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Les obstacles à la mobilité étudiante en Europe




Depuis 1987 - année où 3 244 étudiants pionniers testaient pour la première fois le programme Erasmus - plus d'un million d'étudiants ont profité d'un échange inter-universitaire en Europe. En outre, les universités ont appris à collaborer au-delà du simple échange d'étudiants : les double-diplômes se sont multipliés, et des collaborations transfrontalières ont vu le jour. Dans le but d'accélérer le mouvement, la Commission européenne a lancé en 2004 le programme Erasmus Mundus qui vise, entre autres, à inciter les universités du Vieux Continent à mettre en place des diplômes communs. Enfin, le schéma LMD conduit à l'harmonisation des grades universitaires en Europe, ce qui facilite la mobilité entre universités européennes.

Pour autant, nombre d'obstacles à cette mobilité subsistent, si bien qu'étudier dans un pays voisin du sien en Europe revient encore, à l'heure actuelle, à se lancer dans une aventure pleine d'imprévus. C'est naturellement ce qui fait le piquant et tout l'intérêt d'une telle expérience, rétorqueront les 3 millions de spectateurs qui ont vu "l'Auberge Espagnole" de Cédric Klapisch. Reste que la réalité est parfois moins heureuse que la fiction. Les principales difficultés rencontrées par les étudiants Erasmus, recensées par l'agence Socrates–Leonardo da Vinci France (1), qui s'appuie sur les rapports des agences nationales, peuvent être classées en quatre grandes catégories :

Universités

Il s'agit des difficultés liées à l'organisation des universités d'accueil. Celles-ci ne transmettent pas facilement l'information sur leurs cours aux étudiants visitants, la mise en place des crédits ECTS est parfois opaque, les titres obtenus dans d'autres pays ne sont pas toujours reconnus, les relevés de notes n'arrivent pas nécessairement dans les temps.

Vie pratique

La vie quotidienne dans un pays étranger entraîne par définition des difficultés: obtention du visa, problèmes pour trouver un hébergement, pour contracter une assurance....

Finances

Le montant des bourses Erasmus est insuffisant pour compenser les frais engagés et les sources de financements complémentaires sont rares.

Linguistiques

Les pays anglophones sont les plus demandés. Les autres destinations sont moins cotées. Ainsi l'Italie ou encore la Grèce envoient beaucoup plus d'étudiants à l'étanger qu'ils n'en accueillent, au contraire de la Grande-Bretagne, de l'Irlande ou de la Suède.

La France, quant à elle, fait déjà partie des pays qui accueillent le plus d'étudiants étrangers au monde. Elle reçoit ainsi sur son sol quelque 9% du total mondial des étudiants en mobilité internationale.

Valeria Veschini, une étudiante italienne, originaire de l’Università degli Studi di Firenze (Florence), et inscrite depuis deux ans dans une formation en droit franco-italien à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne nous explique, à partir de son expérience, quels peuvent être les atouts que les universités françaises ont à faire valoir.

- D'après votre expérience, quels sont les points forts du modèle d'enseignement universitaire à la française ?

- Les points forts du système français ne sont en réalité pas des éléments que l'on apprécie tout de suite ! Dans un premier temps, le changement d'univers pédagogique est difficile à assumer. Il faut donc une période d’adaptation. Mais avec le temps, on se rend compte que les professeurs français sont relativement disponibles et respecteux à l'égard des étudiants. De même l'administration est assez accueillante. En outre, les cours sont intéressants et structurés. D'autre part, et contrairement à ce qui se passe en Italie, les examens sont écrits, ce qui exige une préparation méthodique. Le fait que les examens soient anonymes et qu'ils soient doublés de contrôles dans le cadre des TD permet tout à la fois de garantir l'objectivité de la notation, tout en prenant en compte - du moins en partie - les efforts consentis par l'étudiant en cours d'année. L'évaluation est ainsi globale et humaine. En Italie, le caractère plus aléatoire de l’oral fait que, bien souvent, les étudiants obtiennent une note qui n'est pas en rapport avec les efforts fournis, mais plutôt avec leur relation plus ou moins bonne avec le professeur, ou avec l'image qu'ils renvoient.

- Et quels sont ses points faibles ?

Disons que le risque de prendre du retard dans les études est très faible, par rapport à l'Italie, mais le modèle français implique que les étudiants se soumettent à un rythme de travail fortement contraignant (En Italie, les étudiants choisissent quand et à quel rythme ils présentent leurs examens, Ndlr) . Cette absence de liberté ne permet donc pas de responsabiliser les étudiants puisque les horaires et le temps de travail sont imposés. Ce sytème est, de mon point de vue, très stressant.

- Qu'en est-il du rapport avec les étudiants français ?

Globalement il y a peu de contacts entre les étudiants. J’ai trouvé les Français très froids, silencieux et solitaires : ils habitent presque tous dans des studios individuels, tandis qu'en Italie la règle c'est la collocation entre étudiants, dans une atmosphère conviviale. Je me suis donc pliée à la tradition française et vis dans un 11 m2 pour 500 euros par mois. Fort heureusement; le mécanisme de l’aide au logement (CAF) vient compenser le coût élevé des logements. Nous n'avons aucun dispositif similaire en Italie.

NB :

(1) « Mobilité des étudiants et des enseignants ERASMUS en 2002/2003 » par l'Agence Socrates–Leonardo da Vinci France



Federica Amici
17 Septembre 2005





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