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Devenir enseignant chercheur : une affaire de patience et de persévérance

Du master à la thèse (1/2)


Parvenir à être enseignant-chercheur n’est pas une mince affaire. C’est un parcours qui prend souvent entre cinq et dix ans, parfois plus. Et ces années sont des années pleines : recherche, enseignement, montage de dossiers. Sans oublier, bien sûr, de trouver des financements. Première partie : du master à la thèse.



Votre master recherche s’achève, votre choix est fait : ce sera la thèse. Votre sujet a été pensé en amont, en relation avec les enseignants. Et déjà, l’orientation prise est cruciale. Le thème de la recherche, les professeurs qui l’accompagneront, mais aussi les notes en master et la qualité du mémoire détermineront votre accès ou non au financement royal des trois premières années de la thèse : l’allocation de recherche et le monitorat. Lesquels devraient se fondre à la rentrée 2009 dans le nouveau dispositif de contrat doctoral.

2000 euros brut par mois

« Pour obtenir une allocation de recherche, il faut déposer un dossier présentant son projet de thèse et son travail de master. On est ensuite auditionné. L’étudiant sélectionné obtient un financement de 1650 euros brut mensuel pour effectuer ses travaux de recherche. Cette allocation est renouvelable chaque année et pour un maximum de 3 ans », décrit Arnaud Libel (1), docteur en sciences sociales, formé à l’université Paris-Dauphine.

L’allocation permet d’accéder au monitorat, c'est-à-dire à une formation de 10 jours au métier d’enseignant-chercheur, ainsi qu’à des heures d’enseignements rémunérées. Pour 64 heures de travaux dirigés ou 96 heures de travaux pratiques, soit 2 ou 3 heures d’enseignement hebdomadaires, le moniteur perçoit 335,39€ brut mensuel. Comme l’allocation, le monitorat ne peut excéder 3 ans. Un allocataire-moniteur gagne donc un total légèrement inférieur à 2000 euros brut par mois. « Soit sensiblement la même chose qu’un maître de conférence (2) en début de carrière ! », reprend Arnaud Libel qui estime que « le début de la thèse, quand on est allocataire-moniteur, c’est vraiment la période royale pour le jeune chercheur.»

Calqués sur la durée théorique d’une thèse, ces financements ne prennent pas en compte la réalité des faits : le doctorat s’obtient souvent en 4 ou 5 ans, plus parfois. « La durée est souvent plus longue en sciences sociales, où l’on travaille sur des terrains extérieurs, avec de nombreuses interviews, parfois à l’étranger. En sciences dites dures, le travail en labo permet souvent une plus grande efficacité dans la gestion du temps », explique Anaïs Marin, docteur en science politique, formée à l’IEP de Paris.

Un nouveau système pour la rentrée 2009

Le contrat doctoral proposé par Valérie Pécresse permettra aux thésards d’être financés pendant quatre ans au lieu de trois. Ce contrat, qui devrait remplacer l’ancien système dès la rentrée 2009, marque à la fois une rupture et une continuité. Si le doctorant s’engage à effectuer d’autres activités que la recherche, notamment à enseigner, il pourrait percevoir une rémunération supérieure aux 2000 euros brut minimum fixés par l’Etat. Le doctorant aura en théorie la possibilité de négocier sa rémunération avec l’université.
Quant au contrat lui-même, il s’agira d’un CDD de trois ans avec une période d’essai de trois mois renouvelable. Le doctorant sous contrat évoluera dans l’université publique avec un statut juridique calqué sur les contrats courants dans le privé. Il pourra aussi être licencié s’il ne fait pas l’affaire.

Que faire sans financement ?

Comme chaque année, les allocations ou contrats de recherche qui seront proposés en 2009 ne seront pas en nombre suffisant pour financer tous les titulaires de masters qui souhaitent faire une thèse. Ceux dont les dossiers ne sont pas sélectionnés ont le choix entre abandonner l’idée de faire de la recherche ou s’appuyer sur d’autres sources de rétribution.

Quelles sont ces autres sources de rémunération potentielles ? Les plus aisés se font financer par leurs parents, les autres peuvent obtenir des bourses sur critères sociaux, des bourses pour partir un an à l’étranger (pour travailler dans un labo, faire son terrain) ou encore effectuer des petits boulots. Ces derniers ne sont pas forcément des McJobs : des doctorants s’arrangent, par exemple, pour vendre à des entreprises des études proches du sujet de leur thèse.

En restant dans le cadre de l’université, il est aussi possible d’effectuer des heures d’enseignement en tant que vacataire, à condition d’être âgé de moins de 28 ans. Les agents temporaires vacataires peuvent effectuer au maximum 96 heures de travaux dirigés ou 144 heures de travaux. « Mais ces cours, payés environ 40 euros bruts de l’heure, sont moins bien rémunérés que les même heures effectuées en monitorat et elles sont payées… une fois tous les 6 mois ! », raconte Arnaud Libel.

Moins de postes d’ATER

Si vous vous débrouillez bien et que votre thèse est bien avancée, vous pourrez, à un an de la soutenance, prétendre à un poste d’Attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) (3). Il vous faudra pour cela constituer un dossier et candidater dans le cadre d’un concours national au moment des campagnes de recrutement. Ce sont ensuite les universités qui choisissent leurs ATER.

Il existe des postes d’ATER à temps plein et à temps partiel (demi-ATER). Un ATER à temps plein effectue 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou 288 heures de travaux pratiques par an. Un ATER à temps partiel doit, au minimum, effectuer 64 heures de cours, 96 heures de travaux dirigés ou 144 heures de travaux pratiques par an. Un ATER à temps plein touche environ 2000 euros brut contre 1400 pour un temps partiel. « Les postes de demi-ATER se font cependant plus rares, ce qui diminue l’offre de postes et augmente la sélectivité », affirme Arnaud Libel.

Pendant ce temps-là, il vous faudra naturellement finir votre thèse, car la soutenance approche. Le problème est le même pour ceux qui n’ont pas de postes d’ATER : sur la fin de la thèse, le travail de rédaction est très prenant et nécessite des plages de travail continues. Il vous faudra donc au préalable avoir accumulé une petite cagnotte qui vous permettra, pendant cette période critique, de rester à plein temps sur votre thèse. Sinon, vous entrerez dans un cercle vicieux : report, problème de financement, report, problème de financement…

Mais gageons qu’au bout de quelques années, après avoir fourni beaucoup de labeur et versé quelques larmes, votre thèse est enfin bouclée et soutenue. Il vous faut maintenant trouver un poste. À suivre…

NB :

(1) Le nom a été changé
(2) Maître de conférence est la dénomination sous laquelle on commence une carrière d’enseignant-chercheur.
(3) Un ATER est un enseignant-chercheur non titulaire, recruté pour une durée déterminée, qui exerce le même type de fonction qu’un maître de conférence.


David Allais
01 Mars 2009






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