Ces universités catholiques qui intriguent


Il existe en France 5 universités catholiques qui regroupent près de 35.000 étudiants. Elles proposent des formations universitaires, profanes ou théologiques et comprennent de nombreuses grandes écoles. Pour l’instant, la reconnaissance de leurs diplômes dépend du bon vouloir de l’Etat. Mais le récent accord entre la France et le Vatican pourrait tout changer.



Université catholique de Lille
Université catholique de Lille
En 1793, un décret de la Convention supprime toutes les universités de France, intimement liées aux instances catholiques, pour les remplacer par des écoles. Quelques années plus tard, en 1808, Napoléon remet les universités au goût du jour. Mais, s’il prévoit des facultés de théologie, il ne demande pas l’approbation de l’Eglise. Il faudra attendre la loi du 12 juillet 1875, qui accorde la liberté de fonder des établissements privés d’enseignement supérieur, pour que les universités catholiques reviennent dans le paysage français.

Les évêques de France fondent alors en quelques années cinq universités, à Paris, Angers, Lyon, Lille et Toulouse. Elles ne resteront pas « universités » bien longtemps puisque en 1880 une loi interdit aux établissements d’enseignement supérieur privés de porter ce titre, du moins en France. Les cinq établissements sont donc officiellement des instituts, même s’ils ne se privent pas pour se « marketer » en tant qu’universités.

Ces cinq établissements, créés par l’Eglise, restent en lien étroit avec l’institution. Ils intègrent des réseaux européens ou mondiaux regroupant l’ensemble des 200 universités catholiques du monde. Les missions d’une université catholique, française ou non, au regard de l’Eglise sont définies par un texte de Jean-Paul II, Ex Corde Ecclesiae, entré en vigueur en 1991. Juridiquement, ce sont des associations de loi 1901, régies par une assemblée d’évêques fondateurs. L’ensemble des diocèses de ces évêques (territoires géographiques d’exercice) forme le territoire académique des universités. En tête de l’organigramme, on trouve un chancelier qui est l’archevêque ou l’évêque de la ville d’implantation. Ces ecclésiastiques ne sont pas chargés de la gestion quotidienne des universités, dirigées par un recteur qui peut-être un ecclésiastique, mais également un laïc, comme Pierre Cahné à l’institut de Paris.

Financements multiples

La catho, rue d'Assas, à Paris
La catho, rue d'Assas, à Paris
Les universités catholiques ont recours à une multitude de sources de financement. Elles peuvent obtenir des subventions d’Etat, faire appel aux entreprises dans le cadre de campagnes de levée de fonds mais aussi pour la taxe professionnelle, ainsi qu’aux dons de particuliers et comptent, bien sûr, sur les droits d’inscription versés par les étudiants. Des quêtes sont également organisées dans les églises des diocèses où sont implantés les instituts, comme ce fut, par exemple, le cas le 15 mars 2009 dans les 34 diocèses fondateurs de l'Institut catholique de Paris (ICP).

Dans un document destiné aux entreprises, l’université catholique de Lille explique que le coût moyen annuel d’un étudiant est de 7.200 euros. La participation de l’étudiant est de 4.000 euros, 1.200 euros sont couverts par des subventions d’Etat, 1.000 euros par la taxe d’apprentissage et 1.000 euros par des autres ressources et dons.

Les cinq instituts catholiques de France représentent près de 35.000 étudiants, dont 8.000 étrangers. Celui de Lille est le plus important, avec 9.300 étudiants, et celui de Toulouse le plus petit avec 3.400 étudiants. On y trouve différents types de cursus. Il y a les filières universitaires qui comprennent à la fois les formations théologiques et les formations profanes (non religieuses) telles l’histoire, les lettres… Les instituts catholiques sont également à l’origine de plusieurs grandes écoles, d’ingénieurs, de journalisme (l’Ecole de journalisme de Toulouse) ou encore de management (l’Essec). Ces écoles sont toutes encore plus ou moins liées aux instituts catholiques. Quant aux professeurs qui enseignent dans ces différentes filières, ce sont, en général, des enseignants-chercheurs titulaire d’un doctorat français ou d’un PhD d’une université étrangère.

Un décret polémique

Cours dans un Amphi, à l'Institut catholique de Paris
Cours dans un Amphi, à l'Institut catholique de Paris
Depuis 1880, les universités catholiques n’ont plus le droit de délivrer des titres universitaires, l’Etat ayant le monopole des titres et grades. Des accords existent cependant pour la reconnaissance des diplômes. Les filières universitaires des instituts suivent le schéma LMD (Licence, master, doctorat) et délivrent des diplômes nationaux en convention avec les universités publiques. Pour le doctorat, des partenariats existent avec des laboratoires publics, notamment le CNRS. Pour les grandes écoles, il existe des diplômes visés par le ministère de l’Education nationale (écoles de management), ou reconnus par une commission ad hoc (Commission des titres d’ingénieurs par exemple). Certains diplômes, notamment religieux, sont néanmoins propres aux universités catholiques, ils sont reconnus par le Vatican.

Cette situation est en passe de changer. Un accord a été signé entre la France et le Vatican pour la reconnaissance mutuelle des diplômes. Le décret d’application de cet accord a été publié le 19 avril dernier. Désormais, les diplômes des universités catholiques partout en Europe, y compris les 5 instituts français, pourront être reconnus par les universités publiques. Par exemple : l’Université de Strasbourg pourra admettre en doctorat le titulaire d’un master de l’Institut Catholique de Paris. Ce type de reconnaissance mutuelle existait déjà, mais n’avait pas encore été encadré par l’Etat. Le décret a donc une forte portée symbolique même si, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, les universités conservent « leur liberté de reconnaître ou non ce niveau de diplôme ». Un certain flou règne autour de cet accord, puisque la liste des diplômes concernés n’a pas été publiée. A l’origine, seuls les diplômes théologiques semblaient devoir être concernés, mais le quotidien La Croix suggère dans son édition du 21 avril 2009 que les diplômes profanes intégreront la liste. Une possibilité qui a fait réagir, entre autres, la Conférence des présidents d’universités (CPU) qui y est opposée en vertu du principe de laïcité de la République française.

Quant aux universités catholiques, elles restent, pour l’instant, très prudentes à cet égard et évitent de communiquer sur le sujet : elles savent que la question de la laïcité peut déclencher de vives passions en France. Mais une reconnaissance de leurs diplômes profanes ne serait pas pour leur déplaire : elles les mettrait sur un pied d’égalité avec les universités publiques. Une douce revanche sur l’histoire…

27/04/2009
David Allais
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Voir aussi : cpu, lmd, université
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Marc le 28/04/2009 10:40

C'est évident que au nom de la laïcité il semble étrange d'admettre la reconnaissance des diplômes de Bible ou de Théologie.

Pourtant, étudier la Bible, ce n'est pas forcément y croire : pour ma part j'ai croisé beaucoup de personnes qui suivaient des cours de théologie ou de Bible sans pour autant y croire, plus pour leur culture générale.

L'étude n'est pas forcément l'adhésion. Comprendre n'est pas Croire.

2.Posté par Fourage Christine le 28/04/2009 14:55

Je trouve votre article excellent et je vous invite à consulter le site de l'enseignement supérieur privé CGT. : http://superieur-prive-cgt.org/
Je confirme, étant déléguée syndicale CGT à l'UCO (Catho d'Angers) et secrétaire nationale que les "cathos" ne sont pas pressées de communiquer sur la question. Par ailleurs, une des raisons pour laquelle les présidents d'université qui conventionnent avec les cathos sont furieux de cet accord avec le Vatican, c'est qu'à terme la manne financière que représentent ces conventions risque de disparaitre. En effet les étudiants des instituts catholiques ayant conventionné avec une fac publique sont comptabilisés dans les effectifs de celle-ci. On sait ce que cela peut représenter comme subvention dans le cadre de la loi LRU

3.Posté par Marc B. le 30/04/2009 00:38

Ce qui rend surtout ls laïcs furieux, c'est que, à l'heure de la grande débacle de l'université française, les diplômes des institus cathos restent, eux, très appréciés : profs et étudiants y travailent sérieusement.

4.Posté par PEIFFER le 30/04/2009 02:01

Ces accords sont une atteinte au principe de la laîcité républicaine. Ils sont l'illustration de l'ingérence du religieux catholique dans le monde contemporain et une reprise de l'actualité par l'ultramontanisme

5.Posté par Kent le 02/05/2009 19:04

Excellent article. En fait ce décret est un pas vers l'abandon du monopole de l'Etat sur la collation des grades. Les Instituts catholiques sont privés. Au nom de quoi une école privée, confessionnelle ou non, pourrait-elle se voir refuser le même traitement? Comment un tribunal pourrait-il dire à une autre école privée que ces établissements ont un droit que les autres n'ont pas, simplement parce qu'ils sont soumis à la hiérarchie de l'église catholique ? Une bataille juridique et politique est inévitable, car ce simple décret contredit plusieurs lois et remet en cause les bases de la laïcité style 1905.

6.Posté par Donnet le 15/06/2009 12:21

Bonne synthèse, merci. Seul oubli : l'Université d'Etat de Strasbourg (récemment créée par fusion des 3 "anciennes" universités de Strasbourg) comprend une faculté de théologie catholique et une faculté de théologie protestante, et délivrent de fait les diplômes LMD d'Etat. La faculté de théologie catholique est également sous la tutelle du Vatican. Le 1er vice-président de l'Université de Strasbourg est d'ailleurs le doyen de la Faculté de Théologie.
Tout ceci en vertu du Concordat (L'Alsace Lorraine était allemande entre 1871 et 1918). auquel les autochtones tiennent particulièrement, sans pour autant perturber le principe de laïcité. Au conseil national des Universités (CNU), il y a de fait une section de théologie catholique et une section de théologie protestante.

7.Posté par batuhan le 02/08/2009 17:52

Je suis en train d'aller a la catho. Pour moi,il faut que l'état turc reconnaisse le diplôme, arce que je pense a me retourner dans mon pays dès que je termine la fac...je ne pense pas que j'aurai un problème d'équivalence dans mon pays mais quand-même j'ai des doutes malgré les paroles de mon proviseur a İstanbul.La Turquie est le seul pays complètement laic dans le monde.Donc je n'ai pas un problème avec la religion de l'établissement.Mais les lois sur les équivalences en Turquie c'est un peu différent.Parfois la Turquie ne connait meme pas le diplome de Sorbonne par exemple.C'est quoi leurs critères,je n'ai aucune idée...au moment ou on donne les meme cours d'un université public,pour quoi pas connaitre le diplôme? Je ne suis pas catholique et je ne deviendrai pas catholique,Ni plus tard je ferai mon travail avec les règles de n'importe quelle réligion.j'y vais juste étudier l'économie c'est tout...Le diplôme de la catho,a mon avis bien sure,doit etre reconnu par les États européens,y compris la Turquie.Parce que les études sont en bonne qualités(comme j'ai entendu)...

8.Posté par fred le 01/12/2009 07:39

Vous critiquez les laics,mais une partie d'entre-nous ont fait leurs études dans le privé.
Et il est fort plaussible que les gens que vous dites "laics" ,est plus de connaissance en théologie que vous. Nous,on a pris nos premiers cours de théologie à 8 ans,on ont est laics.




9.Posté par nath le 01/02/2010 16:51

...Avec cet accord entre l'état français et le vatican, c'est la fin de l'enseignement public et laïc dans son ensemble...Pourquoi ne pas privatiser TOUS les établissements à partir de la maternelle tout de suite ..chacun pourrait aller ou bon lui semble après tout puisque chacun devrait payer..Le seul problème serait la barrière de l'argent : Que faire des enfants de chomeurs , de rmistes, des jeunes des banlieues....Faudra bien que TOUS aillent un tantinet à l'école..C'est sûr 800 euros (je pense et que certains ont du mal à payer même avec les bourses)) l'année de fac dans le public actuellement contre 4 à 7000 dans le meilleur des cas dans le privé ,on se pose des questions : tout privatiser ( des instituts catho, des écoles musulmanes, des centres de formation bouddistes, j'en passe)et tant pis pour ceux qui ne peuvent payer ,ou entretenir la division afin de ghettoïser l'enseignement à savoir des formations pour les enfants des populations aisées ou des formations poubelles pour les autres....Il faut quand même dire aux gens que tous paient déjà et depuis pas mal de temps via leurs impots des subsides pour les établissements privés que l'on ait ses enfants ou non dans le privé ou que l'on soit farouche defenseur de l'enseignement laïc et public...Et ce depuis 1984 je pense (je n'en suis pas sûr)...Alors l'école libre c'est pour demain ?

10.Posté par Alex le 17/11/2010 13:54

Il serait temps que l'Etat français s'occupe de l'éducation nationale... Les stats le disent, en 1990 les universités françaises publiques étaient en moyenne à peu près bien classées, maintenant elles sont quasiment au niveau des PVD sauf quelques parisiennes. N'en déplaise aux syndicats de profs (CGT notamment) l'enseignement gratuit et accessible à tous est mauvais par définition, car pour attirer de bons profs il faut les payer rubis sur l'ongle.

Après les universités bossent pour les entreprises, les institutions publiques, et non pour l'épanouissement des étudiants qui ne sont que des agents. Non, cet accord a beau être timide il est encourageant.

11.Posté par CAHUZAC le 09/10/2011 17:47

Qu'est-ce qui existe comme formation universitaire catholique abordant aussi bien les disciplines "profanes" que chrétiennes à Bordeaux ou région proche. Angers c'est quand même loin de Bordeaux pour une assiduité par exemple.
Je suis quelqu'un qui cherche une un établissement qui dépasse la culture universitaire classique de référence (je suis passée par là) pour arriver à la culture de la promotion humaine, du jugement critique et de l'ouverture au monde par un crible plus différentié que celui de l'université publique à qui je reconnais cependant toute sa valeur

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