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Etudes et travail ne font pas nécessairement bon ménage


8 étudiants sur 10 travaillent pendant l’année universitaire ou pendant l’été. Dans la majorité des cas, c’est un emploi occasionnel qui permet à l’étudiant d’améliorer l’ordinaire ou qui s’intègre dans son cursus d’études (stages, alternance…). Mais pour 7% d’entre eux, l’emploi en question est exercé par nécessité plus de la moitié de l’année et, sans rapport avec les études suivies, il est facteur d’échec scolaire, selon les chiffres divulgués par l’OVE.



La dernière enquête de l’OVE (Observatoire de la Vie Etudiante) révèle que 49% des étudiants exercent une activité rémunérée pendant l’année universitaire. Ils sont même 80% à exercer une activité rémunérée si l’on inclut les 30% qui travaillent uniquement pendant les vacances d’été. Parmi ceux-ci, il y a les étudiants qui exercent une activité rémunérée qui s’intègre aux études (l’internat en médecine, les stages en gestion, les emplois d’ATER pour les doctorants, l’alternance dans le cadre des formations techniques…). Dans ces cas (environ 20%), l’activité rémunérée est prévue dans le cursus et facilite l’apprentissage et l’insertion professionnelle.

Il y a encore les étudiants qui exercent une activité d’appoint, pour arrondir les fins de mois : garde d’enfants, surveillant, cours particuliers, animation scolaire, enquête pour les instituts de sondages…Cette recherche de revenus complémentaires est parfois dictée par la volonté de s’émanciper de la tutelle parentale.

Toutefois, parmi ceux qui travaillent durant l’année, « 43% ont un emploi qui les occupe au moins à mi-temps, et au moins six mois par an », signale l’OVE. Et dans 7% des cas (soit 100.000 étudiants), ils n’ont d’autre choix que de travailler pour financer leurs études. Cette proportion d’étudiants contraints de travailler est relativement stable dans le temps si l’on en croit les précédents rapports ( 6,8% en 1997 et 7,1% en 2000).

En rapport ou non avec les études

L’exercice d’une activité professionnelle est un facteur positif lorsqu’il s’insère dans le cadre d’un cursus ou qu’il est compatible avec les horaires d’études, puisqu’il permet d’acquérir de nouvelles compétences, de mieux appréhender le fonctionnement du marché du travail et d’enrichir son expérience professionnelle. Toutefois, « l’exercice régulier d’une activité rétribuée sans rapport avec les études diminue les chances de réussite et va de pair avec le retard dans les études », notait le sociologue Claude Grignon, dans un rapport en décembre 2003 (1), basé sur les chiffres de 2000. Horaires lourds et incompatibles, désorganisation, fatigue…dans certains cas, le job étudiant devient un handicap pour les études.

Le plus souvent, les étudiants pour qui l’activité rémunérée est vécue comme handicapante pour les études sont ceux qui sont les moins favorisés financièrement. Ils rencontrent également le plus de difficultés dans leurs cursus. Cette dernière relation peut, bien entendu, se lire dans les deux sens. Ainsi l’on peut comprendre que ces étudiants sont moins brillants parce qu’il sont forcés de travailler pour subvenir à leurs besoins matériels, et, à l’inverse, on peut également en déduire que les étudiants en échec dans leurs études ont tendance à exercer une activité salariée alors qu’ils sont encore à l’université. Dans les deux cas, cette situation n’est pas satisfaisante et compromet l’égalité des chances.

Claude Grignon note par ailleurs que ces étudiants se retrouvent, le plus souvent, en UFR de lettres et de langues, de sciences humaines, moins exigeants en volume horaire que d’autres filières. L’auteur veut y voir le signe que les étudiants les moins favorisés s’orientent vers les filières les moins prestigieuses mais qui laissent plus de temps pour travailler en dehors. Et de noter que « les filières les plus prestigieuses et les plus sélectives exigent que la vie des étudiants soit tout entière organisée autour des études ; elles ne tolèrent ni la concurrence des loisirs ni celle d’une activité rémunérée régulière ».

On notera pourtant que ce qui est vrai des classes préparatoires, l’est beaucoup moins des grandes écoles d’ingénieurs et de commerce qui, bien au contraire, favorisent l’insertion professionnelle de leurs élèves en adaptant le temps d’enseignement aux activités rémunérées (stages, apprentissage, alternance, junior entreprises…). De même les filières médecine (via l’internat) ou encore Institut d’Etudes Politiques (qui prévoit de longues périodes de stages) facilitent la pratique d’une activité rémunérée.

Les bourses : unique solution ?

La délivrance de bourses aux étudiants en difficulté financière constitue un remède classique à ce type de précarisation. Les aides financières permettent ainsi de rétablir l’équilibre des chances entre milieux sociaux dans la poursuite des études. Elles sont toutefois retirées aux étudiants qui ne réussissent pas scolairement, et ce pour éviter les demandes d’aides abusives qui n’émanent pas d’individus souhaitant réellement poursuivre leurs études. Or, le rapport de Claude Grignon tend à démontrer que les étudiants qui connaissent les plus grandes difficultés financières sont également plus souvent en situation d’échec scolaire.

D’autres voies doivent donc être explorées pour tenir compte de la situation de ces étudiants contraints de travailler plus de la moitié de leur temps par nécessité. Condamner la pratique d’une activité salariée en soi ne serait pas de nature à faciliter la transition des étudiants vers le monde professionnel, ce qui n’est déjà pas le point fort des universités. D’autre solutions sont envisageables, tel un aménagement horaire des études pour permettre l’exercice d’une activité salariée, comme cela se pratique dans certaines grandes écoles ou universités étrangères. Une troisième voie consisterait à faciliter l’exercice d’une activité salariée qui s’intègre mieux aux études, tant au niveau des horaires que de la cohérence pédagogique. Comme dans le cadre des filières professionnalisées qui connaissent les meilleurs taux d’insertion sur le marché de l’emploi. La mise en œuvre d’une telle politique permettrait de transformer un handicap financier en point fort pour l’insertion. Elle passe par le développement des bureaux d’orientation professionnelle dans les universités afin de permettre un accompagnement des étudiants et la multiplication des contacts entre l’université et le monde professionnel.

NB :

(1) « Les étudiants en difficulté - précarité, pauvreté », Rapport au ministre de la Jeunesse, de l'Education Nationale et de la Recherche


Pierre-Alban Pillet
28/11/2005


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