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La fac d’économie de Toulouse va devenir une grande école


La faculté des sciences économiques de l’université Toulouse 1 Capitole vit ses dernières heures. En septembre 2011, elle laissera sa place à l’École d’économie de Toulouse, une école universitaire au modèle original, appuyé sur un Réseau thématique de recherche avancée (RTRA). Marie-Françoise Calmette, doyenne de la faculté des sciences économiques de Toulouse, revient sur ce projet ambitieux qui pourrait faire des émules dans les années à venir.



Comment la recherche en économie à Toulouse est-elle devenue une référence internationale ?

Marie-Françoise Calmette, doyenne de la faculté des sciences économiques
Marie-Françoise Calmette, doyenne de la faculté des sciences économiques
Tout a commencé au début des années 80, sous l’impulsion de Jean-Jacques Laffont, un économiste français de renommée internationale, professeur à l’université Toulouse 1 (UT1). Il souhaitait créer un pôle de recherche en économie de haut niveau. Cette dynamique a abouti, en 2007, à la création d’un Réseau thématique de recherche avancée (1) sous le nom de Toulouse School of Economics (TSE) hébergé par l’UT1. Aujourd’hui, ce réseau est reconnu internationalement et se situe au second rang en Europe pour la recherche en économie derrière la London School of Economics (2)

Quel est le statut juridique de ce RTRA ?

C’est une fondation de coopération scientifique intitulée Fondation Jean-Jacques Laffont-TSE. Elle rassemble de nombreux chercheurs, regroupés au sein de trois laboratoires, dont les institutions de rattachement sont l’université de Toulouse 1, l’EHESS, le CNRS, l’INRA, et le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées, ainsi qu’environ 100 doctorants, dont 70% d’étrangers.

Comment la recherche est-elle financée ?

La fac d’économie de Toulouse va devenir une grande école
Le financement de TSE est assuré via la fondation Jean-Jacques Laffont qui a levé près de 35 millions d’euros auprès de partenaires privés (3). Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a décidé d’apporter un euro du budget de l’État pour chaque euro apporté par des institutions privées. TSE dispose donc de quelque 70 millions d’euros de fonds propres. Nous avons choisi de ne pas toucher au capital afin d’assurer la pérennité de la fondation, dont le fonctionnement est financé uniquement par les intérêts dégagés par le capital levé.

L’École d’économie de Toulouse, que vous lancez en septembre, sera-t-elle rattachée au RTRA ?

Non, il y aura deux entités juridiques bien distinctes, même si elles porteront le même nom. L’Ecole d’économie de Toulouse aura le même statut dérogatoire que les IAE, avec des instances de direction propres. Il s’agit de compléter le réseau d’excellence scientifique par une école universitaire d’excellence dans l’enseignement de l’économie. Les deux structures seront néanmoins très proches et les étudiants de l’école auront notamment pour vocation de rejoindre les rangs des chercheurs du RTRA.

Pouvez-vous préciser le concept de l’école que vous lancez en septembre ?

C’est un projet global de l’UT1. Il s’agit de créer une école d’excellence au sein de l’université sans pour autant sélectionner les gens au départ. Nous voulions trouver une troisième voie, à mi-chemin entre ce qui se passe dans les grandes écoles et ce qui se passe à l’université. L’idée, c’est que la L1 et la L2 fonctionnent comme des classes préparatoires, mais sans sélection à l’entrée, celle-ci intervenant au passage en L3. De toute façon, il n’était pas possible de faire autrement, car l’ouverture de l’école concordera avec la disparition de la faculté de sciences économiques de l’UT1.

Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?

Nous prendrons tous les bacheliers souhaitant s’inscrire en L1, mais nous effectuerons un gros travail d’orientation en amont, en mettant l’accent sur la charge de travail et la sélection en L3, pour que les bacheliers sachent à quoi s’attendre. Nous aurons environ 800 étudiants en 1ère année. Pendant deux ans, nous les formerons à l’entrée en L3 et au concours de l’IAE de Toulouse (qui fait également partie de l’UT1). Il n’y aura pas plus de 120 personnes par amphi et 20 personnes par cours de TD ; les étudiants auront également des devoirs sur table toutes les semaines. Nous avons commencé à mettre le système en place dès cette année et les résultats sont probants : nous sommes en passe de diviser le taux d’échec en première année par deux.

Comment s’effectuera la sélection ?

Nous prendrons 250 étudiants en L3, dont environ 120 à 160 issus de nos L2. Les étudiants inscrits à l’École d’économie de Toulouse seront jugés sur l’ensemble du travail effectué en deux ans. Un mauvais premier semestre ne sera pas rédhibitoire si les trois suivants montrent une vraie évolution. Les effectifs de la L3 seront complétés par des étudiants d’autres universités ou issus de classes préparatoires.

Que deviendront les étudiants qui ne seront pas sélectionnés ?

Nous avons demandé et obtenu du ministère de l’Enseignement supérieur la création de deux licences d’économie, une qui s’intègrera à la faculté de communication et d’administration et l’autre à la faculté d’informatique ; nos étudiants de L1 et de L2 seront pris de plein droit dans ces licences. Nous avons aussi une mention économie et droit qui permettra aux étudiants de basculer vers la faculté de droit.

Comment allez-vous financer cette nouvelle structure ?

Pour l’instant, l’école va hériter des crédits autrefois alloués à la faculté des sciences économiques et elle bénéficiera, pour ses enseignements, de la présence des enseignants-chercheurs du RTRA. Mais cela ne sera pas suffisant. Le président de l’université négocie actuellement un apport supplémentaire du ministère. Il serait logique que l’État soutienne l’innovation universitaire qu’il a cherché à promouvoir ces dernières années. Nous allons également nous tourner vers des financements privés, via la fondation de l’université. Les droits d’inscription n’augmenteront pas : cela fait partie de nos engagements avec les instances de l’université.

De quoi avez-vous besoin pour devenir une école à part entière ?

La fac d’économie de Toulouse va devenir une grande école
Pour transformer l’ancienne faculté des sciences économiques en école, nous avons besoin d’un bureau des étudiants, d’une junior entreprise, de développer les relations avec les entreprises pour obtenir de la taxe professionnelle, et d’avoir des locaux propres. Sur ce dernier point, l’université nous a aidés en nous permettant de regrouper toutes nos activités sur le site de la Manufacture des Tabacs, où se situaient déjà les locaux du RTRA.

Quelle est votre ambition à terme ?

Nous voulons former des cadres supérieurs en économie qui aient une formation d’économiste, ce qui n’est pas le cas en France, où beaucoup sont ingénieurs. Sur notre créneau, l’économie pure, il n’y a aujourd’hui que l’École nationale des statistiques et de l’administration économique (ENSAE). Nous allons également nous retrouver en concurrence avec HEC et toutes les grandes écoles de management françaises. Mais cela ne nous fait pas peur : notre ambition est de concurrencer les plus grands départements d’économie du monde.

NB :

(1) TSE est l’un des 13 RTRA français et l’un des deux spécialisés en économie avec l’École d’économie de Paris. Lire aussi notre article Qu’est devenue l’école d’économie de Paris ?
(2) Le classement de l’Université du Connecticut la place troisième européenne derrière la London School of Economics et l’université d’Oxford, tandis que le site Econphd place la TSE au 2ème rang européen, derrière la London School of Economics.
(3) La TSE est soutenue par Orange, GDF-Suez, La Poste, Total, Exane, EDF, Crédit Agricole, BNP-Paribas, Axa, Banque de France, Caisse des Dépôts, Chaire Georges Meyer

Propos recueillis par David Allais
09/04/2011
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Bazan le 12/04/2011 10:49

Intéressant article qui décrit bien le projet. Deux remarques :
1- Créer une véritable école est un projet légitime, comte tenu de la qualité des équipes de recherche
2- Mais on peut déplorer que le détail du projet montre qu'il est plus fait pour se mouler dans le modèle universitaire français que pour créer une école compétitive sur le plan international
3- Dire que la Fac d'éco va se transfomer en "grande école" est inexact. En école oui, en grande école non. Parmi les critères fixés par la Conférence des Grandes Ecoles figure en premier lieu le recrutement par concours national (pas forcément sur prépas). Or c'est l'un des choix fait par la TSE et/ou la présidence de l'université de refuser la sélection à l'entrée.

2.Posté par Bazan le 12/04/2011 10:50

Pardon, "Trois remarques"

3.Posté par paul le 13/04/2011 18:26

Je m'étonne des deux derniers points soulevés :
- Ce que met en place la fac d'éco de Toulouse ne se moule pas dans le modèle universitaire français : elle tente de créer une voie originale qui s'inspire des départements universitaires des grandes université mondiales (LSE, Havard, ...). Elle se place donc tout à fait sur un plan de compétitivité à l'international, peut-être plus qu'une "grande école" car elle a structurellement une taille et un support comparable aux universités des autres pays, ce' qui n'est pas le cas des grandes écoles (et cela leur pose des problèmes)
- Ce qui fait une grande école, c'est plus la réputation et la qualité d'une grande école que le label CPGE, dont beaucoup d'établissements sont d'illustres inconnus. La sélection se fait sur dossier et contrôle continu en L3, ce qui laisse aux étudiants en L2 et en L2 le temps de se préparer. Le système n'est pas fondamentalement de celui des classes pré+grandes écoles. A cette différence près qu'il préfère à la logique du couperet, la logique des résultats sur deux ans, un choix a priori moins aléatoire que le concours.

4.Posté par Bazan le 13/04/2011 19:26

Merci de ces remarques, mais cette "voie originale" n'est pas convaincante, parce qu'elle prétend au plus haut niveau sans accepter les règles observables du plus haut niveau, qu'elles soient internationales ou nationales.
1- Non le projet de TSE ne s'inspire pas des départements d'économie de LSE et de Harvard, car ces départements sélectionnent sévèrement à l'entrée en bachelor. Quant à la taille, il faut relativiser quand elle est obtenue par un premier cycle pléthorique : 800 étudiants en L1 dont 150 seulement entrerons en M1 ! La fac d'éco de Toulouse, qui va être transformée en "école", compte 3000 étudiants, dont l'essentiel est en "undergraduate", HEC en compte 4000, dont l'essentiel en "graduate". Où est l'avantage de taille ?
2- Ce qui fait la grande école, c'est effectivement la réputation et la qualité, pas le label de la CGE, mais connaissez-vous une seule GE de haut niveau de réputation et de qualité qui ne recrute pas sur concours ?
Donc, qu'on se place du point de vue de l'excellence internationale ou nationale, ce projet légitime part handicapé par un certain nombre de tabous universitaires, dont celui de la non sélection à l'entrée.

5.Posté par paul le 13/04/2011 23:39

Je trouve que vous faites preuve d'un fort dogmatisme en matière d'excellence et de tabous universitaires. La démarche de Toulouse me parait décomplexée, originale et offre certaines garanties : elle s'appuie non seulement sur un réseau de recherche de très haut niveau, mais en plus doté d'un "trésor de guerre" conséquent permettant d'appréhender l'avenir avec sérénité. Quand à la sélection, elle existe belle et bien, même si vous trouvez apparemment bien léger de ne sélectionner qu'en L3 : quelle idée horrible et emprunte de tabous que de donner leur chance à 800 élèves. Ces universitaires français sont vraiment d'horribles rétrogrades qui n'ont aucune idée de ce qu'il faut faire pour réussir.
C'est d'ailleurs pour cela qu'aucun universitaire français n'a jamais produit des résultats probants reconnu internationalement : ah, les affres du tiers monde et de l'égalitarisme... Plaisanterie mise à part, je vous trouve bien sévère.

6.Posté par Bazan le 14/04/2011 09:33

Je crois qu'il vaut mieux mettre fin à cette conversation. Je cite des faits (j'attends que vous citiez une seule institution d'excellence en économie dans le monde qui ne sélectionne pas à l'entrée), vous m'accusez de "dogmatisme". Où avez-vous lu que je critique les universitaires français (dont je suis) ? Etc.
Discuter sur des arguments m'intéresse, mais pas commentez des attaques sans fondement ou des préjugés.


7.Posté par paul le 18/04/2011 21:49

Je trouve dommage que vous preniez mal mes commentaires. Vous dites : "ce projet légitime part handicapé par un certain nombre de tabous universitaires," : n'est-ce pas une critique de l'université et des universitaire ? Vous dites que l'on peut être une grande école que si on s'aligne sur des standards. Est-ce une attaque que de suggérer que TSE a peut-être trouvé le moyen de faire autrement ? Le "dogmatisme" dont je parle est celui qui consiste à ne pas donner sa chance à une initiative sous prétexte qu'elle ne répond pas aux critères du "mainstream". En somme, je trouve que vous faites preuve de pessimisme et je trouve cela dommage. Je suis désolé que vous n'ayez pas saisi l'ironie de mon dernier message, mais cela ne consistait en aucun cas une attaque personnelle.

8.Posté par Michel Albouy le 27/04/2011 08:52

La démarche de la TSE est intéressante et novatrice dans le système universitaire français. Aussi il convient de la saluer. Cependant Bazan a raison : TSE ne sera jamais comparable à HEC ou à une vraie grande école. Au passage, je relève dans l'exposé de la Doyenne de la faculté de sciences économiques de Toulouse que celle-ci considère les IAE comme ayant un "statut dérogatoire avec des instances de direction propres". Si cela pouvait être vrai !! Malheureusement avec la réforme LMD, les IAE et notamment le mien ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils ont été. L'article 33 de la Loi Savary n'a jamais été vraiment appliqué et de nos jours les présidents d'université s'assoient dessus ! Pourtant les IAE auraient pu jouer le rôle d'écoles universitaires de management (ils étaient bien partis), mais ce n'est malheureusement pas le chemin qu'ils prennent. Ils sont aujourd'hui banalisés malgré leur résistance. Cela m'ammène à me demande ce que sera la durée de vie de l'expérience de la TSE ?

9.Posté par Bazan le 27/04/2011 10:39

Michel Albouy souligne un point très important. Toutes les écoles professionnelles de premier rang dans le monde, qu'elles soient de management, d'ingénieurs, de droit, etc., ont une grande autonomie au sein des universités auxquelles elles appartiennent. L'expérience des IAE est un peu triste. Alors que certains d'entre eux ont la capacité de concurrencer les bonnes grandes écoles sur leur terrain, ils sont handicapés par un manque d'autonomie qui s'est aggravé depuis la LRU.
Pour revenir à la TSE on peut se demander si l'organisation adoptée ne consiste pas, pour le président de l'université, à faire profiter au plus grand nombre du "trésor" obtenu par les chercheurs. C'est un objectif "social". Mais il obère les chances d'atteindre l'objectif d'excellence.

10.Posté par Michel Albouy le 27/04/2011 13:09

Effectivement, depuis la LRU les présidents ont supprimé toute "autonomie stratégique" aux IAE, surtout article 33. Même celui d'Aix-en-Provence, pourtant accrédité EQUIS (le seul en France), a vu ses ailes bien rognées. Mon IAE (Grenoble) lorsque je le dirigeais offrait des formations sélectives de Bac+2 au doctorat et abritait une UMR CNRS : le top pour un IAE muni de l'article 33 ! Aujourd'hui, l'école doctorale et l'UMR CNRS (le CERAG) sont distincts et coupés de l'IAE et ses formations ne vont plus que de Bac+3 au Master. La formation continue (qui rapporte) est de plus en plus ponctionnée par l'université. Même sa stratégie internationale (qui allait de la Chine au Brésil) est sous la coupe du président. Cette expérience m'amène a être triste sur autant d'opportunités perdues pour créer un modèle alternatif universitaire en France. Optimiste de nature j'espère que l'aventure de la TSE sera meilleure que celle de l'IAE de Grenoble. Bon vent quand même à la TSE !

11.Posté par Desman le 12/08/2011 03:42

Golbalement je rejoins l'opinion de Paul.
@Bazan: les standards dont vous parlez me semble être franco-français. J'ai passé quelques années au Canada/États-Unis et personnellement je vois l'initiative de TSE comme un 'mix' original et intéressant entre les modèles français et anglo-saxon.
De plus séléctionner à la fin de L2 me paraît être une bonne idée car on sait tous qu'une sélection à l'entrée se fait sur un concours d'un jour sur des étudiants encore très verts, ce qui induit des erreurs de casting... Lesquelles erreurs il faut ensuite amener jusqu'au bout du cursus, ne serait-ce que pour les stats de l'école. Et inversement ce couperet aléatoire fait passer à coté de certains talents.

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