Bernard Boucault : « L'ENA développe des masters pour être plus présente à l’international »


Depuis une dizaine d’années, l’École nationale d’administration (ENA) développe des partenariats avec des universités et des grandes écoles en France, mais aussi en Europe. Le but de ces alliances ? Mieux former les cadres administratifs, mais aussi attirer de nouveaux publics, notamment des étudiants et cadres étrangers. L’ENA a ainsi étoffé sa panoplie de formations avec plusieurs masters en gestion des risques, gestion publique ou encore en communication. Bernard Boucault, directeur de la prestigieuse institution, s’exprime sur cette stratégie.



Pourquoi l'ENA développe-t-elle des partenariats avec d’autres établissements supérieurs depuis le début des années 2000 ?

Nous avons noué ces partenariats pour répondre à la diversité des demandes et des publics. La formation continue des cadres administratifs s’est beaucoup développée en France, mais aussi à travers le monde, nous souhaitions répondre à ce besoin. Nous voulions également permettre aux étudiants étrangers qui suivent le cursus de l’ENA d’obtenir un master, diplôme reconnu internationalement. Ces développements se sont faits essentiellement sur des ressources propres et sont financés par les étudiants et les partenaires.

Quelle offre de diplômes avez-vous développée ?

Nous avons un master franco-allemand de gestion publique en partenariat avec Paris I et l’université de Potsdam en Allemagne, un mastère de gestion publique avec Dauphine, un mastère en gestion des risques avec l’École internationale des sciences du traitement de l’information (EISTI), un master de communication publique avec le CELSA et un master de management des organisations et des politiques publiques avec Paris X, l’ESCP-Europe, l’École des Mines, l’ESSEC et Polytechnique.
Nous avons aussi des collaborations sur des séminaires, comme celui de simulation de négociation que nous organisons chaque année pour les 700 élèves du master de l’ESCP-Europe à Strasbourg. Nous avons également un master avec l’université de Strasbourg qui est un partenaire privilégié.

A quels publics s’adressent ces formations ?

Elles peuvent s’adresser à des étudiants, ou à des cadres de l’administration publique, mais aussi à des cadres d’entreprises privées qui travaillent avec les administrations. Nous nous adressons aussi bien aux Français qu’aux autres nationalités ; nous travaillons avec 120 pays.

Comment se sont mis en place ces différents partenariats ?

L'ENA, à Strasbourg
L'ENA, à Strasbourg
Le master franco-allemand est né d’une décision politique prise lors du 40e anniversaire du traité de l’Élysée en 2003. L’objectif était de renforcer la dimension européenne des administrations françaises et allemandes mais aussi, plus largement, de l’ensemble de l’Europe. Les autres partenariats se sont organisés parce que nous avions le sentiment de ne pas répondre totalement aux besoins exprimés. Ce sont en général le fruit de rencontres avec des établissements qui avaient fait la même analyse. Par exemple, en ce qui concerne le partenariat avec l’ESCP, il y avait des synergies évidentes entre deux grandes écoles de management avec une vocation européenne, l’une publique, l’autre privée. Chaque établissement apporte ses compétences et c’est cette mixité qui intéresse les étudiants. Nous avons également été sollicités pour notre savoir-faire. Saint-Cyr nous a, par exemple, demandé de nous occuper de la formation des commissaires de l’Armée de Terre.

Vous développez-vous également à l’étranger ?

Nous avons des collaborations avec d’autres écoles de formation publiques, en Angleterre, en Pologne, en Chine… Nous avons un master avec l’université de Saint-Domingue et nous sommes sollicités par des collectivités territoriales du monde entier - Mexico, Séoul, des Etat fédérés brésiliens ou argentins - pour former leurs cadres administratifs. Nous dégageons environ 7 millions d’euros de recettes propres sur ces marchés.

Comment vous intégrez-vous dans la recomposition du paysage de l’enseignement supérieur ?

Il y a un grand mouvement de modernisation et l’ENA a souhaité en être partie prenante. Nous avons intégré le Pôle européen d’enseignement d’administration publique (PEAP) qui regroupe, entre autres, l’université de Strasbourg, l’ENA, l’INET et l’IEP de Strasbourg. A Paris, nous avons intégré le PRES Hautes-études-Arts-et-métiers (HESAM) qui regroupe Paris 1, l’EHESS, l’EPHE, l’ESCP, le CNAM ou encore l’École française d’Extrême-Orient (EFEO).

Quel est l’intérêt stratégique de tous ces partenariats pour l’ENA ?

Nous souhaitons poursuivre notre politique de développement de master et de formation continue avec des partenaires ayant des compétences utiles pour des publics professionnels issus de l’entreprise. Nous voulons également être plus présents à l’international en nous appuyant sur le PRES HESAM. Cela va également nous permettre de renforcer nos réseaux de recherche et de développer nos activités dans ce domaine. C’est essentiel car nous souhaitons que la recherche irrigue la formation. L’idée générale est de renforcer nos capacités en développant des synergies. Nous souhaitons également montrer que l’ENA est bien plus qu’une école destinée à former les hauts fonctionnaires français, contrairement à l’image que les Français ont de l’école.

09/01/2011
Propos recueillis par David Allais
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Voir aussi : celsa, ena, escp, hesam, iep, peap
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