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Les classes préparatoires en plein bouleversement : adaptation au LMD et ouverture sociale


Le schéma européen licence-master-doctorat (LMD) a été adopté par la quasi-totalité de l’enseignement supérieur français. Il manquait encore les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Un décret qui devrait finalement paraître en janvier prochain y remédiera. Mais ce n’est pas tout : les CPGE se voient également contraintes d’élargir leur recrutement d’un point de vue social.



Le ministre de l’Education nationale Gilles de Robien l’a souligné fin novembre, en annonçant à Vanves, dans les Hauts-de-Seine, des réformes pour les CPGE : « notre enseignement supérieur repose sur deux piliers : l’excellence de la formation qu’il propose, et l’ouverture de cette excellence à l’ensemble des élèves ». Si l’on considère les CPGE, on constate qu’elles remplissent la première condition. Mais la deuxième clause était de moins en moins respectée car « depuis plusieurs années, nous constatons une diminution du pourcentage d’élèves issus de milieux modestes dans nos classes prépas et nos grandes écoles », d’après M. de Robien.

Pour aider matériellement ces publics à accéder aux CPGE, et que leur « inhibition sociale et culturelle » cesse, le ministre a lancé une « politique globale ». Tout d’abord, le taux de boursiers dans ces classes doit être porté en trois ans à 30%, selon les vœux du président de la République, contre 18% en 2005-2006. Au printemps dernier déjà, les élèves du secondaire boursiers, ou les élèves susceptibles de le devenir dans le supérieur, ont été contactés par le rectorat, qui leur a donné des informations concernant les CPGE. Puis pour l’affectation des places vacantes, ce sont les boursiers aux mentions « bien » et « très bien » qui ont été de nouveau sollicités. Bilan : le taux de boursiers dans les prépas est évalué cette année à 22%. L’opération sera renouvelée en 2007.

Les lycées à prépas doivent se convertir à l’égalité des chances

De plus, le Centre national d’enseignement à distance (CNED) propose depuis la rentrée des «accompagnements» aux lycéens souhaitant intégrer les filières d’excellence, moyennant 100 à 200 euros par élève (tarif réduit de 25% pour les boursiers). Il s’agit là d’une véritable concurrence aux prépas privées, de nature à mieux mettre en condition les futurs préparationnaires. Les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) ont aussi été mis à contribution depuis septembre pour réserver aux étudiants issus de milieux modestes des logements de cités universitaires proches des lycées à prépas.

Autre mesure annoncée par le ministre : des « parcours de réussite » pour les lycéens de zones urbaines sensibles (ZUS), qui bénéficieront d’un tutorat en amont et en aval, et dont les dossiers de candidature en CPGE seront examinés de manière « particulièrement attentive » dans le cadre de la procédure normale de sélection. Les lycées Saint Louis à Paris et Kléber à Strasbourg expérimentent le dispositif avec des établissements partenaires de ZUS.

Une équivalence en crédits ECTS qui n’est pas automatique

Enfin, pour inciter ces mêmes jeunes étudiants à intégrer les prépas sans prendre le risque de perdre une année ou deux en cas d’échec aux concours des grandes écoles, il fallait leur garantir une autre porte de sortie. Or il était déjà possible d’obtenir une équivalence avec un niveau universitaire, mais le système manquait de lisibilité. La traduction en crédits européennes ECTS des années de prépa est censée être la solution : « tout élève de classe préparatoire se verra délivrer une attestation descriptive de parcours établie sur la base d’une grille nationale. Elle précisera les connaissances et aptitudes acquises par l’élève au cours de sa formation ainsi qu’une valeur en crédits européens », a précisé M. de Robien. Les choses se corsent ensuite : « pour la poursuite d’études à l’université, des commissions regroupant des enseignants chercheurs et des enseignants de classes préparatoires préciseront les modalités de validation des crédits proposés par l’attestation ». Bref, les crédits ne sont pas automatiques.

Présidents d’université, grandes écoles, syndicats et enseignants de classes prépas ont été longuement consultés pour aboutir à un tel système. D’un côté, les universités, auxquelles le principe d’autonomie est cher, voulaient garder la mainmise sur la validation des années de prépa. De l’autre, les responsables de CPGE souhaitaient que les professeurs, qui connaissent le mieux les élèves, attribuent les crédits. Le compromis obtenu paraît assez bancal. Pour l’Association des proviseurs de lycées à CPGE (APLCPGE), « cela vient en contradiction complète avec la finalité du nouveau schéma de l’enseignement supérieur qui vise à établir des équivalences entre des formations différentes et non de subordonner certaines à d’autres », comme c’est le cas actuellement. « Pourquoi alors ne pas reconnaître les CPGE comme des formations à part entière ? », s’interroge l’association, qui appelait de ses vœux de plus amples évolutions sur ce point.


Alison Cartier
19 Décembre 2006






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