A propos de ce qu’apportent les écoles, M. Pigeat a ajouté aux techniques de base de la rédaction et au rodage le réseau de contacts et connaissances. M. Dupin a présenté la vision de la nouvelle école de journalisme de Sciences Po : non pas « donner l’illusion d’être opérationnel », car les techniques évoluent trop rapidement, mais « donner aux étudiants les outils de réflexion nécessaires » pour mener à bien leur fonction de journaliste ». Il faut également pour M. Pigeat, du CFJ, « inciter à une réflexion suffisante sur ce qu’est l’information journalistique dans le monde actuel », d’autant que « la crédibilité des médias est en chute libre », selon lui. « La confiance que les journalistes inspirent est à peu près la même que celle qu’inspirent les hommes politiques ! Cela met en cause le fonctionnement de la société et de la démocratie », a-t-il jugé. M. Dupin a insisté sur cette crise profonde que traverse le journalisme, en mentionnant les contre-exemples qu’offre la profession : mépris des faits, paresse intellectuelle, absence d’enquête de terrain, confusion avec la communication…
M. Pigeat est revenu sur ce qu’est le journalisme : il y a quarante ou cinquante ans, l’information était assez canalisée, aujourd’hui elle est le produit d’une situation technique différente. Il y a pléthore de nouvelles, elles sont immédiates, ce qui fait que la presse écrite tend à surenchérir par rapport à la télévision, et l’information peut être manipulée aisément. Le contexte économique a lui aussi changé : la finalité commerciale l’emporte parfois sur la finalité « sociale », estime le président du CFJ. Les journaux qui s’en sortent sont ceux qui essaient de « réinventer la presse écrite », en approfondissant les sujets, en adoptant des angles de vue particuliers, à l’instar du quotidien La Croix, note-t-il. M. Dupin a parlé d’« effet miroir » que produisent trop souvent les journaux, en flattant le lecteur : « Libé par exemple dit du mal de Sarkozy, du bien des SDF ». « La Croix, malgré sa forte identité catholique, donne des informations qui vont au-delà des préjugés de ses lecteurs ». Cette déférence par rapport au lecteur correspond aussi souvent à une déférence par rapport aux sources d’information, a poursuivi M. Pigeat. « Le journalisme est la science des sources ! », s’est-il exclamé.
Le débat s’est conclu sur une idée d’AQIT de faire des propositions aux politiques, pour enclencher un nouveau cycle positif du journalisme. Les trois intervenants ont néanmoins estimé qu’ils n’étaient pas dans une position légitime pour faire de telles propositions. « J’ai une conviction, a précisé M. Dupin. La profession elle-même est incapable de se réformer. L’interpellation par les intellectuels est également insuffisante. Il faut donc réfléchir à des mécanismes adéquats, a-t-il ajouté en mentionnant le courrier des lecteurs, les citoyens, les associations.