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Un rapport sensible sur l’avenir des masters


Jean-Michel Jolion, président du Comité de suivi master, a remis fin septembre à Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, un rapport sur l'évolution de ce cursus clé. Ses propositions visent à uniformiser un niveau de diplôme créé dans le cadre de la réforme LMD et encore fortement marqué par ses prédécesseurs : maîtrise, DEA et DESS. Parmi celles-ci, deux vont faire polémique : l’instauration d’une sélection à l’entrée du M1 et la fin du monopole des universités sur les titres « master » et « licence ».



En 2002, le passage au LMD (Licence, Master, Doctorat) créait des Master1 (M1) et des Master2 (M2) en lieu et place des maîtrises, DEA et DESS. Dans l’esprit du processus de Bologne, visant à une harmonisation européenne de l’enseignement supérieur, le niveau master est un ensemble cohérent, précédant le niveau doctoral ou l’entrée dans le monde professionnel. Ce qui n’était pas tout à fait le cas du système précédent. Du coup, l’appellation master est entrée en vigueur sans que le fond ne suive complètement la logique de la réforme.

Un des exemples les plus frappants est la sélection des étudiants : celle-ci s’effectue après la première année de master, comme c’était le cas pour passer d’une maîtrise à un DESS ou un DEA. Seulement, cela n’a plus grand sens puisque l’intérêt du master est de se prévaloir d’un diplôme en 5 ans reconnu au niveau européen. L’étudiant qui arrête en M1 n’a donc, en quelque sorte, pas fini son cursus. Valérie Pécresse avait souhaité que la sélection se fasse à l’entrée en M1, mais avait reculé devant la levée de boucliers des étudiants au moment de la réforme sur l’autonomie des universités en 2007. Le rapport Jolion revient à la charge sur ce point, souhaitant une sélection en M1 accompagnée d’une aide aux étudiants non retenus pour « trouver une solution en adéquation avec [leur] projet professionnel ». Cette aide doit s’appuyer sur des possibilités de mobilité à travers la France pour suivre la formation adéquate. Et pour faciliter cette mobilité et augmenter la lisibilité des masters en général, le rapport suggère d’harmoniser les dénominations en tenant compte des spécificités disciplinaires et en précisant clairement les compétences professionnelles développées.

Dans le même ordre d’idées, le rapport Jolion souhaite en finir avec la distinction entre master recherche (ex-DEA) et master professionnel (ex-DESS). Partant du principe que la recherche est une finalité professionnelle, il propose un diplôme unique où la spécificité des finalités professionnelles s’exprimerait dans la diversité des masters proposés.

Vers des masters dans les établissements privés ?

Pour briser l’écueil, encore trop répandu en France, d’un faible niveau en langues étrangères, Jean-Michel Jolion propose qu’un master ne puisse être validé sans la maîtrise d’au moins une langue étrangère dans le cadre d’une certification reconnue. Le parcours de formation doit permettre aux étudiants d’acquérir cette maîtrise sans surcoût. Une mesure qui irait de pair avec l’incitation à développer des cursus ou des parties de cursus en langue étrangère, pour favoriser la venue d’étudiants étrangers.

Proposition plus polémique : Jean-Michel Jolion suggère que des institutions autres que les universités puissent être habilitées à délivrer des masters. Partant du principe que « l’État, lorsqu’il habilite une institution à délivrer un diplôme en son nom, apporte une garantie sur la qualité des formations », il ne voit pas pourquoi seules les universités pourraient être habilitées à délivrer des masters et des licences. « Il est positif qu’aucun type d’institution d’enseignement supérieur ne détienne le monopole de la délivrance des diplômes nationaux de licence et de master », peut-on ainsi lire dans le rapport.

Bien sûr, s’il devait y avoir une habilitation des grandes écoles publiques et privées à délivrer licences et masters, cela se ferait dans le cadre d’un cahier des charges précis visant à s’assurer de la qualité de l’établissement, de la bonne mise en œuvre de la formation, du respect des droits des étudiants et du principe de laïcité. La proposition ne plaît néanmoins pas à tout le monde puisque le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP) a déjà fait savoir qu’il était inadmissible que « des établissements privés ne partageant pas les mêmes missions de service public, entrent en concurrence avec les établissements publics ». Ce faisant, le syndicat feint d’ignorer que des grandes écoles délivrent déjà des diplômes de « grade master » (et non des diplômes nationaux de masters) et que personne ne fait la différence (1).

Les propositions du rapport Jolion ne sont pas vraiment nouvelles mais elles viennent remettre en débat des questions non tranchées et parfois polémiques. Valérie Pécresse compte s’appuyer sur ce rapport pour repartir à l’attaque, notamment sur la sélection à l’entrée en master. Aura-t-elle plus de chance cette fois-ci ? C’est à voir, la période de rentrée universitaire est rarement la meilleure pour faire passer des mesures impopulaires auprès des syndicats étudiants.

NB :


rapport_jolion.pdf Rapport_Jolion.pdf  (935.67 Ko)


David Allais
26 Octobre 2008




Voir aussi : lmd, master, pécresse, snesup


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