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Thierry Coulhon, de la CPU : 'Il y a d’autres chantiers après l’autonomie'
Le président de l’université de Cergy-Pontoise et 2e vice-président de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) estime que les chantiers qui vont s’ouvrir après le vote de la loi sur l’autonomie ont tout autant d’importance, si ce n’est plus, que la loi elle-même. La question de la sélection à l’entrée du master pourrait rapidement être remise sur la table, une fois le chantier de rénovation de la licence engagé. Le but ne serait toutefois pas de réduire les "flux", mais de mieux orienter les étudiants vers le programme qui leur convient.
Thierry Coulhon, 2e vice-président de la CPU
Est-ce que la nouvelle mouture du texte sur l’organisation de l’université est à la hauteur de vos attentes ? On n’a pas toujours eu l’impression que la CPU avait apporté un soutien public franc et massif à ce projet de loi…
Cette réforme va dans la bonne direction. Nous y sommes favorables, c’est pourquoi nous souhaitons qu’elle soit acceptable pour la communauté universitaire et que les dispositifs mis en place soient efficaces. L’autonomie n’était peut-être pas le chantier le plus important, mais il est probable que c’était le premier à engager. Nous voulons aussi continuer à avancer sur les autres chantiers: sur les questions liées à l’orientation, la vie étudiante, la licence, le master, le doctorat, l’insertion professionnelle, la revalorisation des carrières, les conditions de travail des personnels, les relations entre organismes de recherche et universités…
Justement, la CPU était favorable à une sélection à l’entrée du master, mais on n’a pas beaucoup entendu votre voix sur ce point-là, pourquoi ?
On souhaite regarder la situation lucidement. Premièrement, il doit y avoir une barre, soit à l’entrée en M1, soit entre M1 et M2. On doit regarder les dossiers à un moment donné pour pouvoir dire à un étudiant : « oui c’est profitable pour vous de vous engager dans tel cycle d’étude » ou « allez plutôt dans ce master-là ou plutôt dans celui-ci » en fonction de la licence que l’étudiant a obtenue.
La question est de savoir si cette barre est mieux en M1 ou en M2. Selon nous, il est à terme raisonnable de faire du master un bloc de deux années. A terme, et non tout de suite, car il faut d’abord démarrer le chantier licence, qu’elle devienne un diplôme réellement qualifiant et qu’un certain nombre de pratiques pédagogiques aient le temps d’évoluer et de se stabiliser. Il n’est pas illégitime de prendre encore un peu de temps pour discuter, c’est d'ailleurs ce que nous disent les syndicats étudiants. Cette question pourra être réglée dans un arrêté à l’automne.
Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il n’y a pas trop d’étudiants en master, c’est même plutôt l’inverse. Nous n’avons pas la volonté de diminuer les flux, ça n’a pas de sens. Il faut plus d’étudiants en master, mais aussi un moindre taux d’échec et donc faire en sorte que les gens soient dans le master qui convient le mieux à leurs aptitudes. Voilà notre philosophie.
Les composantes (IAE, IUFM, IUT, écoles d’ingénieurs) craignent de perdre en liberté avec la nouvelle loi sur l’autonomie des universités, que leur répondez-vous ?
La crainte est la "passion" la plus répandue ces temps-ci et à mon avis ce n’est pas la bonne. Si on parlait plutôt d’ambitions et de projets ? Certes, les universités autonomes seraient encore plus autonomes si elles étaient constituées de facultés qui ne se parlent pas, mais cela reviendrait à fragmenter l’université. Concernant les écoles internes et les IUT, on considère qu’il est plutôt sage de ne pas toucher à l’article 33 (1), surtout au moment où on intègre les IUFM au sein des universités.
Pourquoi la CPU n’était-elle pas favorable au principe du volontariat dans l’application de la loi ?
Fondamentalement, on sait bien qu’il n’y a pas deux universités qui sont identiques en France, mais on souhaite qu’il y ait un seul système universitaire. C’est-à-dire qu’il n’y ait pas une minorité d’universités de recherche visibles dans le classement de Shanghai et les autres. On veut donc un cadre unique dans lequel la diversité puisse s’exprimer. Si le mode de gouvernance est efficace pour les universités qui sont déjà puissantes, il l’est aussi pour les autres. L’autonomie, c’est bon pour tous.
De plus, il y avait des universités qui étaient réticentes à l’ensemble de la réforme car elles avaient peur que ces dispositions ne soient pas pour elles ou qu’elles ne puissent pas les mettre en oeuvre. S’il est entendu que cette réforme est pour tout le monde, cela change l’attitude des gens. Ils sont moins réticents.
Êtes-vous pour la disparition des classes préparatoires ? Doivent-elles quitter les lycées pour intégrer l’université et renforcer le socle de la licence ?
Les présidents d’université trouvent inapproprié que l’outil essentiel pour promouvoir l’équité sociale, ce soit de mettre des classes préparatoires dans les quartiers. On pense qu’en matière d’équité sociale, l’université en fait beaucoup et que nous sommes assez bien placés pour nous en charger. D’autant que nous savons également former à l’excellence grâce à la qualité de nos professeurs.
Par ailleurs, on constate que les universités sont aussi capables de préparer aux concours des grandes écoles, avec un certain succès. Il doit donc pouvoir y avoir des partenariats entre les lycées et les universités. On peut échanger des services. Par exemple les maîtres de conférence des universités pourraient enrichir l’offre de cours des classes préparatoires. De leur côté, les agrégés qui enseignent en classes prépas, et qui ont une thèse, seraient ravis de venir faire de la recherche dans nos labos. Donc, on pourrait très rapidement bâtir un grand premier cycle universitaire qui contienne à la fois des filières professionnalisantes, des filières classiques et des filières d’excellence. Quant au rapprochement avec les grandes écoles, cela se passera au sein des PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, Ndlr).
NB :
Propos recueillis par Pierre-Alban Pillet
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Commentaires des lecteurs
1. Posté par
Yann
le 03/07/2007 23:44
Je réagis à la phrase: "allez plutôt dans ce master-là ou plutôt dans celui-ci, en fonction de la licence que l'étudiant a obtenue". Dans mon université, et je pense que cela doit être le cas dans d'autres, il n'y a personne pour donner ce conseil car la licence obtenue est généraliste et que seuls le classement, les notes, et le discours de l'étudiant, sa motivation, font foi. En plus, il est bien rare qu'un responsable d'enseignement, lorsqu'il y en a un et qu'il daigne s'intéresser au sort de ses étudiants, sache ce qui est enseigné dans les masters, sans parler de leurs réussites et de leurs débouchées.
Je pense que le problème est en amont, et en aval. En amont car c'est à la sortie du bac que l'offre de formation est à revoir. Pour l'essentiel, il n'y a pas assez de formation bac plus trois. En aval, car à part le cnam, il n'y a pas ou trop peu de formations pour les professionnels. En fait, l'université française avec sa vocation à accueillir toutes et tous, n'est qu'un bourlet anti-chomage, avec, pour certains, l'espoir, voire la chance, de parvenir à sortir de la "trappe".
Avec ses faibles moyens, il faut reconnaitre que l'université française s'en sort pas si mal. Alors j'espère que les annonces de notre président et de sa ministre sur l'augmentation du budget iront dans les bonnes poches, et pas forcément dans les déjà mieux remplies.
PS: il serait intéressant de connaitre le cout annuel par étudiant d'universités inscrites au classement de Shanghai.
Quelqu'un peut le dire ?
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