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Pascal Guénée, directeur de l’IPJ: la taxe d’apprentissage est déterminante


Diplômés par la voie de l'apprentissage, concours commun avec l'ESJ et le CFJ: l'Institut pratique du journalisme (IPJ) défend son rang et sait faire preuve d'innovation. Son directeur, Pascal Guénée, qui se montre aussi soucieux du financement des écoles de journalisme, s'est prêté aux questions de l'Observatoire Boivigny.



Pascal Guénée, directeur de l'IPJ
Pascal Guénée, directeur de l'IPJ
- Comment se porte l’IPJ ?
- Nous sommes à l’équilibre, les droits de scolarité (4200 euros l’année) sont stables et vont le rester. La promotion diplômée en septembre 2006 s’est assez bien intégrée sur le marché de l’emploi. Sur 46 diplômés, 12 sont en CDI et seuls 2 disent ne pas vivre de leur métier de journaliste. Nous les avons rencontrés pour en discuter, pour les aider. Le suivi personnalisé, y compris sur le long terme, est quelque chose de très important.

- Après avoir ouvert les vannes de la reconnaissance professionnelle ces dix dernières années, la commission paritaire semble vouloir arrêter le mouvement, voire revenir en arrière. L’IPJ craint-il de perdre un jour sa reconnaissance par la profession ? Douze écoles reconnues, est-ce trop ou pas assez ?
- Il faut respecter les règles du jeu, accepter d’être évalué. La reconnaissance par la profession ne doit pas être considérée comme un acquis éternel. Mais si la commission paritaire doit effectuer des évaluations, nous souhaitons qu’elle dispose de moyens conséquents pour mener pleinement cette mission.
Douze écoles, c’est trop si on se réfère au modèle élitiste du passé, mais pas assez si l’on regarde la proportion de cartes de presse attribuées chaque année à des journalistes diplômés par ces écoles (1). Le problème ne porte pas tant sur le nombre d’écoles reconnues ou non que sur le mode de financement des écoles. Aujourd’hui, on constate que la capacité à recueillir la taxe d’apprentissage est plus déterminante pour une école que la qualité ou la spécificité de sa formation.

- Le concours commun que vous avez mis en place avec l’ESJ-Lille et le CFJ s’apprête à vivre sa deuxième édition. Quel regard portez-vous sur ce dispositif ?
- C’est un projet personnel que j’ai porté avec l’ancien directeur de Lille. Cela permet de réduire les coûts et d’avoir plus de candidats et donc de reçus venant de toutes les régions. La proportion entre les Parisiens de souche (40%) et les étudiants venant du reste de la France ne s’est pas inversée à l’IPJ mais la proportion de régionaux arrivant à Paris est plus importante que par le passé. C’est un bon système mais on n'a pas intérêt à aller plus loin dans le rapprochement. Chaque école a sa spécificité et doit la garder.

- L’ESJ veut délivrer un master, le CFJ développe des contacts avec des institutions d’autres pays européens... Il semble que l’avenir soit au rapprochement avec des structures universitaires. Où en est l’IPJ de ce point de vue ?
- L’IPJ a été la première école de journalisme à adopter la charte Erasmus. On est allé chercher cette charte parce que cela nous paraissait essentiel: le système LMD, la vision de Bologne doivent à mon avis s’appliquer à tous les établissements. Il y aura des rapprochements avec les universités car nous pouvons nous enrichir mutuellement. C’est important pour les étudiants, mais aussi pour la recherche - il y a peu de centralisation de la recherche en presse. Dans un sens, l’IPJ (Institut Pratique du Journalisme) devrait évoluer vers « l’institut de la pratique du journalisme » et porter ainsi une double dimension professionnelle et de réflexion sur le métier.

- L'IPJ a diplômé cette année ses premiers étudiants en apprentissage, après deux ans de formation. Quel bilan en tirez-vous?

- Nous voulions ouvrir notre champ de sélection à des profils plus diversifiés, en tendant la main à des personnes qui n’auraient pas eu les moyens de se payer des études à l’IPJ. Le dispositif est financé par la région et le fonds de formation. Nous avions aussi l’option de multiplier les bourses, mais l’avantage de l’apprentissage est d’apporter une réelle rémunération. Nous constatons qu’il permet d’atténuer le phénomène de discrimination à l’embauche de jeunes issus de l’immigration qui, à diplôme égal, ont plus de mal à trouver un emploi que leurs camarades de promotion.

- Comment effectuez-vous la sélection des futurs apprentis ?

- Une partie de la sélection s’effectue sur dossier et s’intéresse particulièrement à la situation financière du candidat. Il y a des épreuves écrites, puis le candidat est confronté à deux jurys différents. Celui de l’école s’intéresse aux critères pédagogiques, l’autre, mis en place par les entreprises partenaires du projet (France Télévisions et Radio France), s’apparente en quelque sorte à un entretien d’embauche. Le point essentiel pour nous est la motivation, nous n’exigeons pas d’expérience préalable. Nous prenons garde à être très rigoureux: il ne s’agit pas de croire que c’est une manière plus facile d’obtenir le diplôme de l’IPJ.

- Votre formule concerne 12 apprentis. Pensez-vous qu’il est souhaitable et possible d’aller plus loin dans la logique de diversification des profils ?

Etudiants, à l'IPJ
Etudiants, à l'IPJ
- Nous amenons vers le métier des gens qui ne l'intégreraient pas forcément autrement. Une extension est nécessaire mais les possibilités des écoles et des rédactions ne sont pas infinies. Je crois pourtant que la diversification est dans l’intérêt des entreprises: Internet consacre l’irruption du lecteur dans la relation avec les médias, tout le monde a accès à l’info brute, le copier-coller n’est plus possible, il faut une réelle plus-value éditoriale... Et pour répondre à tous les lecteurs, la diversification des profils est essentielle.

NB :

(1) Le site de la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (http://www.ccijp.net/index.htm indique que sur les 2162 nouvelles cartes délivrées en 2006, 322 l'ont été à des personnes formées par une des écoles reconnues par la profession, soit près de 15% (c'est un peu moins que le nombre de personnes formées dans ces écoles).

Propos recueillis par David Allais
28/05/2007



Voir aussi : cfj, esj, ipj, journalisme
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