ministère nous demande de construire des séquences d’enseignement ; le problème, c’est que personne ne m’a expliqué comment faire ». Les deux enseignants stagiaires font le même constat : face à la lourdeur des tâches et au manque de formation en amont, ils bricolent comme ils peuvent.
Le principal défi qu’affrontent au quotidien Elodie et Pierre-Manuel, c’est la gestion de la charge de travail. « Je me prépare le soir pour le lendemain », confie Elodie, « et je m’avance le week-end ». Pierre-Manuel est, lui aussi, submergé. « Je travaille dans l’urgence, je n’ai pas le temps de réfléchir. Le programme, c’est un tableau de 10 pages et on doit se débrouiller avec ! ». Elodie, elle, butte sur la construction de séquences : « Le ministère nous demande de construire des séquences d’enseignement ; le problème, c’est que personne ne m’a expliqué comment faire ». Les deux enseignants stagiaires font le même constat : face à la lourdeur des tâches et au manque de formation en amont, ils bricolent comme ils peuvent.
La formation en question
La réforme prévoit que les enseignants stagiaires soient encadrés par des tuteurs et suivent des formations. Le tuteur de Pierre-Manuel travaille dans un autre établissement, car le professeur de physique de son collège, à l’instar de nombreux enseignants, a refusé d’être tuteur pour protester contre la réforme. Du coup, le contact avec le tuteur est moins facile. Depuis la rentrée, Pierre-Manuel ne l’a vu que deux fois. La situation est plus simple pour Elodie : sa tutrice est une enseignante de son collège, elle lui a demandé d’assister à ses cours et a assisté aux siens. Elle ne lui a néanmoins pas expliqué le fonctionnement d’une séquence de cours, ce n'est pas son rôle. La formation devrait, en théorie, pouvoir répondre à ce type de questionnement.
La répartition de la formation dans le calendrier a été laissée au soin des académies. Ainsi, Pierre-Manuel a des formations tous les vendredis. Après deux mois, il est dubitatif : « Il y a une partie de formation disciplinaire, avec d’autres stagiaires de physique, on nous propose des choses intéressantes mais qu’on ne peut pas mettre en place faute de ressources. La formation transversale est moins pertinente. Surtout, cela nous prend une journée entière alors que nous avons déjà de grosses difficultés à gérer notre semaine ».
Elodie, elle, n’a eu, pour l’instant, qu’une seule journée de formation, fin octobre, sur la gestion de classe : « Ca arrive un peu tard : deux mois après la rentrée, si on ne sait pas gérer sa classe, c’est problématique ». La formation a commencé en retard : la salle prévue n’était pas disponible. A priori, Elodie devrait avoir une semaine de formation début 2011. Elle aurait préféré l’avoir en août.
La répartition de la formation dans le calendrier a été laissée au soin des académies. Ainsi, Pierre-Manuel a des formations tous les vendredis. Après deux mois, il est dubitatif : « Il y a une partie de formation disciplinaire, avec d’autres stagiaires de physique, on nous propose des choses intéressantes mais qu’on ne peut pas mettre en place faute de ressources. La formation transversale est moins pertinente. Surtout, cela nous prend une journée entière alors que nous avons déjà de grosses difficultés à gérer notre semaine ».
Elodie, elle, n’a eu, pour l’instant, qu’une seule journée de formation, fin octobre, sur la gestion de classe : « Ca arrive un peu tard : deux mois après la rentrée, si on ne sait pas gérer sa classe, c’est problématique ». La formation a commencé en retard : la salle prévue n’était pas disponible. A priori, Elodie devrait avoir une semaine de formation début 2011. Elle aurait préféré l’avoir en août.
Des stages dans les masters ?
Elodie et Pierre-Manuel en arrivent aux mêmes conclusions : l’emploi du temps est trop chargé, les outils manquent et la formation est mal aménagée. Les expériences des premiers stagiaires serviront-elles à retravailler la réforme pour permettre aux jeunes enseignants une entrée plus sereine dans les classes ? Il n’est pas sûr, dans tous les cas, que les prochaines générations d’enseignants qui passeront le concours à la fin de leur master, soient mieux préparées que la génération de transition qui fait actuellement ses classes. « Le master, c’est avant tout de la préparation aux concours », explique Pierre-Manuel, « la réputation des facs se jouera sur les résultats, pas sur le nombre de stages effectués. L’an passé, j’aurais pu faire un stage, mais j’ai préféré mettre le maximum de chances de mon côté en consacrant ce temps à réviser. » Peut-être est-ce d’abord là que le bât blesse…

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