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Le nouveau visage de l’ENM, l’école qui forme les juges


Révision des statuts, réforme du concours, refonte de la formation initiale et continue, création d’un département de la recherche : la fameuse Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) de Bordeaux a pris, sous l’impulsion de la ministre de la Justice, Rachida Dati, et de son directeur, Jean-François Thony, des mesures à la hauteur des critiques qui lui avaient été adressées, après notamment l’affaire Outreau et la mise en cause du juge Fabrice Burgaud. Ces réformes, présentées en février dernier, entrent en vigueur en janvier et février 2009. L’établissement fête ainsi ses 50 ans avec une profonde réorganisation.



L'ENM à Bordeaux
« Pour mener une réforme cohérente, il fallait vraiment tout reprendre en même temps». C’est Jean-François Thony, le directeur de l’ENM, qui le dit. Il précise à l’Observatoire Boivigny : « Le concours n’avait pas évolué depuis 1958. Quant à la formation initiale, de nombreuses retouches avaient fini par la rendre difficilement lisible. L’école, par divers aspects, manquait enfin d’ouverture sur l’extérieur. »

Arrivé à la tête de l’institution en septembre 2007, Jean-François Thony a mis en place un projet de réforme, à la demande de Rachida Dati, la ministre de la Justice. Ses propositions ont été rendues publiques en février 2008. Pour les élaborer, « nous nous sommes basés sur deux grands axes de réflexion, rappelle Jean-François Thony : quel est le but de la formation de l’ENM et quels sont les enseignements nécessaires pour atteindre cet objectif ? Nous avons voulu y répondre tout en ouvrant l’école sur l’extérieur. »

Un concours d’entrée remodelé pour diversifier les profils d’admis

Jean-François Thony, le directeur de l'ENM
Ouverture, voilà bien l’un des mots clés de cette réforme. De quoi expliquer, entre autres, la recomposition du jury d’admission. Auparavant très majoritairement composé de magistrats et d’enseignants en droit, ce groupe portait un regard relativement classique et uniforme sur les candidats. « Nous y avons donc ajouté un avocat, un spécialiste en recrutement, une personne extérieure au monde juridique ou encore un psychologue. De quoi faciliter la sélection de nouveaux profils. Nous avons, par ailleurs, modifié des épreuves favorisant auparavant la culture générale et juridique pour faire davantage appel aux capacités de connaissances et de compréhension du monde. Le grand oral portera, quant à lui, beaucoup plus sur le parcours et la motivation du candidat que sur son érudition et son éloquence. Une épreuve de mise en situation collective a également été instituée. Nous espérons de la sorte donner plus de chances à des personnes d’origines sociales variées. » L’âge limite des candidats a été repoussé de 27 à 31 ans.

De plus, l’Ecole a suscité la création de classes préparatoires intégrées, ouvertes à des candidats de milieux modestes. Après un premier test réussi à Paris – trois admis à l’ENM sur quinze préparationnaires et plusieurs élèves acceptés à d’autres concours – deux nouvelles classes seront ouvertes dès janvier à Bordeaux et à Douai. De quoi accueillir dès 2009 un total de 45 étudiants.

La formation initiale a elle aussi été revue, passant d’une logique d’apprentissage des techniques des fonctions – juge pour enfants, juge d’instance, par exemple – à un enseignement par compétences. « Nous avons mis au point un registre de treize notions fondamentales à maîtriser de même qu’un programme de formation pour développer ces capacités. » Parmi ces savoirs transversaux, citons l’éthique et la déontologie, la culture institutionnelle, l’entretien judiciaire ou encore la prise de décision. Enfin, certains stages en préfecture, en police ou en milieu pénitentiaire, qui avaient été supprimés, sont réintroduits dans la nouvelle scolarité.

Autopsie des erreurs judiciaires

La formation continue des magistrats tout au long de leur carrière a également été revue. Parmi les nouveautés : cinq semaines de cours théoriques et pratiques sont désormais obligatoires à chaque changement de fonction. Un département de la recherche a été créé pour enrichir les savoirs pédagogiques de l’ENM et approfondir certains savoir-faire judiciaires. « Nous lançons dans ce cadre une activité d’autopsie des erreurs judiciaires, explique Jean-François Thony. De quoi nourrir notre pédagogie sur l’amélioration du fonctionnement de notre Justice et voir quelles fautes ne pas reproduire. »

NB :

Echanger des informations sur le concours de l'ENM et les autres concours de la fonction publique sur le forum de l'Observatoire / catégorie concours fonctionnaires

Télécharger ci-dessous le discours de Rachida Dati tenu lors de la présentation de la réforme de l’Ecole Nationale de la Magistrature le 22 février 2008 :

reforme_enm.pdf Réforme ENM.pdf  (163.7 Ko)


Antoine Teillet
14 Décembre 2008




Voir aussi : concours, enm


Commentaires des lecteurs

1. Posté par Mami le 14/12/2008 19:49
Autopsie des erreurs judiciaires.

Commencez par celle-ci.

Solution entre les mains des services du garde des sceaux.

Qui sont-ils, dans cette procédure sabotée pour fermer les yeux sur une escroquerie de 30 MF ?
- une société du CAC 40 ?
- un homme de presse connu de tout le monde + un financier ?
- deux acteurs majeurs d’un secteur en difficulté récurrente ?

Bientôt la réponse ! Les commissions Outreau, Balladur, Darrois la connaissent déjà.

Combien de magistrats fallait-il réunir pour permettre la totale réussite de ce sabotage ?

Combien de personnes en tout étaient informées et ont laissé le processus se dérouler en vain pendant 9 ans, à travers 2 plaintes 3 appels 3 cassations 1 réouverture 1 correctionelle .

Cette affaire est-elle relatée dans les carnets de Yves Bertrand ?



2. Posté par JM Paris (Ex Dirigeant, DRH et recruteur Grande entreprise) le 12/01/2009 19:42
J'espère que cette réforme permettra enfin d'envisager un recrutement de futurs magistrats plus "ouverts", même si cette ouverture parait encore trop timide. Aujourd'hui les magistrats sont en général "de gauche", contre le capitalisme et ceux qui le représentent; ce sont des "fonctionnaires », soumis à des critères de notation administrative, de tableau d'avancement, ultra carriéristes, mais tout en revendiquant leur indépendance du pouvoir, et de l'état...qui les paye ! L'indépendance des juges, je suis pour ! Mais le comportement de certains "frustrés" contre l'establishment, non ! Pour en revenir au recrutement, cela fait des décennies que les grandes écoles de commerce, de management d'ingénieurs ont intégré dans leur jury, et à parts égales, des représentants de sociétés ou d'organismes extérieurs à leurs structures ! Et plutôt que de faire un éventuel stage dans un cabinet d'avocat ou un tribunal, il faudrait rendre obligatoire un stage en entreprise !! La ou est la vraie vie !!

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