Bientôt, on ne pourra plus dire : « j’ai fait Sciences Po ». Il faudra préciser : j’ai fait le bachelor, le master, ou toute la scolarité au sein de l’IEP de Paris. De même les recruteurs vont probablement devoir apprendre à distinguer entre Essec BBA (pour Bachelor in Business Administration) et Essec MBA. Il n’y a qu’une seule lettre de différence, mais la première appellation pourrait prochainement désigner le programme post-bac de l’école de commerce, nettement moins prestigieux que le programme post-prépa (Essec MBA) du même établissement.
Le terme Bachelor, encore relativement peu connu, signifie simplement un diplôme de premier cycle universitaire dans la terminologie anglo-américaine. Un programme – équivalent de la licence – qui dure trois ou quatre ans. Les grandes écoles entendent désormais investir ce créneau : il est moins concurrentiel que le marché des troisièmes cycles (MBA, PhD) et moins coûteux à développer. En outre, proposer des diplômes à chaque étape de la scolarité dans le supérieur sur le modèle international du LMD (ou Bachelor / Master / PhD dans les pays anglo-saxons) facilite la lisibilité à l’étranger.
C’est notamment ce qui a motivé l’Institut d’Etudes Politiques de Paris à délivrer à partir de la rentrée 2009 un diplôme intermédiaire à ses étudiants (au terme de trois années sur cinq au total). Mais il n’a pu utiliser l’appellation licence (qui est un monopole de l’université) : il a donc choisi le terme Bachelor, à l’image du choix opéré il y a quelques années par les écoles de commerce, comme l’ESC Toulouse ou le Ceram, établissements précurseurs en la matière. Les étudiants qui font le cursus complet de Sciences Po reçoivent désormais deux diplômes : le bachelor et le master. Tandis que ceux qui choisissent de s’arrêter au bout de trois ans ne reçoivent qu’un bachelor.
De son côté, l’ESCP a obtenu le feu vert de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris pour lancer d’ici un an des programmes bachelors sur ses campus de Berlin, Madrid et Turin. Une possibilité qu’elle étudie très sérieusement. Il pourrait donc y avoir à l’avenir des diplômés de l’ESCP qui auront fait trois ans après le Bac à Madrid, par exemple, et des diplômés de l’ESCP qui auront fait un master en deux ans à Paris. De quoi donner du fil à retordre aux recruteurs qui vont devoir apprendre à distinguer les différents programmes.
Pour faciliter la lisibilité de ce type de formation, l’Assemblée des chambres de commerce et d’industrie (AFCI) vient de mettre en place un label qui certifiera ces formations bac+3 ou bac+4 développées par les écoles financées par les chambres de commerces. Un label de qualité qui sera attribué en fonction notamment de la proximité avec les entreprises et de l’ouverture à l'international.
Mais quoi qu’il en soit, la réputation du diplôme restera toujours attachée au prestige de l’établissement qui l’a délivré. Comme pour les masters, les PhD ou les MBA.