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Enseigner la qualité de l’information dans les écoles de journalisme


Les étudiants qui passent les concours des écoles de journalisme sélectionnent ces établissements selon leur réputation, le réseau des anciens qu’ils offrent, leur localisation, le montant des frais de scolarité, les moyens techniques dont ils disposent… A ce stade, la qualité de l’information et son enseignement ne sont généralement pas un critère pris en compte. L’AQIT a mis cette question au centre d’un de ses débats, jugeant que la qualité devrait être une des préoccupations principales des journalistes présents et futurs.



Apprend-on dans les écoles de journalisme à avoir un regard critique sur les informations ? Le choix de celles-ci se fait-il selon leur qualité ? Que doit-on enseigner aux étudiants en journalisme ? Les membres de l’Association pour la qualité de l’information et sa transmission (AQIT) ont nourri le feu des questions début décembre lors d’une conférence en présence d’Henri Pigeat, président du CFJ et Eric Dupin, ancien journaliste à Libération qui enseigne l’analyse critique des médias à Sciences Po Paris. Elle avait lieu à Paris dans les locaux de l’ISCPA (Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel), représentée par son directeur Pierre-Emmanuel Richard. AQIT avait une thèse bien précise à défendre : selon son vice-président Fadi Gemayel, la qualité doit se mesurer par rapport à un objectif, en l’occurrence l’amélioration de l’acuité des citoyens. Pour M. Pigeat cependant, cette notion d’acuité intellectuelle « met mal à l’aise » : le problème de fond de la qualité du journalisme est de fournir des éléments d’informations, en se faisant médiateur, selon lui.

Le directeur de l’ISCPA a aussi repoussé cette idée d’acuité, car d’après son idée, un article est de qualité s’il donne envie d’être lu et relu. Il a ajouté que le travail journalistique correspond à un certain nombre de critères : vérification des sources, recherche d’une vérité…Critères qu’il tente de transmettre aux étudiants de son école, au travers d’enseignements de l’écriture, de culture générale et de déontologie. C’est ainsi que l’on tend d’après lui vers une certaine qualité. Et sur le fond ? « C’est le problème de la presse dans laquelle on entre. Il y autant de journaux et de médias que de cas », a-t-il répondu.

Outils de réflexion

A propos de ce qu’apportent les écoles, M. Pigeat a ajouté aux techniques de base de la rédaction et au rodage le réseau de contacts et connaissances. M. Dupin a présenté la vision de la nouvelle école de journalisme de Sciences Po : non pas « donner l’illusion d’être opérationnel », car les techniques évoluent trop rapidement, mais « donner aux étudiants les outils de réflexion nécessaires » pour mener à bien leur fonction de journaliste ». Il faut également pour M. Pigeat, du CFJ, « inciter à une réflexion suffisante sur ce qu’est l’information journalistique dans le monde actuel », d’autant que « la crédibilité des médias est en chute libre », selon lui. « La confiance que les journalistes inspirent est à peu près la même que celle qu’inspirent les hommes politiques ! Cela met en cause le fonctionnement de la société et de la démocratie », a-t-il jugé. M. Dupin a insisté sur cette crise profonde que traverse le journalisme, en mentionnant les contre-exemples qu’offre la profession : mépris des faits, paresse intellectuelle, absence d’enquête de terrain, confusion avec la communication…

M. Pigeat est revenu sur ce qu’est le journalisme : il y a quarante ou cinquante ans, l’information était assez canalisée, aujourd’hui elle est le produit d’une situation technique différente. Il y a pléthore de nouvelles, elles sont immédiates, ce qui fait que la presse écrite tend à surenchérir par rapport à la télévision, et l’information peut être manipulée aisément. Le contexte économique a lui aussi changé : la finalité commerciale l’emporte parfois sur la finalité « sociale », estime le président du CFJ. Les journaux qui s’en sortent sont ceux qui essaient de « réinventer la presse écrite », en approfondissant les sujets, en adoptant des angles de vue particuliers, à l’instar du quotidien La Croix, note-t-il. M. Dupin a parlé d’« effet miroir » que produisent trop souvent les journaux, en flattant le lecteur : « Libé par exemple dit du mal de Sarkozy, du bien des SDF ». « La Croix, malgré sa forte identité catholique, donne des informations qui vont au-delà des préjugés de ses lecteurs ». Cette déférence par rapport au lecteur correspond aussi souvent à une déférence par rapport aux sources d’information, a poursuivi M. Pigeat. « Le journalisme est la science des sources ! », s’est-il exclamé.

Le débat s’est conclu sur une idée d’AQIT de faire des propositions aux politiques, pour enclencher un nouveau cycle positif du journalisme. Les trois intervenants ont néanmoins estimé qu’ils n’étaient pas dans une position légitime pour faire de telles propositions. « J’ai une conviction, a précisé M. Dupin. La profession elle-même est incapable de se réformer. L’interpellation par les intellectuels est également insuffisante. Il faut donc réfléchir à des mécanismes adéquats, a-t-il ajouté en mentionnant le courrier des lecteurs, les citoyens, les associations.


Alison Cartier
02/01/2005


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