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Les jeunes diplômés à l’abri de la crise ? Réponse de Jacky Chatelain de l’Apec


« Diplômés 2007 : quelle situation en 2008 » : ainsi s’intitule l’enquête que vient de rendre publique l’Apec (Association Pour l’Emploi des Cadres). Elle révèle l’excellente santé du marché de l’emploi pour les jeunes diplômés Bac+4 et au-delà. 68 % des diplômés de la promotion 2007 ont trouvé un emploi en moins de 2 mois.
En outre, la situation de ces jeunes gens s’est améliorée par rapport à la génération précédente : 62 % de CDI - soit trois points de hausse par rapport à l’an dernier–, plus de cadres –70 % contre 66 %–, un salaire à 27 300 euros par an pour 26 000 l’année précédente. Tous les feux sont au vert. Mais cette situation peut-elle perdurer, malgré la crise financière ? Jacky Chatelain, le directeur général de l’Apec, nous donne son sentiment.



D’après votre enquête, les jeunes diplômés viennent de vivre une année exceptionnelle du point de vue de l’emploi…

Jacky Chatelain, directeur général de l'APEC
Oui, le taux d’accès au premier emploi n’a jamais été aussi bon pour les jeunes diplômés. Et il s’agit d’une amélioration générale. Si le contexte est très favorable aux diplômés des grandes écoles, la situation des universitaires s’est aussi largement améliorée.
Sur un plan qualitatif, les conditions d’entrée sur le marché sont également plus favorables. Les CDI sont en effet plus nombreux, environ 70 % dans les entreprises privées, avec des temps plein largement majoritaires et des rémunérations en hausse de 4 %, et davantage encore pour les jeunes de l’université. Ce qui traduit une nette réorientation de ces derniers vers le statut de cadre.

L’université est donc l’une des grandes gagnantes de ces derniers mois ?
Ses jeunes diplômés ont tout d’abord compris qu’ils devaient mieux anticiper leur arrivée sur le marché de l’emploi. 60% environ ont effectivement préparé leur transition avant même d’obtenir leur diplôme. D’autre part, les entreprises ont, dans un marché toujours tendu, redécouvert les vertus et les mérites de bon nombre de formations universitaires.

Quels sont les créneaux les plus porteurs ?

Les trois fonctions les plus gourmandes en jeunes diplômés – informatique, R&D et services techniques – demeurent cette année encore extrêmement dynamiques. C’est une tendance de fond depuis maintenant quatre ans. Mais hors ces métiers, la tendance est générale. 7 entreprises sur 10 nous disent avoir du mal à recruter.

La situation va-t-elle évoluer compte tenu de la crise financière, dont les effets se font maintenir sentir sur l’économie réelle ?
Nous réfléchissons depuis déjà quelques mois aux effets d’un retournement économique sur le marché de l’emploi. Deux éléments au moins peuvent nous inciter à l’optimisme. Incontestablement, les besoins des entreprises dans les trois fonctions les plus porteuses (informatique, R&D et services techniques, Ndlr) jouent en faveur de l’emploi. Le monde du travail fait constamment évoluer ses modes d’organisation, ses processus de fabrication et il privilégie toujours l’innovation produit, ce qui nécessite des compétences de plus en plus élevées et le recours à des jeunes très qualifiés.
L’autre élément favorable à l’emploi, c’est le facteur démographique. N’oublions pas que 30 % des cadres ont plus de 50 ans. Les départs à la retraite vont donc continuer à être importants, alors que les jeunes qui frappent aux portes des entreprises sont moins nombreux. Jusqu’alors, 140 000 diplômés Bac +4 et plus arrivaient chaque année sur le marché du travail. Ce chiffre est aujourd'hui en train de diminuer à environ 120 000.

La crise financière actuelle va-t-elle mettre à mal ce raisonnement ?

Tant que les entreprises ne verront pas leurs possibilités de financement s’assécher, il n’y a pas de raison de s’alarmer. Dans le cas contraire, on se dirigerait vers une grave dégradation allant évidemment bien au-delà de l’emploi des jeunes diplômés.

Les jeunes diplômés frais émoulus des masters en finance ne risquent-ils pas d’avoir du mal à se trouver une place sur le marché ?

Il est possible qu’à l’avenir nous voyions moins de Polytechniciens partir travailler à la City de Londres, ils iront davantage dans l’industrie. La concurrence du secteur financier va probablement s’atténuer, il pourrait donc y avoir un certain rééquilibrage en faveur des entreprises qui peuvent mobiliser des outils sophistiqués et proposer des défis passionnants. Tous les métiers de la finance ne se trouvent pas dans les banques.
Autre point à prendre en compte, si la banque d’investissement embauche moins de jeunes diplômés, la banque de détail, dont les effectifs sont bien plus importants, conserve des besoins considérables en recrutement. Pour résumer, à moins d’un effondrement général de l’économie, je ne m’attends pas à un retournement de tendance pour l’emploi des jeunes diplômés, même si les chiffres ne seront sans doute pas si exceptionnels dans les années à venir.


Propos recueillis par Antoine Teillet
08 Octobre 2008




Voir aussi : insertion, polytechnique


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