Yves Lichtenberger, président de l’Université de Marne-La-Vallée et président de la commission pédagogique de la Conférence des présidents d’université (CPU)
-Quelles sont les missions de l’enseignement supérieur selon la CPU ? Et en particulier au niveau de la professionnalisation ?
-Du colloque annuel de la CPU qui s’est tenu à Metz mi-mars est ressorti un texte d’orientation dans lequel sont inscrites quatre missions indissociables :
- la recherche fondamentale et finalisée,
-la formation générale et professionnelle,
-la valorisation économique et sociale au plus près des territoires, pour favoriser l’émergence de PME innovantes,
-l’internationalisation et la contribution au rayonnement et à l’attractivité de la France.
La mission de formation professionnelle signifie : permettre une insertion dans l’emploi. Auparavant, nous donnions des atouts aux étudiants pour trouver un emploi. Aujourd’hui les compétences transmises aux étudiants doivent se mesurer à l’aune des emplois décrochés. C’est un changement important, qui remonte en fait à la réforme LMD (licence-master-doctorat) d’harmonisation européenne des diplômes. Auparavant, les formations étaient définies en fonction de leur durée et de la discipline étudiée. Désormais les formations sont jugées en fonction des compétences qu’elles permettent d’acquérir.
-Où en est-on de la professionnalisation ?
-Il existe trois grandes familles de débouchés possibles aux études. D’une part l’enseignement, la recherche, les concours publics. D’autre part les formations professionnelles au sens strict, c’est-à-dire correspondant à des métiers identifiés. Enfin, et c’est l’enjeu actuel, il y a les formations générales que suivent des étudiants ne se destinant pas à l’enseignement. Nous nous attachons à définir des débouchés à ces formations, en créant par exemple des modules de spécialisation. Dès la licence, niveau pivot, il faut prévoir des débouchés.
-Quel accueil fait le patronat à la professionnalisation de l’université ?
-L’accueil est plutôt bon. Nous avons ainsi lancé une opération avec le Medef mettant au défi sept grandes entreprises de recruter en CDI 70 diplômés des filières générales de l’université de Marne-la-Vallée (1). Ces diplômés de lettres, histoire ou philosophie suivront pour quelques mois à partir de la rentrée prochaine une formation en alternance pour qu’ils s’adaptent à ce que demandent les entreprises.
-Les syndicats étudiants avancent que les plus réticents à la professionnalisation sont parfois les présidents d’université. Qu’en pensez-vous ?
-Aucun président ne renâcle à mettre en œuvre la professionnalisation. Mais toutes les universités ne s’y sont pas mises au même moment, d’où le retard de certaines. Il faut mesurer les moyens que cela demande. Par exemple dans mon université de Marne-la-Vallée, il faut pour 12 000 étudiants, trois personnes à temps plein qui se consacrent uniquement au suivi de l’insertion des diplômés.