La réforme LMD : de quoi parle-t-on ?




A l’origine, il s’agissait avant tout avec le processus LMD de permettre une sortie de l’université à bac +3, bac +5 et bac +8, dans tous les pays européens. Dans les pays où l’université conduisait en quatre ans à un diplôme unique – tel l’Italie – il a fallu réinventer un diplôme court (en trois ans) et une cinquième année pour créer des masters. Mais en France, cela n’aurait dû faire aucune difficulté : l’université proposait à ses étudiants de sortir avec un diplôme à bac+2, bac+3, bac+4 ou encore bac+5 … une situation unique qui facilitait la mise en place de la réforme LMD. Les licences existaient déjà, les doctorats aussi. Le deug et la maîtrise devenaient des diplômes intermédiaires, ce qui était déjà leur statut sur le marché du travail. Il ne suffisait donc plus que de renommer les DEA masters de recherche, et les DESS masters professionnels, de procéder à quelques aménagements pour accentuer l’intégration entre l’année de la maîtrise (devenue M1) et l’année de troisième cycle (M2), et le tour était joué.
Aucune directive européenne n’exige d’ailleurs une refonte globale de l’offre de formation. En France, la réforme LMD est pourtant présentée par tous les acteurs comme un travail de titan, la première réforme du nouveau siècle : il y aurait 800 licences et maîtrises à remettre à plat, 3.600 DEA et DESS à « traduire » en nouveaux diplômes et quatre vagues d’universités à faire passer au LMD de 2003 à 2009 !

Un moteur réformateur

Et les critiques fusent du côté des syndicats, étudiants et enseignants : la réforme est dite illisible, elle est fustigée pour son manque de cohérence et accusée de tous les maux (mise en concurrence des établissements et augmentation des frais de scolarité notamment). A contrario, elle est vendue par certaines universités comme un signe de modernité : « notre université est LMD compatible, venez chez nous ».
Curieuse situation pour a priori un simple changement d’appellation. En réalité, derrière l’expression « réforme LMD » se cache toute une série de chantiers tels que la cohérence régionale de l’offre de formation, la refonte globale des projets d’établissement, le rapprochement grandes écoles – universités, la redistribution de certains moyens alloués aux universités… autant de thèmes franco-français qui n’ont aucun rapport avec le processus européen d’harmonisation des diplômés. Le LMD est ainsi devenu un moteur réformateur…jusqu’en 2009.


Pierre-Alban Pillet
26/09/2005


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