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Concours de la fonction publique: attention chantier


Pendant longtemps, la fonction publique n'a pas eu besoin de faire de publicité autour de ses métiers, le statut de fonctionnaire suffisant à attirer des hordes de candidats. Les pouvoirs publics, qui voient venir le papy-boom, s'inquiètent désormais des forts besoins en recrutements dans les années à venir et de la concurrence du secteur privé. Et qui dit recrutement de fonctionnaires dit concours, gage supposé d'égalité entre les candidats. Qui oserait détruire ce mythe? Deux inspecteurs généraux de l'administration, à qui le ministre du Budget et le secrétaire d'Etat à la Fonction publique ont confié la rédaction d'un rapport sur les concours d'accès à la fonction publique d'Etat, viennent de souligner l'impérieux besoin de modernisation de ces épreuves. De quoi inspirer la probable réforme à venir.



Concours de la fonction publique: attention chantier
"Un dispositif de recrutement relativement lourd, éclaté, peu et mal piloté, sans objectifs réellement spécifiés mais qui entame, lentement, sa mue": tel est le diagnostic sans appel dressé par Corinne Desforges et Jean-Guy de Chalvron, auteurs du "rapport de la mission préparatoire au réexamen du contenu des concours d'accès à la fonction publique de l'Etat" (1). Le remède qu'ils suggèrent, après avoir auditionné une centaine de personnes, est de "professionnaliser le dispositif et les épreuves pour favoriser la diversité du recrutement". Ils ont constaté que "le modèle français de la fonction publique est resté figé, depuis plus de cinquante ans, dans sa configuration « historique » des pères fondateurs du « statut », aux lendemains de la Libération". Les concours, voie légale d'accès à cette fonction publique et également voie de la promotion (concours internes, examens professionnels), n'ont cessé de se développer et se comptent par milliers chaque année. En 2005, ils ont permis de recruter 61 000 personnes parmi 670 000 candidats. Ceux se présentant aux concours externes représentent à peine plus de la moitié des "admis". Environ 8% seulement des recrutements se font sans concours, soit 5 000 par an (2). Les pouvoirs publics sont confortés dans leur politique d'enrôlement par un excellent taux de sélectivité, bien qu'en légère baisse par la voie externe, avec en moyenne 13 candidats qui se présentent aux épreuves pour un reçu. Ce rapport est en hausse pour les concours internes, à 9 pour 1.

Une organisation kafkaïenne

L'organisation des concours est un système redoutable de complexité: de par la diversité des épreuves et la répartition des postes à pourvoir, que fixe chaque statut, mais aussi de par l'absence d'organisation interministérielle efficace, notent les auteurs. Ainsi, la planification des concours a lieu souvent sans concertation. Ce qui est complexe pour les administrations devient proprement illisible pour les candidats. L'information sur les concours est difficile d'accès, éclatée entre ministères, et elle se fait souvent en des termes juridiques et non pratiques. Même le portail internet dédié ( http://concours.fonction-publique.gouv.fr/ ) est réduit à sa plus simple expression. L'abandon de ce terrain par l'Etat a laissé place au développement d'officines qui appuient les candidats moyennant finances, ce qui est source de discriminations.

Les auteurs en arrivent à se demander si l'Etat s'intéresse réellement à ses ressources humaines. Les programmes des concours sont par exemple calés sur les enseignements scolaires ou universitaires, qui ne sont pas établis en fonction des besoins des administrations. La "difficulté" des épreuves, "associée à un taux de sélectivité élevé, sert de stratégie de recrutement", notent-ils. Les inspecteurs brocardent "l'épreuve de composition ou de culture générale", quasi inexistante à l'étranger. "Que valide-t-on?" par là, s'interrogent-ils, jugeant qu'elles prennent l'allure de "Questions pour un champion" pour certains concours de catégorie C. La dissertation, pratiquée essentiellement en catégorie A, va aussi "au-delà des besoins concrets de l'administration", selon eux. Plus généralement, les programmes sont "lourds, variables d'un concours à l'autre et sans lien avec le niveau de formation requis". Rares sont les épreuves pratiques correspondant au métier exercé (par exemple pour un adjoint administratif 1ère classe : traitement de texte, prise de rendez-vous, réponse au téléphone).

Les conséquences de ces tares sont que "les lauréats les mieux informés et les plus diplômés évincent des concours ceux qui pourraient y être reçus". Le système induit une reproduction sociale: 26,2% des agents de la fonction publique sont enfants de fonctionnaire (et 32,5% des cadres), alors que ces derniers ne représentent que 17,8% des personnes ayant un emploi âgées de 18 à 65 ans. Les lauréats sont aussi surdiplômés. En 2005, c'était le cas de 75% des lauréats des concours externes de catégorie A, 81% des lauréats de catégorie B et 70 % des lauréats de catégorie C, qui avaient un diplôme supérieur à celui requis (licence pour les A, bac pour les B et brevet des collèges pour les C). D'où des frustrations dans l'exercice du métier. La fonction publique ne semble plus jouer son rôle d'ascenseur social. Un jeune sans diplôme ou titulaire du seul brevet des collèges - un peu moins de 150 000 jeunes chaque année - n’a pratiquement aucune chance d’intégrer la fonction publique d’Etat par concours.

Valoriser les ressources humaines

Pour Corinne Desforges et Jean-Guy Chalvron, la résolution de ces différents problèmes passe par le renforcement et la professionnalisation des structures administratives chargées du recrutement. C'est de bon sens: la fonction ressources humaines doit être valorisée, par des avantages de carrière et l'introduction d'une mobilité interministérielle des fonctionnaires spécialistes en gestion des RH notamment. La fonction de membre de jury doit être professionnalisée et valorisée dans la carrière. Les auteurs recommandent en outre un pilotage interministériel de la politique générale de recrutement des fonctionnaires d'Etat. Enfin, il paraîtrait logique d'évaluer l’efficacité a posteriori du recrutement, en lançant des enquêtes et en mesurant la satisfaction des employeurs et des recrutés.

Dans un secteur où la tendance est de remplacer automatiquement un départ par une arrivée, il serait bon de définir précisément les profils dont la fonction publique a besoin, surtout qu'existent déjà quelques outils en ce sens comme le répertoire interministériel des métiers de l’Etat (RIME). Ainsi, pour rebâtir les concours, seraient redéfinis les fondamentaux, les connaissances "métier" et les valeurs attendues d'un candidat. Tout en tenant compte du fait que la réussite à un concours externe, hors enseignants, entraîne dans près de la moitié des cas une formation en école d’application de quelques semaines à 30 mois. Les auteurs préconisent que les épreuves soient professionnalisées et que leur contenu soit mieux greffé sur les compétences attendues. Ils se prononcent pour une différenciation accrue selon les publics visés (candidatures internes, externes, 3ème concours, promotion) avec notamment l'introduction de modalités différentes de recrutement pour les « internes » (validation des acquis de l’expérience, pratiques professionnelles, effort de formation continue…). Car se préparer à un concours n'est pas évident pour les catégories les moins élevées et la motivation a tendance à se réduire avec l'âge. Pour les épreuves d’admission, les rapporteurs suggèrent d'ajouter la possibilité d'entretiens collectifs ainsi que des mises en situation. Réservés sur l'introduction de tests psychologiques, ils sont en revanche très favorables pour les tours extérieurs des grandes corps ou les A+ à des assessment center (évaluation de la personnalité, du style de travail, du comportement et des capacités dans le cadre d'un test global).

Davantage de diversité dans le recrutement

Concours de la fonction publique: attention chantier
Afin de favoriser la diversité du recrutement, objectif fixé par le président de la République, les inspecteurs estiment qu’il faut mieux faire connaître les métiers de la fonction publique, en informant les élèves dès le collège et en présentant les différents métiers (inspecteur vétérinaire, secrétaire, jardinier..) plutôt que les différents statuts (adjoint administratif, agent technique...). Pour lutter contre la place prise par les surdiplômés, il conviendrait pour commencer de supprimer les épreuves, programmes et sujets ne correspondant pas au niveau de diplôme requis pour le concours. A titre d'exemple, aucune question de droit public ne doit être posée dans des concours de catégorie B ou C, ainsi il n’y aura plus besoin de commencer des études de droit ou de s’inscrire dans une officine privée de préparation pour s'y présenter.

Pour terminer, les auteurs esquissent une série de scenarii généraux "plus audacieux", dont celui de "l’ouverture de concours par niveau, communs à plusieurs filières, suivis d’une formation par métier dans une école d’application et enfin d’une affectation par direction". Il s'agirait de remplacer les différents "concours ministériels d’un niveau donné par un concours interministériel", qui pourrait avoir lieu plusieurs fois dans l’année. "Cette « interministérialité » pourrait être organisée par filière professionnelle : fonctions d’appui technique, d’administration générale et d’administration spécialisée (en distinguant métiers de la sécurité, de la solidarité, de gestion économique et financière)", notent-ils, en y voyant comme principal avantage qu'il y ait "plus d’homogénéité au niveau des recrutements dans les différents ministères", ce qui serait un "levier pour la mobilité". Voilà reprise une idée du chef de l'Etat, qui, ne le perdons pas de vue, veut passer d’une fonction publique de corps à une fonction publique de métiers.

NB :

(1) http://www.budget.gouv.fr/directions_services/sircom/rapp_desforges080219.pdf
(2) par entretien pour intégrer la catégorie C, ou par titularisation des contractuels. Le PACTE (parcours d’accès aux carrières territoriales, hospitalières et de l’Etat) est un nouveau moyen depuis 2006: il permet d'accéder à la catégorie C après une formation en alternance et la vérification des aptitudes.

Alison Cartier
03/03/2008



Voir aussi : concours
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par DELTOUR le 10/03/2008 15:14
Trè intéressant; Je trouve l'analyse très juste. Bien des gens seraient intéressé mais n'osent pas se présenter à un concours, pour de multiples raisons. Pourtant ils peuvent présenter un bon potentiel.

2.Posté par Zuckerman le 18/03/2008 09:47
Un débat intéresant sur le système actuel des concours aura lieu le 29 mars à Paris . Voici l'annonce:

Tesol France (Teachers of English to Speakers of Other Languages in France), en association avec RANACLES, APLIUT et SAES, organise :

Le Grand Débat :
Le système actuel des concours (CAPES et Agrégation) constitue-t-il
la meilleure méthode de sélection et de préparation des enseignants d'anglais en France ?

Samedi 29 mars de 14:30 à 17:30
Télécom Paris (ENST), 49 rue Vergniaud, 75013 Paris.
Amphi : Thévenin

Gratuit, mais inscription obligatoire avant le 26 mars.Une piece d'identité est demandée à l'entrée

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INSCRIVEZ-VOUS http://www.tesol-france.org/Debate08fr.php://


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Un panel de personnalités s'exprimera tout d'abord sur la question puis le public pourra enrichir le débat par ses interventions et contributions.

Les membres de la table ronde sont :

Nigel Quayle, membre du jury de l'Agrégation externe d'anglais
Pierre Coatrieux, consultant et anciennement chez Andersen et Ernst & Young
Marie-Annick Mattioli, Presidente d'APLIUT
Laurel Zuckerman, auteur de "Sorbonne Confidential"
Alain Cazade, President de RANACLES
François Poirier, Vice-Président de SAES
Le président de séance : Dennis Davy, University of London in Paris

Cet événement est gratuit et ouvert à tous. Les discussions auront lieu à la fois en anglais et en français.

Date limite d'inscription le mercredi 26 mars 2008. (Passé cette date nous ne pourrons vous garantir l'entrée.)

Veuillez noter que les opinions exprimées lors de cet événement n'engagent les membres du panel qu'à titre strictement personnel et ne reflètent pas obligatoirement les organisations auxquels ils appartiennent. De même que la participation et le soutien apporté à l'organisation de ce débat par diverses associations n'impliquent pas de position particulière quant au thème de ce débat.

Les organisateurs
TESOL France (Teachers of English to Speakers of Other Languages) est une association française à but non-lucratif (loi 1901) que rassemble tous les enseignants d'anglais exerçant en France (dans le primaire, le secondaire, les universités, les grandes écoles, la formation continue, etc.). L'association a pour objectifs de promouvoir l'enseignement de l'anglais en France, renforcer la formation et la recherche pédagogique, réunir et diffuser toutes information utiles aux enseignements, favoriser les échanges et les discussions entre les professeurs d'origine française et ceux dont l'anglais est la langue maternelle.

APLIUT (Association des Professeurs de Langues des Instituts Universitaires de Technologie) avec comme but la défense et la promotion de l'enseignement des langues vivantes en IUT, elle assume une double mission :

Représenter l'enseignement des langues vivantes en IUT auprès de toutes les instances compétentes (Ministère de l'Education nationale, Commissions Pédagogiques Nationales, Assemblées des Directeurs d'IUT, Assemblées des Chefs de Département d'IUT, Associations et regroupements amis, etc.) ;
Animer la vie pédagogique et la recherche dans le domaine des langues vivantes en IUT, au plan local, national et international, en particulier dans le domaine de la langue de spécialité et des technologies éducatives modernes.

RANACLES (Rassemblement National des Centres de Langues de l'Enseignement Supérieur) à pour objet de coordonner les actions des actuels et futurs Centres de Langues des Universités et autres établissements d'enseignement supérieur en France. Favoriser la recherche en didactique des langues pratiques. Permettre tous les échanges utiles de matériel pédagogique. Diffuser les résultats des progrès en ingénierie didactique. Etablir un réseau national télématique de communication permanente. Permettre l'adhésion des Centres de Langues français en tant que membres de droit de la Confédération Européenne des Centres de Langues de l'Enseignement Supérieur (C.ER.C.L.E.S.) fondée à Florence, Italie, le 27 octobre 1990.

SAES (Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur) a vocation à regrouper les enseignants et les enseignants-chercheurs anglicistes de l'enseignement supérieur français. Elle compte actuellement environ 2100 membres.


http://www.tesol-france.org/Debate08fr.php

3.Posté par ERB le 18/04/2008 15:56
Plutôt d'accord pour trouver des parades à la concurrence aux concours B et C avec des candidats surdiplômés. J'ai rencontré très souvent des catégories C et surtout B titulaires de diplômes universitaires.
On déplacera simplement le problème de recherche d'emploi, mais dans un sens plus logique.
Cela étant, les personnels B surplômés se montrent assez souvent disposés à effectuer des activités correspondant à la catégorie supérieure et personne ne s'en plaint.
Ce constat remet sur le tapis la question : pourquoi vais-je à l'université ? Pour ma culture ou pour mon futur emploi ?
AMT
http://www.univ-nancy2.fr/

4.Posté par En finir avec l'Etat parasitaire le 23/05/2008 03:15
Franchement ce que les gens du privé comme moi veulent (sinon on ferme et c'est l'émigration à Londres ou ailleurs), c'est payer le moins possible d'impôts pour cette fonction publique civile surpayée et parasitaire (les fonctionnaires civils sont en moyenne mieux payés en net sans compter les retraites comme le montre les enquêtes INSEE).
Nous n’en pouvons plus, et je reproche au gouvernement de ne pas réduire plus les embauches et a tout le moins bloquer vos salaires pendant quelques années.
Les fonctionnaires ne sont la que pour servir le privé au meilleur coût Et si vous n’êtes pas contents le privé vous attends. Avec l’argent en moins que nous paieront en impôts nous choisirons librement a qui nous paierons nos prestations.
Pourquoi auriez vous la sécurité de l’emploi hors fonctions régaliennes (pour assurer la neutralité de l’Etat) ?
Nous sommes en concurrence avec la Chine pour votre plus grand bonheur consumériste, et bien nous espérons vous mettre en concurrence vous aussi et selon le prix marché.
L’Etat français devenu obèse, nous le voulons « light » et à notre service !
Quand à vos grades ridicules fonction d’un diplôme de valeur théorique acquis à 23 ans, dans le privé nous nous en foutons. Ce qui compte c’est la compétence et le travail.
Pour avoir travaillé avec l’Etat je sais trop bien que 90% des fonctionnaires sont des incompétents refusant toute adaptation sérieuse.

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