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Pascal Morand, directeur général de l’ESCP-EAP : « une école pour l’Europe »


L’ambition de Pascal Morand, directeur général de l’ESCP-EAP depuis deux ans, est que l’école de l’avenue de la République à Paris incarne « les valeurs humanistes européennes ». Ce docteur en sciences économiques de 52 ans n’en est pas à son premier défi, lui à qui Christine Lagarde, alors ministre du Commerce extérieur, avait confié en 2007 la présidence d’un groupe de travail sur la mondialisation. Ancien directeur général de l’Institut Français de la Mode, Pascal Morand connaît les arcanes de l’ESCP-EAP pour y avoir été professeur associé en économie pendant 15 ans. L’école évolue encore en s’ouvrant davantage à l’international, avec la possibilité à partir de la rentrée 2008 pour les étudiants en master de choisir un campus européen différent à chaque semestre et de se construire un parcours académique personnalisé en fonction des options proposées sur les différents lieux d’étude.



Avec la création des pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) et la récente Opération campus notamment, on a vu se constituer des alliances gigantesques entre universités et parfois grandes écoles. Envisagez-vous de rejoindre un PRES ? Pouvez-vous rester à l’écart de ce mouvement de concentration ?
Nous n’envisageons pas de rester à l’écart. Mais nous ne sommes pas dans une démarche tactique, il faut que tout cela ait un sens. Nous avons depuis déjà un certain temps entamé des discussions avec l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne (membre du PRES Paris Centre Université, avec Paris 5 Descartes et Paris 7 Diderot, Ndlr), mais on parle aussi avec d’autres universités. Les alliances aujourd’hui ne sont pas figées : les liens se sont faits en fonction de considérations géographiques, historiques, stratégiques…
Pour le moment, ce n’est pas en France qu’ESCP-EAP est la plus avancée en termes de liens avec les universités, mais en Espagne où l’université Carlos III de Madrid valide notre master en management comme l’un de ses masters, ce qui en fait un diplôme espagnol officiel, et en Italie, où l’université de Turin est un des membres fondateurs de notre campus transalpin. Enfin, en Allemagne, nous avons nous-même un statut universitaire, qui nous a été accordé par le Land de Berlin, ce qui nous permet de délivrer un doctorat de recherche.

Pensez-vous qu’à terme les classes préparatoires vont disparaître ?
Je pense que non, elles ne devraient pas disparaître. Mais cela va dépendre de la mobilisation des uns et des autres. La question est souvent de savoir si les classes préparatoires, plutôt que d’être le sommet de l’enseignement secondaire, ne devraient pas rentrer dans l’enseignement supérieur. Mais est-ce vraiment le fond du problème ? Il est plutôt que, dans les faits, il y a à l’université de très bons professeurs et étudiants, mais un sous-encadrement. J’applaudis les évolutions induites par le plan licence, et les initiatives de tutorat. Je pense même qu’il faut accentuer le caractère pluri-disciplinaire des licences, il faut des bi-licences, des tri-licences.

Vous avez une recherche et des enseignements en management, que proposez-vous en économie ?
Cette école a une tradition en la matière. (L’économiste classique) Jean-Baptiste Say y a enseigné dans ses premières années d’existence et l’on a un département de Sciences juridiques, économiques et sociales qui regroupe à Paris des professeurs tels que Jean-Marc Daniel, Didier Marteau, Emmanuel Combe, Jean-Louis Muchielli… Nous avons la volonté d’être identifié comme une école d’économie également, et ce qui nous intéresse particulièrement, c’est la forte complémentarité entre la recherche en management et en économie. Nous voulons mettre l’expertise micro-économique de la maison au service de l’économie politique contemporaine, c’est un souci quotidien. Une école comme la nôtre doit s’engager dans le débat public et la réflexion économique…D’ores et déjà nous travaillons pour Bercy sur cinq sujets dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, et notamment sur l’innovation et la constitution d’un Observatoire de la mondialisation.

Qu’est-ce que cela signifie d’être une école de management pour l’Europe ?
L’idée est de faire le lien entre humanisme et approche du management : proposer un modèle d’enseignement qui respecte la créativité, l’histoire, la culture et la diversité des valeurs humanistes européennes. Le 30 mai dernier, une charte sur nos valeurs a été adoptée par l’ensemble des campus ESCP-EAP en Europe. Cela va se traduire dès la prochaine rentrée dans nos programmes et séminaires.
Pour commencer, nous avons modifié notre structure de gouvernance, avec la création d’un conseil européen fédéral qui doit définir le nouveau plan stratégique de ESCP-EAP d’ici novembre. Il rassemble cinq représentants de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, cinq représentants des différents campus européens de l’école, un représentant du Sénat de Berlin et un représentant de notre nouveau conseil d’orientation. C’est une vraie réforme car cela va permettre de renforcer la stratégie et la cohérence de l’ensemble.
Par ailleurs, dès la prochaine rentrée, tous les étudiants pourront désormais choisir leur lieu d’étude, sur chacun de nos campus - Londres, Paris, Berlin, Turin, Madrid - à chaque semestre du master (2ème et 3ème année d’école, Ndlr). Il y a aura donc davantage de flexibilité dans leurs parcours.

A quoi ressemble le candidat idéal pour ESCP-EAP ?
Il est pluriel. On a eu des réflexions en interne sur les candidats post-bachelors (à partir de bac+3) et nous sommes véritablement attachés à ce qu’ils viennent de tous les environnements et horizons possibles. Nous voulons détecter les talents, les gens curieux, intelligents, qui ont des capacités de synthèse et d’innovation. Nous sommes ouverts aux candidats littéraires, c’est d’ailleurs notre souhait d’en recruter davantage, tout comme, par exemple, des étudiants ingénieurs de Centrale et Supélec avec qui nous avons un partenariat (pour une entrée en master, Ndlr).

Y a-t-il chez certains candidats une réticence à postuler à une école de commerce, étant donné l’image qui leur est associée ?
Nous ne nous posons pas la question au Royaume-Uni ou dans les autres pays européens, et en France ce problème tend à reculer. Mais c’est vrai qu’il y a dans ce pays une réticence par rapport à l’économie de marché, idée à laquelle nous sommes assimilés. Ce que l’on peut faire, c’est montrer ce que sont vraiment les choses : dire aux étudiants que nous menons à une pluralité de métiers, de la finance à l’humanitaire en passant par les agences de design. Nous avons une culture urbaine, au cœur des tendances, et une culture européenne. Notre engagement européen est une vraie aventure.

Comment vivez-vous, en tant que directeur d’une école de management, la nouvelle autonomie des universités ? Vont-elles devenir de nouvelles concurrentes ?
L’autonomie des universités va dans le bon sens, car le nerf de la guerre, c’est la gouvernance. Aujourd’hui, nous sommes dans la mondialisation, ce qui signifie qu’il faut une stratégie et de la vivacité. L’autonomie couplée à une vraie ambition pour les universités est quelque chose de positif. Le sempiternel débat grandes écoles / université est artificiel. L’important c’est de donner confiance aux jeunes, ne pas en laisser sur le bord de la route. Des universités autonomes, cela signifie pour nous plus d’opportunités d’alliances et plus de concurrence, mais c’est sain, car cela nous oblige à être meilleurs.

Que pensez-vous du classement de Shanghai ou de celui des Mines ?
Cela veut dire que l’on est entré dans la mondialisation…qui entraîne la standardisation. C’est la même histoire que pour l’industrie du vin ! Je pense que l’on en parle particulièrement en France par ce que l’on a toujours des ambitions de grandeur, c’est pour cela que l’on a été vexés [par la position des universités françaises].


Propos recueillis par P-A. Pillet
23 Juin 2008





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