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Grands patrons issus des grands corps, la fin d'une exception?


« Des administrations ministérielles aux directions générales parisiennes » : ce parcours, constituant une autre exception française, serait en recul, selon une étude d'Hervé Joly, chargé de recherche au Laboratoire de recherches historiques Rhône-Alpes. En comparant la composition des comités exécutifs des entreprises du CAC 40 en 2004 et 2007, il a aussi mis en évidence une internationalisation accrue.



Grands patrons issus des grands corps, la fin d'une exception?
"Grands patrons, grandes écoles : la fin de l’endogamie?", s'interroge le chercheur dans un article publié en mars (1). "Les inspecteurs (des finances) sont aujourd’hui moins nombreux à la tête d’entreprises du CAC 40 que dans les années 1990", constate-t-il, citant "les départs forcés de Jean-Marie Messier (Vivendi), Michel Bon (France Telecom), Philippe Jaffré (Elf Aquitaine) notamment, compensés seulement par l’arrivée récente de Pierre-André de Chalendar comme directeur général de Saint-Gobain. Les inspecteurs sont ainsi présents dans les comités exécutifs de 11 entreprises seulement, avec une forte concentration dans les banques. De même pour le corps des Mines, avec les retraits de Bertrand Collomb (Lafarge), Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain), Thierry Desmarets (Total), Jean-Martin Folz (Peugeot SA) ou Noël Forgeard (EADS), ne reste plus qu'un poste de PDG du CAC aux Mines: celui de Patrick Kron (Alstom). Ce grand corps (2) n'a plus le secours de ses bastions traditionnels (Charbonnages de France, Pechiney...).

Hormis les héritiers du capital (3), les PDG restent toutefois le "produit d'une élite scolaire très étroite". Sans compter les doubles formations, ils sont 10 énarques, 7 polytechniciens et 3 HEC, un ESCP, un centralien, un Mines de Paris et un Ponts. L'auteur remarque "quelques signes d’ouverture" en la nomination chez Renault de Carlos Ghosn, un polytechnicien empêché par sa nationalité étrangère d’entrer dans les grands corps, en celle de Christophe de Margerie entré à 23 ans chez Total à la sortie de l’ESCP (Sup de Co Paris), et en celle de Christian Streiff, ingénieur des mines de Paris n'ayant pas intégré de grand corps, qui a passé 28 ans chez Saint-Gobain avant d’arriver aux commandes de Peugeot. Surtout, Jean-Pascal Tricoire, ingénieur électronicien de la modeste École supérieure d’électronique de l’Ouest à Angers, a gravi tous les échelons chez Schneider, en parfait exemple d'une carrière « à l’allemande » dans la même entreprise.

Un quart d'étrangers parmi les dirigeants

Autre fait saillant relevé par Hervé Joly: la proportion de membres des comités exécutifs d'origine étrangère est passée de 23,2% en 2004 à 25,3% en 2007 (4). Onze entreprises restent tout de même sans dirigeant étranger au comité exécutif, dont Air France, BNP Paribas ou encore Vinci. Les sociétés issues d’une fusion entre une entreprise française et une ou plusieurs entreprises étrangères sont naturellement davantage "internationalisées": Arcelor Mittal compte 17 étrangers sur les 24 membres du comité exécutif, ST Microelectronics 15 sur 23, EADS 7 sur 12, pour ne citer qu'elles.

Les membres qui ne sont pas d'origine étrangère sont pour 17,2% des polytechniciens, 12,9% des énarques et 9,2% des HEC. Si l'on inclut une poignée d’autres grandes écoles parisiennes (Centrale, Mines, Ponts, ESCP, Essec, Normale sup et Sciences Po), près de 60% des membres des "comex" sont passés par ces formations élitistes. Les autres écoles de commerce, notamment provinciales, sont marginalisées (à peine 4%). Les écoles d’ingénieurs de second rang occupent cependant une place non négligeable (15,7%), de même que les formations universitaires (13,7%). A noter, 15 entreprises du CAC 40 sont sans énarque parmi leurs dirigeants, et 10 seulement en comptent plusieurs. En outre, 14 entreprises n’ont pas de polytechniciens à ce niveau. Mais 8 entreprises seulement n’ont ni énarque ni polytechnicien.

NB :

(1) http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/26/39/28/PDF/article_dirigeants_2004-2007.pdf
(2) Les grands corps de l'État sont les corps de hauts fonctionnaires tels que le Corps des Ponts et Chaussées, le Corps des Mines, l'Inspection générale des finances, dont les membres sont généralement recrutés après l'École nationale d'administration (ENA) ou l'École polytechnique.
(3) L'auteur en compte 8: Bernard Arnault, Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, François-Henri Pinault, Patrick Ricard, Michel Rollier, Franck Riboud et Gilles Pélisson. Leur formation n’est pas déterminante.
(4) Sont considérés comme d’origine étrangère les dirigeants ayant effectué leur formation et le début de leur carrière professionnelle à l’étranger. La nationalité n’est pas
prise en compte.


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Alison Cartier
06/04/2008



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