Patrick Berche, de la fac de médecine Paris Descartes: « Il y aura des étudiants sur le carreau »


Patrick Berche, doyen de la faculté de médecine de Paris-V Descartes fait le point sur la réforme de la première année de médecine quelques mois après sa mise en place.



L’afflux de candidatures que vous redoutiez a-t-il eu lieu ?

Patrick Berche, le doyen de la faculté
Patrick Berche, le doyen de la faculté
Non. Nous ne savons pas très bien pourquoi, mais c’est plutôt une bonne nouvelle, cela nous a évité des soucis logistiques. Cet afflux était craint par toutes les universités et également par le Ministère : avec la possibilité nouvelle de passer quatre concours au lieu d’un (médecine, pharmacie, sage femme, dentaire), nous pensions que beaucoup d’étudiants voudraient tenter leur chance. Nous nous basions sur les préinscriptions de mars qui indiquaient une hausse du nombre d’inscriptions. Peut-être les étudiants ont-ils voulu éviter d’essuyer les plâtres, peut-être ont-ils été effrayés par les statistiques des personnes qui abandonnent en cours de route. Nous sommes néanmoins au maximum de notre capacité d’accueil avec 3200 étudiants inscrits cette année à Paris Descartes.

Comment vont se dérouler les quatre concours ?

Nous avons aménagé l’emploi du temps afin que les étudiants puissent passer les quatre concours s’ils le souhaitent. Nous attendons les inscriptions pour avoir une idée plus précise. En fonction du nombre d’inscrits à chaque concours, nous adapterons notre organisation logistique.

La réorientation au bout de quatre mois selon les résultats obtenus aura-t-elle lieu dès cette année ?

Non, le Ministère a pensé qu’il n’était pas judicieux de mettre cette réorientation en place trop tôt, sans avoir de visibilité sur le nombre de personnes concernées. Nous allons nous appuyer sur les résultats de cette année pour effectuer des simulations et nous préparer. Nous travaillons actuellement sur les futures passerelles à installer, notamment vers un cursus de biologie, de sciences, voir d’autres cursus en sciences humaines et sociales ou la psychologie... Ce ne sera pas facile à mettre en place.

Comment se passera cette réorientation concrètement ?

Les étudiants qui auront obtenu des résultats insuffisants aux examens de mi-année, à partir de 5 ou 6 sur 20, je pense, n’auront pas le droit de se présenter aux concours. Nous leur ferons systématiquement une offre de réorientation. Nous sommes en train d’aménager des cursus de licence de biologie organisés sur un temps plus court pour qu’il puisse obtenir une L1 en fin d’année universitaire. Il est, par contre, impossible de mettre en place des systèmes d’équivalence car les notes obtenues aux examens seront trop faibles et ne pourront pas attester d’un niveau.

Les étudiants réorientés pourront-ils retenter les concours ?

Oui, ces étudiants pourront retenter médecine après leur année de L2 : il s’agit avant tout de préserver leur seconde chance de faire des études de médecine (ou d’autres concours de santé), car, avec des résultats faibles à l’issue du premier semestre, c’est l’échec assuré.

Que se passera-t-il pour les étudiants qui décideront de changer totalement de cursus ?

Les étudiants qui veulent faire du droit ou de la psychologie, par exemple, s’orienteront vers d’autres facs. Mais il y aura des gens sur le carreau car il n’est pas sûr que ces facultés auront de la place et, sans cursus aménagé, ils pourront avoir des difficultés à se réinsérer en cours d’année.

Pour vous, quelle serait la solution pour éviter de laisser trop d’étudiants de côté ?

Université Paris Descartes
Université Paris Descartes
Je milite pour une présélection basée sur les notes au lycée et la mention au bac S, même si je sais que c’est un vœu pieu. Il ne s’agit pas d’empêcher les étudiants de se tourner vers nos cursus, mais la présélection permettrait de ne pas envoyer « au casse-pipe » des personnes, même talentueuses, qui n’ont pas le niveau. Chaque année, nous pouvons avoir jusqu’à 15% à 20% des effectifs qui abandonnent spontanément, car ils se rendent compte qu’ils n’y arriveront pas. C’est dommage: avec une meilleure orientation, on éviterait ce gâchis.

NB :


27/02/2011
Propos recueillis par David Allais
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