L’exercice d’une activité professionnelle est un facteur positif lorsqu’il s’insère dans le cadre d’un cursus ou qu’il est compatible avec les horaires d’études, puisqu’il permet d’acquérir de nouvelles compétences, de mieux appréhender le fonctionnement du marché du travail et d’enrichir son expérience professionnelle. Toutefois, « l’exercice régulier d’une activité rétribuée sans rapport avec les études diminue les chances de réussite et va de pair avec le retard dans les études », notait le sociologue Claude Grignon, dans un rapport en décembre 2003 (1), basé sur les chiffres de 2000. Horaires lourds et incompatibles, désorganisation, fatigue…dans certains cas, le job étudiant devient un handicap pour les études.
Le plus souvent, les étudiants pour qui l’activité rémunérée est vécue comme handicapante pour les études sont ceux qui sont les moins favorisés financièrement. Ils rencontrent également le plus de difficultés dans leurs cursus. Cette dernière relation peut, bien entendu, se lire dans les deux sens. Ainsi l’on peut comprendre que ces étudiants sont moins brillants parce qu’il sont forcés de travailler pour subvenir à leurs besoins matériels, et, à l’inverse, on peut également en déduire que les étudiants en échec dans leurs études ont tendance à exercer une activité salariée alors qu’ils sont encore à l’université. Dans les deux cas, cette situation n’est pas satisfaisante et compromet l’égalité des chances.
Claude Grignon note par ailleurs que ces étudiants se retrouvent, le plus souvent, en UFR de lettres et de langues, de sciences humaines, moins exigeants en volume horaire que d’autres filières. L’auteur veut y voir le signe que les étudiants les moins favorisés s’orientent vers les filières les moins prestigieuses mais qui laissent plus de temps pour travailler en dehors. Et de noter que « les filières les plus prestigieuses et les plus sélectives exigent que la vie des étudiants soit tout entière organisée autour des études ; elles ne tolèrent ni la concurrence des loisirs ni celle d’une activité rémunérée régulière ».
On notera pourtant que ce qui est vrai des classes préparatoires, l’est beaucoup moins des grandes écoles d’ingénieurs et de commerce qui, bien au contraire, favorisent l’insertion professionnelle de leurs élèves en adaptant le temps d’enseignement aux activités rémunérées (stages, apprentissage, alternance, junior entreprises…). De même les filières médecine (via l’internat) ou encore Institut d’Etudes Politiques (qui prévoit de longues périodes de stages) facilitent la pratique d’une activité rémunérée.