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Classement des universités et grandes écoles : comment faut-il les interpréter ?


Depuis l’irruption du classement de Shanghai sur la scène internationale en 2003, les classements internationaux des institutions d’enseignement supérieur font l’objet d’une attention toute particulière et ne laissent aucun acteur indifférent. Mais sait-on réellement ce que représentent ces « rankings », comment ils sont constitués ? Ghislaine Filliatreau, membre du conseil de l’AERES, a présenté les grands principes des classements des universités, lors d’un séminaire organisé par le Centre International d’Etudes Pédagogiques (CIEP).



« Les classements existent depuis longtemps », explique Ghislaine Filliatreau, directrice de l’Observatoire des sciences et des techniques (1) et membre du conseil de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), « on en trouve en Amérique du Nord dès la seconde moitié du 19ème siècle. Ce qui a changé, à partir de 2003, avec le premier classement de Shanghai, c’est que ses auteurs ont d’emblée considéré que leur horizon était le monde. » Et, d’un coup de ranking, toutes les institutions d’enseignement supérieur se sont retrouvées, de fait, comparables les unes aux autres.

« Un classement se construit toujours par rapport à un objectif de départ qui en détermine fortement le résultat », poursuit Ghislaine Filliatreau, « en l’occurrence, le but du classement de Shanghai était de déterminer la position des universités chinoises en terme d’excellence scientifique dans le monde et ainsi de mesurer l’écart entre les universités chinoises et les universités de classe mondiale (World class universities). » Les éléments retenus pour le classement étaient donc en rapport avec cet objectif initial : prix Nobel, nombre de publications… Les critères ont aussi été déterminés en fonction des données exploitables que l’on pouvait trouver au niveau mondial pour l’ensemble des universités. De ce fait, c’est en partie un classement par défaut. L’interprétation internationale du classement de Shanghai a finalement largement dépassé l’objectif de départ.

Le THES plus favorable aux sciences sociales

Autre classement international, celui du Times Higher Education Supplement (THES). Sa principale différence avec celui de Shanghai est qu’il inclut une évaluation par les pairs qui pèse pour 40% dans la pondération finale et une appréciation par les employeurs qui compte pour 10%. Ce classement donne davantage de visibilité aux établissements de sciences humaines et sociales comme la London School of economics, qui est 11e dans ce ranking britannique alors qu’elle est perdue dans les profondeurs du classement de Shanghai. « Dans les deux cas », précise Ghislaine Filliatreau, « le succès de l’exercice vient de deux choses : il montre des évidences à ceux qui savent et l’appropriation par ceux qui ne savaient pas est immédiate. » Un rang est effectivement immédiatement intelligible. Pourtant, au-delà des 25 premiers établissements, les écarts entre universités deviennent extrêmement ténus et ne signifient plus grand-chose. La formulation en ranking exacerbe les différences. « Mais on ne s’en rend pas compte, il y a un côté tour de magie : le classement fait disparaître toutes les données qui le constituent », analyse Ghislaine Filliatreau.

Classement multi-critères

Comment faire, dans ces conditions, pour pondérer du mieux possible un ranking ? En Allemagne, le Center for Higher Education Developement (CHE) combine des critères d’intérêt pour l’usager (logement, restauration, bibliothèque), basé notamment sur une enquête auprès de milliers d’étudiants et de professeurs, et des critères académiques. Pour inciter les établissements à jouer le jeu et à fournir des informations, le CHE travaille avec eux, leur permettant de participer au choix des critères. « Pour la lecture des classements, on créé un modèle de décision », explique Ghislaine Filliatreau, « vous choisissez vos critères et vous avez une infinité de classements partiels en fonction de ce qui vous intéresse ». Mais le CHE produit également un classement global. Il attribue des prix par critère et, en fonction du nombre de prix, l’établissement est classé dans l’un trois groupes : supérieur, intermédiaire et troisième groupe. Pas de rang, ce qui permet d’éviter que les petites différences ne se traduisent en grands écarts comme dans le cadre du classement de Shanghai ou de celui du THES.
Le CHE, qui travaille essentiellement à produire des classements pour les universités allemandes, a également développé, en parallèle, un classement à l’échelle européenne. Le « Ranking of Excellent European Graduate Programmes” (CHE Excellence Ranking) ne concerne toutefois que les disciplines scientifiques (Biologie, Chimie, Physique et Mathématiques). Il recense 20 établissements européens de l’enseignement supérieur, sélectionnés sur la base de quatre critères (publications, deux critères liés aux citations, et nombre de Boursiers du programme de l’UE « Marie Curie »). En France, les établissements distingués sont Paris 6, Rennes 1 et l’université de Strasbourg (2).

Le classement de Bruxelles verra-t-il le jour en 2010 ?

Pour le classement multi-critères à l’échelle de l’Europe, il faudra attendre 2010. Présenté comme l’une des priorités de la présidence française de l'Union européenne, le classement de Bruxelles des universités devrait permettre de faire ressortir les meilleurs établissements d'enseignement supérieur par discipline.
« Les classements sont un puissant outil d’influence », constate Ghislaine Filliatreau, « il faut donc faire des classements plutôt que de les subir. D’où l’idée de ce classement de Bruxelles qui doit mettre en avant des valeurs européennes ». La cible ? Les étudiants mobiles, d’Europe ou d’ailleurs. Le but ? Leur fournir une « carte de l’excellence » en Europe. « Le classement devrait insister sur la notion de site », précise Ghislaine Filliatreau, « et également sur les masters, les PhD, ce qui risque de poser beaucoup de problèmes de mesure ». Il s’agirait, selon le principe d’organisation retenu, de faire remonter les informations depuis les établissements à l’aide de correspondants locaux. Un très gros travail en perspective. Pourtant, il s’agit d’aller vite, l’appel d’offre devrait être lancé début 2009, pour une première sortie en 2010. Des délais on ne peut plus serrés pour un travail de cette ampleur.

NB :

(1) L'OST est un Groupement d'intérêt public (Gip) créé en 1990 afin de répondre aux besoins des acteurs de la recherche et du développement (R&D;). Les membres actuels du Gip sont les ministères en charge de la recherche, de la défense, de l'industrie, de l'équipement, des affaires étrangères, le CEA, le Cirad, le Cnes, le CNRS, l'Inra, l'Inserm, l'IRD et l'association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT).
(2) Consulter le classement complet : http://www.excellenceranking.org/eusid/EUSID

Pour aller plus loin :

Voir ce site suisse sur les classements : http://www.universityrankings.ch/fr/
à lire également : Les classements des universités et grandes écoles: pour qui, pourquoi ?


David Allais
08 Décembre 2008






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