Ecoles de commerce : les frais gonflent, mais les étudiants s’y pressent


Pas une année ne passe désormais sans que les grandes écoles de commerce n’annoncent une hausse de leurs tarifs. A la rentrée prochaine, les élèves du master de HEC devront ainsi débourser pas moins de 13 200 euros par année de cursus. Et s’il faut admettre que beaucoup d’établissements ont en parallèle développé un système de bourses destiné à favoriser l’intégration des étudiants de milieux populaires –diversité oblige–, les classes moyennes font grise mine.



Ecoles de commerce : les frais gonflent, mais les étudiants s’y pressent
« La question de la démocratisation de l’accès aux grandes écoles est une priorité depuis plusieurs années. (…) Les responsables sont convaincus que certains jeunes ne sont pas parmi leurs étudiants pour des raisons liées à leur environnement socioéconomique. (…) Les grandes écoles ont (donc) développé des projets et des modalités pédagogiques favorisant la diversité sociale… » Si cet extrait du Livre blanc remis en décembre par la Conférence des grandes écoles à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse est plein de bonnes intentions, il est frappant d’observer en parallèle l’augmentation régulière des droits de scolarité de la plupart de ces établissements. A l’heure de la diversité, étudier la gestion et le management coûte de plus en plus cher.

Les masters français parmi les plus chers d’Europe

Le campus de HEC Paris
Le campus de HEC Paris
En moyenne, le ticket d’entrée a progressé de 7 % entre la rentrée 2008 et la rentrée 2010. Ainsi l’EM Strasbourg, l’un des établissements les moins chers, demande-t-elle tout de même 6 500 euros par an à ses étudiants, soit 1400 euros de plus qu’il y a deux ans. Du côté de HEC, les trois années de grande école reviennent désormais à 38 300 euros, contre 33 700 euros à la rentrée 2009. « Si l’on prend en compte l’ensemble des bourses que nous distribuons, le prix moyen par élève demeure à 8 250 euros par an pour 8 000 euros voici cinq ans, se défend Bernard Ramanantsoa, le directeur général de HEC Paris. De fait, nos frais de scolarité sont compensés par la distribution de 2,4 millions d'euros de bourses internes chaque année ». Aujourd’hui, 23 % des élèves de cette école perçoivent une aide, et 16% ne payent pas leur scolarité grâce aux bourses CROUS, fait savoir l’établissement.

Internationalisation à marche forcée, course aux accréditations, compétition effrénée pour attirer des profs toujours plus chers, les arguments des grandes écoles sont connus. « Un prof star, c’est un investissement de 200 000 euros à 250 000 euros par an, reprend le patron de HEC. « Quant à la formation que nous prodiguons, elle coûte au final bien plus cher que ce que nous demandons. » Concurrence oblige, le mythe d’une formation continue génératrice de cash –MBA, mastères spécialisés, formation professionnelle– a également pris du plomb dans l’aile. Et Bernard Ramanantsoa d’ajouter : « Sans la contribution de la Chambre de commerce de Paris, la taxe professionnelle et le fundraising, nous ne pourrions pas équilibrer nos comptes… » Aujourd’hui, les masters français figurent parmi les formations les plus chères d’Europe, au coude à coude avec les cursus britanniques et espagnols. « La France reste sur l’idée que les études doivent être gratuites, explique Denis Lapert, le dirigeant de Télécom Ecole de Management. Mais ce n’est pas vrai. Etudier coûte toujours cher. Ce qui change, c’est celui qui paye. Il s’agit parfois de la collectivité, parfois d’une entreprise, parfois de l’école, parfois des étudiants eux-mêmes. »

Les solutions : les prêts, l’apprentissage, les bourses et les petits boulots

Des étudiants à l'EM Lyon (Ph. Schuller)
Des étudiants à l'EM Lyon (Ph. Schuller)
Dès lors, comment faire si l’on n’est ni boursier ni héritier? « De multiples solutions existent ! », répond Patrice Houdayer, directeur général délégué d’EM Lyon. Et tout d’abord les prêts bancaires à taux très préférentiels que les partenaires des grandes écoles accordent facilement à des étudiants souvent promis à un avenir très rémunérateur. « Il faut considérer cela non comme une dette mais comme un investissement », souligne le responsable lyonnais. De nombreuses aides financières sont par ailleurs envisageables, qu’elles proviennent de l’école elle-même, de ses diplômés, ou d’autres structures comme les Régions. Ne pas oublier l’apprentissage, qui permet aux étudiants de faire prendre en charge leur formation et d’être rémunérés pendant leurs études. « Les stages et autres césures longues sont également d’autres occasions intéressantes », reprend Patrice Houdayer. Dernière solution, avancée par le dirigeant de Télécom Ecole de Management : « les petits boulots. »

Reste que de telles positions sont parfois difficiles à digérer. « C’est n’importe quoi! », raconte cette étudiante qui a dû batailler ferme pour financer sa prépa et sa première année d’ESC. « Intégrer une grande école est loin d’être gagné lorsque vos parents n’ont pas de gros moyens. Parce qu’il faut toujours une caution financière. Et il n’est pas non plus évident de connaître les aides dont on peut bénéficier. Lorsqu’il m’a fallu me renseigner, j’en savais plus que l’assistante sociale vers laquelle ma future école de commerce m’avait envoyée ! Pour m’en sortir, j’ai dû cumuler les aides et divers boulots parfois très prenants ».

Le nombre d’étudiants en école de commerce progresse fortement

Ecoles de commerce : les frais gonflent, mais les étudiants s’y pressent
Pour les parents d’élèves, le discours est nuancé. Selon Bruno Jouvence, responsable national de la Peep Sup : « ce mouvement à la hausse ne rebutera pas les étudiants tant que ces derniers et leurs parents auront l’impression d’engager ainsi des études de qualité. D’autres filières alternatives et moins chères existent également du côté des universités ou des écoles post-bac. Et si je comprends qu’un cadre moyen ait du mal à consacrer un an de son salaire à la scolarité de son enfant, il faut bien constater que pour le moment plus ces formations sont chères, plus elles sont recherchées…» Une étude du ministère publiée à l’automne confirme, signalant une augmentation de 18,6% du nombre d’élèves en école de commerce entre 2008 et 2010…

Celui qui se réjouit de ce paradoxe est bien Denis Lapert, de Télécom Ecole de Management. Ecole publique largement subventionnée, l’institution ne demandait jusqu’à la rentrée 2009 qu’environ 1 000 euros par an à ses élèves. Pourtant, voici un an, record de France toute catégorie, l’institution a plus que doublé ses tarifs à 2522 euros… Un suicide ? « Détrompez-vous, sourit Denis Lapert. Depuis cette augmentation, nous comptons 25 % de candidats en plus au concours. Pour le grand public, proposer une année à 1 000 euros signifiait que la qualité n’y était pas. En doublant nos tarifs, nous disposons de plus de moyens et nous avons gagné en crédibilité. »

En bref, plus les grandes écoles sont chères, plus on s’y bouscule… Et même si on estime que les frais ne devraient plus progresser à court terme, pourquoi les ESC se priveraient-elles de revenus supplémentaires tant qu’elles parviennent à garnir leurs amphis ?



Lire aussi : L'opinion de Baki Youssoufou, président de le Confédération Etudiante

Antoine Teillet
06/02/2011


Voir aussi : cge, em lyon, hec, télécom
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Frisco le 08/02/2011 00:34
M . Baki Youssoufou ne sait pas du tout de quoi il parle.

Quand monsieur Tapie a dit qu'introduire des quotas de boursiers ferait baisser le niveau des concours, il avait raison. Un concours, c'est prendre les meilleurs. Mettre un quota, c'est ne plus prendre les meilleurs. Que le quota soit fondé sur le revenu, la couleur de peau, les goûts culinaires, le résultat est le même. On favorise une catégorie de la population sur des critères n'ayant rien à voir avec la compétence.
Le concours est l'incarnation-même de l'égalité républicaine : un concours, correction aveugle, on prend les meilleurs.

Parler de quota, c'est au mieux de la bien-pensance pour se faire mousser, au pire de la bêtise crasse.

Quant à ceux qui rétorqueront que les élèves de grandes écoles sont issus de milieux favorisés, c'est un mensonge éhonté. A niveau de formation égal, c'est à dire, le master, les grandes écoles ont exactement la même composition sociale que les universités.

Mais ça, M. Youssoufou, ça implique d'ouvrir les yeux, d'exhiber des données, des vraies, pas de jouer les girouettes.

Je suppose que vous seriez également pour une loi interdisant le chômage et une autre loi pour fixer un quota de 100% de milliardaires en France?

Je plains les étudiants représentés par vous...

2.Posté par Henri le 08/02/2011 22:04
M. Youssoufou reprend les mensonges de Richard Descoings il y a un an. Pierre Tapie n'a jamais dit "qu’accueillir 30% d’étudiants boursiers reviendrait à faire baisser le niveau des promotions". Il a dit que créer des quotas réservés aux boursiers ferait baisser le niveau. Ce qui est très différent et arithmétiquement inévitable. S'il y a besoin d'un quota, c'est qu'on veut faire entrer des gens qui n'ont pas le niveau.
Les quotas sont contraires à la règle égalitaire de la république.

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