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Conseiller d'orientation psychologue, un métier sous le feu des critiques


Le débat médiatique est focalisé actuellement sur le Contrat Première Embauche (CPE). Le gouvernement a pourtant fait d'autres propositions pour tenter de remédier au chômage des débutants: elles portent sur l’orientation scolaire, avec notamment la création d’un service public d’orientation unifiant les différents dispositifs existants, et la constitution de plates-formes inter-universités pour l’insertion professionnelle. Le Premier ministre souhaite également améliorer la diffusion des informations relatives aux débouchés et taux de réussite des étudiants, afin de "faire de l’université une voie de succès".



La reprise en main des problématiques d’orientation paraît s’appuyer sur un constat d’échec des quelque 5300 conseillers d'orientation psychologues (COP) et directeurs des centres d’information et d’orientation (CIO) qui sont aujourd’hui censés incarner le service public d’orientation. Et ce, même s’ils sont loin d’être les seuls acteurs dans le processus, puisque interviennent également le Centre d'information et de documentation jeunesse (CIDJ), les services communs universitaires d'information et d'orientation (SCUIO) et bien sûr les enseignants (1). Mais ce sont bien les COP et CIO qui ont récemment fait l’objet de deux rapports sévères. Le premier, qui émane de l’Inspection générale de l’Education nationale, analyse le fonctionnement et les dysfonctionnements des 582 CIO en détail, tandis que la députée Irène Tharin, qui s’est intéressée aux services d’orientation dans le cadre d’un rapport plus large, remet en cause leur efficacité.
Le rapport de l’Inspection générale relève ainsi que les conseillers d'orientation psychologues ont du mal à répondre aux attentes du public, en raison notamment de leur relative méconnaissance du marché du travail. En outre, ces fonctionnaires ne seraient pas suffisamment intégrés aux établissements scolaires et leur travail ne ferait pas l’objet d’une évaluation régulière. De son côté, la députée Irène Tharin rappelle que les étudiants français souffrent d’erreurs massives d’orientation, notamment au regard du taux d’échec au cours des premières années de fac.

Autant de critiques qui ont été rejetées par les COP. A la suite du rapport Tharin, l’une de leurs associations (ACOP-France) a adressé un courrier aux députés pour rappeler qu'ils ne pouvaient être désignés comme les responsables de la difficile insertion des jeunes gens dans notre société. En outre, l’association rejette l’argument selon lequel les conseillers n’auraient pas une bonne connaissance du marché du travail. Plus généralement, les COP se sont offusqués de la description caricaturale qui a été faite de leur métier, se disant, en substance, plus aux faits des réalités que l’on voudrait bien le faire croire.

La coexistence d’emplois non pourvus et d’un fort taux de chômage chez les débutants n’est pas liée aux dysfonctionnement de l’orientation, estime Mireille Henry, conseillère au CIO Mediacom à Paris (2). Elle l'explique par le fait que "les jeunes ne souhaitent pas aller vers des métiers difficiles", comme le bâtiment ou la restauration. "Nous nous tenons informés de la réalité du marché du travail", poursuit-elle. "Mais les politiques voudraient que l’on oriente les jeunes vers des formations qui répondent aux besoins immédiats des entreprises", qui évoluent rapidement, alors que le processus d’orientation est lent. La conseillère souligne enfin que "n’importe quelle personne qui s’adresse à un CIO et qui souhaite être reçue par un COP peut l’être. C’est un service public qui fonctionne".

Pyschologues publics contre services privés

Il est probablement difficile de juger des résultats obtenus par les COP. Nulle batterie de statistiques ne peut prétendre mesurer la qualité d’un conseil lié à un choix de vie, ni même mesurer l’impact de ce conseil sur le choix final. Mais force est de constater que les conseillers en orientation, qui se revendiquent avant tout psychologues, ont des profils scolaires et professionnels trop homogènes pour couvrir l’ensemble du spectre des problématiques liées à l’orientation.
Leur formation s’effectue sur deux ans et comprend cinq mois de stages, dont deux seulement en entreprise. Les cours sont essentiellement consacrés à la psychologie de l’orientation, aux approches sociologique et économique de ce domaine, et à l’analyse des données statistiques. Curieusement, la formation des COP n’est donc pas concentrée sur l’analyse des différentes filières de formation françaises et européennes et de leurs débouchés professionnels, comme on aurait pu l’imaginer.
Les publics et leurs attentes sont multiples. Or les COP apportent bien souvent des réponses au caractère trop généraliste. En conséquence, les plus fortunés n’hésitent plus à s’adresser à des services privés d’orientation. Leur prolifération n’est pas seulement liée, comme l’avancent certains COP, à la volonté des familles de se rassurer en payant une prestation offerte gratuitement par ailleurs. Elle peut s’expliquer par le complément de service qu’apportent ces sociétés, à savoir la proposition d’un choix concret d’orientation et un accompagnement personnalisé jusqu’à l’entrée dans la formation souhaitée. Certaines sont dirigées par des psychologues, d’autres des sociologues, des juristes, des anciens spécialistes des ressources humaines…et répondent chacune à un type de besoin particulier.

Le corps des COP aurait ainsi beaucoup à gagner en s’ouvrant à des profils de scientifiques, de gestionnaires et de professionnels passés par l’entreprise. Notamment s’il s’agit d’offrir un service complet d’orientation scolaire et professionnelle tout au long de la vie, un thème d'actualité. Depuis 1991, la nature même du concours, qui exige d’être titulaire d’une licence de psychologie et comprend une épreuve en cette matière, interdit l’accès à d’autres profils. La suppression du monopole des licenciés en psychologie est ainsi préconisée par le rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale. En outre, la mission des COP devrait être précisée, voire corrigée, car il y a probablement deux métiers en un : le premier de psychologue de l’éducation au services des élèves, le second de conseiller en réussite scolaire et professionnelle. Deux métiers qui n’appellent ni les mêmes qualités, ni les mêmes compétences.
Les constats faits par les rapports récemment diffusés ne sont toutefois pas nouveaux, et comme le rappelle Mireille Henry du CIO Mediacom, "ce ne sont ni les premiers, ni les derniers rapports. D’ailleurs dans les années 70, on racontait la même chose que maintenant".

NB :

(1) On pourrait aussi mentionner les parents d’élèves pour les plus jeunes, puis plus tard les conseillers ANPE et APEC, les missions locales, les DRH…Les pourvoyeurs en solutions d’orientation sont multiples et variés.

(2) Le CIO Mediacom, basé boulevard du Montparnasse, dans le 14ème arrondissement de Paris, a comme particularité de ne pas être sectorisé. Il accueille tous les publics, sans rendez-vous, et entretient des partenariats avec le CIDJ et la Cité des Sciences à la Villette.

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P-A.Pillet
19/02/2006



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