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L'enseignement supérieur en Italie se sclérose


L'enseignement supérieur en Italie est marqué par son repli sur lui-même et son manque de moyens. Rares sont les établissements qui entretiennent des politiques de doubles diplômes ou des programmes communs avec des facultés étrangères. Les étudiants sont toutefois demandeurs de formations à l’étranger (de niveau troisième cycle), celles-ci étant valorisées sur le marché du travail transalpin. De façon générale, les jeunes Italiens sont peu préparés à la vie active.



On trouve sur le territoire italien la plus ancienne université d’Europe, celle de Bologne, un des meilleurs MBA européen, SDA Bocconi de Milan, une des plus grandes universités européennes, la Sapienza de Rome (plus de 150.000 étudiants), 5 universités privées (la Bocconi et la Cattolica de Milan, la LUISS et la LUMSA de Rome et l’université d’Urbino) et 45 universités d’Etat. Un palmarès qui masque le dénuement du système universitaire italien.
« Il faudrait 10 milliards d’euros pour sauver les universités italiennes du désastre » : le cri d’alarme de Piero Tosi, président de la conférence des recteurs d’universités d’Italie est sans appel. Le pays sous-investit en matière d’enseignement supérieur (0,8% de son PIB, contre 1,2% en moyenne dans l’UE). Or l’Etat est quasiment l’unique source de revenu pour les universités en matière de formation et de recherche car les frais de scolarité sont peu élevés (jusqu’à un maximum de 1.500 euros, sur la base du revenu familial, dans les universités publiques).

Diplômés bac+5 à 27 ans

Les universités italiennes sont surpeuplées. Jusqu’alors, le diplôme universitaire, dit de Laurea, s’obtenait théoriquement en quatre ans, dans la pratique en sept ans. L’harmonisation des grades universitaires en Europe (dite LMD en France et 3+2 en Italie) a induit une réforme des cursus: une sortie est désormais possible à bac+3 (laurea), puis à bac +5 (laurea magistralis). Le baccalauréat italien (maturità) s’obtenant à 19 ans, et les étudiants ayant toute liberté dans l’étalement de leurs études, on peut estimer que les titulaires de la laurea magistralis sortiront de l’université à 26-27 ans en moyenne dans les années à venir.

La vie active commence par un stage

Une fois diplômés, les jeunes rencontrent des difficultés lors de leur entrée dans la vie active car les programmes universitaires ne sont pas adaptés aux besoins du marché du travail. Seul un diplômé sur trois trouve un emploi dans son domaine de spécialisation, selon Letizia Moratti, ministre de l’Education. L’université leur transmet un savoir essentiellement théorique. Les entreprises qui les recrutent le savent et leur imposent un parcours de formation pratique complémentaire. Une exigence qui se traduit par un semestre, voire un an de stage, généralement peu ou pas rémunéré. Les jeunes diplômés de l’université se voient ensuite proposer un contrat à durée déterminée de deux ans (à vocation probatoire) ponctué de formations, avant d’accéder dans le meilleur des cas au sacro-saint CDI.
Leur premier salaire est souvent peu élevé et les tâches confiées sont peu valorisantes. Un tiers des diplômés se retrouvent même à un poste de travail où aucune qualification n’était requise. L’Italie connaît d’ailleurs un hémorragie de jeunes diplômés : chaque année, 5 % d’entre eux vont tenter leur chance ailleurs, contre moins de 1% en moyenne dans l’UE, selon une enquête publiée par Business Week en décembre 2003.

Un master à l’étranger

Les parcours d'excellence sont réservés aux 10% des étudiants - sur les 30% allant jusqu'au bout du cursus universitaire - qui poursuivent leur formation par un diplôme post-laurea ou master. Ceux-ci sont alors prêts à investir une somme importante, de 5.000 à 10.000 euros pour les diplômes les plus réputés. Si les étudiants italiens se méfient des titres non reconnus par l’Etat dans leur propre pays, il sont friands des «masters» effectués à l’étranger. Mais les universités italiennes s'engagent peu dans les accords bilatéraux ou les doubles diplômes avec l'étranger. Les rares établissements à sortir du lot en matière de relations internationales et avec les entreprises sont les universités privées, notamment la Bocconi et la Cattolica de Milan ainsi que la LUISS de Rome. Ces universités pratiquent le numerus clausus à l’entrée et les frais de scolarité y atteignent 5.000 euros par an. Dans le domaine des sciences de l’ingénieur, l’institut polytechnique de Turin jouit également d’une bonne réputation.

Pierre-Alban Pillet
05/12/2005


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