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Sciences Po Rennes s’implante à Nantes et Caen


L’Institut d’études politiques de Rennes, créé en 1991, a décidé de s’implanter à Nantes en 2011 et à Caen en 2012 pour y développer des cursus spécialisés, l’un dans les industries créatives, l’autre dans le développement durable. Patrick Le Floch, directeur de l’institut, a expliqué à l’Observatoire Boivigny sa stratégie de développement.



Pourquoi avez-vous décidé d’implanter des antennes de l’IEP à Nantes et à Caen ?

Patrick Le Floch, directeur de l’IEP
Patrick Le Floch, directeur de l’IEP
La première raison tient à l’origine géographique des étudiants de l’IEP : les deux tiers proviennent du grand Ouest dont un tiers de Bretagne et un tiers des Pays de la Loire et de la Basse Normandie. C’est donc une démarche en cohérence avec une logique territoriale de proximité qui prévaut de plus en plus dans le choix des IEP. La deuxième raison tient dans la jeunesse de notre institut, qui aura 20 ans cette année : nous sommes toujours dans un processus de croissance. Après avoir digéré deux réformes importantes, l’année obligatoire à l’étranger et le passage au LMD (Licence-Master-Doctorat), nous souhaitions croître de manière mesurée. Cela nous était difficile sur le site de Rennes pour des raisons liées à l’espace. Nous avons donc eu l’idée d’établir des partenariats avec des établissements universitaires ou des grandes écoles hors du site de Rennes.

Comment vont s’organiser ces deux nouvelles filières ?

Nous travaillons sur les spécificités des deux villes. Le site de Nantes sera spécialisé dans les industries créatives, celui de Caen dans le développement durable. La première année s’effectuera à Rennes, la deuxième année aura lieu à Nantes ou à Caen pour les étudiants qui souhaitent s’orienter vers ces domaines. Ils reviendront sur ces sites au retour de leur année à l’étranger dans le cadre d’un dispositif professionnalisant.

Avec quels établissements allez-vous travailler ?

A Nantes, nous avons un protocole d’accord avec l’université et nous sommes en relation avec les Beaux-arts. Nous envisageons également d’établir un partenariat avec un établissement spécialisé dans les industries créatives. A Caen, nous en sommes encore au stade des contacts, notamment avec la présidence de l’université et les collectivités locales.

Ces partenariats visent donc également à vous rapprocher des collectivités locales ?

Les locaux de Sciences Po Rennes
Les locaux de Sciences Po Rennes
Oui, nous voulons renforcer nos relations avec les régions et les villes, notamment pour consolider nos résultats à deux niveaux : l’insertion professionnelle et la politique de démocratisation de l’entrée à l’IEP. Cela permet également l’accès à un réseau d’entreprises plus large, ce qui signifie plus de taxe d’apprentissage et un réservoir potentiel plus grand pour la formation continue.

Comment se matérialise la politique de démocratisation de l’IEP ?

Nous avons, par exemple, un dispositif spécifique pour ouvrir l’accès de l’IEP à des étudiants boursiers ayant obtenu des mentions très bien. L’an passé, nous avons eu 480 demandes pour 18 places. C’est une politique basée sur le mérite, qui passe par la réussite au concours d’entrée ; nous travaillons en amont dans les lycées. Notre taux de boursiers tourne autour des 40% depuis deux ans. C’est une fierté, mais, paradoxalement, cela grève les finances de l’IEP.

Votre politique de démocratisation handicape donc votre développement ?

Oui, car les droits d’inscription sont fonction des revenus des parents. Les boursiers en sont exonérés. Cela représente un manque à gagner d’environ 300.000 euros pour nous. Il y a 10 ans, nous avions augmenté les droits d’inscription pour permettre la création de bourses afin d’aider au départ à l’étranger des étudiants les moins fortunés ; aujourd’hui, avec l’augmentation du nombre de boursiers, l’équilibre de ce système est remis en cause. Je cherche donc des solutions pour continuer à développer cette politique. Le rapprochement avec les collectivités locales rejoint cet objectif : je pense qu’elles seraient prêtes à financer une partie des études des étudiants boursiers de leur territoire. Je demanderai également le soutien du ministère lors de l’élaboration du prochain plan quadriennal de l’IEP.

Comment vous intégrez-vous dans le contexte rennais ?

Le centre ville de Rennes
Le centre ville de Rennes
Nous participons au PRES Université européenne de Bretagne (UEB) en tant que membre associé. Nous avons également des liens avec Télécom Bretagne et l’École des hautes études en santé publique ( EHESP ). Je crois qu’il faut être extrêmement attentif aux logiques de rapprochement et de fusions qui se mettent actuellement en place. Il est important d’avoir une politique de site et de travailler en commun, mais il faut faire attention à préserver l’autonomie de chacun qui permet d’être réactif, notamment lorsque l’on fait partie d’un ensemble plus lourd à gérer. Nous devons développer des synergies positives, pas des regroupements qui tirent leurs membres vers le bas.

Avez-vous envisagé d’avoir recours à une levée de fonds ?

Le contexte économique est difficile, notamment pour un établissement dépendant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Nous avons donc adopté le principe de la création de chaires d’entreprises. Nous pensons finaliser la création de deux chaires en 2011. Dans la conjoncture actuelle, nous sommes obligés de diversifier nos sources de financement. Mais il est illusoire de croire que chaque université pourra véritablement avoir une fondation : la concurrence est très forte et il va y avoir une répartition asymétrique des fonds. Les plus gros acteurs vont se tailler la part du lion.

Propos recueillis par David Allais
16/01/2011
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Voir aussi : fundraising, iep, sciences po
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Quentin le 17/01/2011 12:29

Très bonne opération pour Sciences Po Rennes.
Il y'aurait une opération similaire à Sciences Po Grenoble qui ouvrirait aussi bientôt un campus délocalisé à Annecy. Des news boivigny ?

2.Posté par Florent le 23/01/2011 11:02

En effet, c'est une belle marque d'initiative pour un Sciences Po "de province", eux qui sont souvent accusés d'immobilisme en comparaison du grand frère parisien.

3.Posté par Scoop ? le 15/01/2012 16:39

D'après ce site http://www.breizhoo.fr/informations/actualite-8110-sciences-po-rennes-ne-va-plus-a-nantes.html Sciences Po Rennes n'irait plus à Nantes

Le projet d'antenne nantaise serait mis en suspens

L'Institut d'études politiques de Rennes et l'Université de Nantes ont interrompu les négociations en vue d'implanter une antenne de l'IEP à Nantes. Dans son projet de contrat quinquennal allant vers 2016, l'IEP Rennes prévoit d'ouvrir une nouvelle antenne. L'institut s'intéressait en particulier à Nantes. Un partenariat était à l'étude avec l'université locale. Mais les deux établissements ne sont pas parvenus à s'entendre sur le partage des cycles. En revanche, une antenne devrait ouvrir... en Basse Normandie, suite à un accord entre l'IEP et l'Université de Caen.

4.Posté par Rife35 le 20/03/2012 19:08

Bonsoir,

Est ce que quelqu'un aurait une idée des matières proposées par la spécialité de l'IEP de Caen ainsi que les masters associés ?

Cordialement.

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