- Il y a des difficultés de calendrier, avec notamment des navettes pour les dossiers qui se font tardivement entre les établissements et le ministère. Mais notre principal souci est la méthode. Le ministère a d’abord dit : « vous êtes autonomes ». Les maquettes des diplômes qui existaient jusqu’à présent (codifiant ce qu’est une licence de droit, une maîtrise d’histoire…), ont alors disparu. Or les projets que construisent les universités sont maintenant « retoqués » ! Il y a en fait une obsession du ministère qu’il n’explicite pas : il veut gagner sur les moyens accordés aux établissements, d’où l’incitation à regrouper des cursus. Par exemple pour une licence de sciences, le ministère accepte sous certaines conditions différentes mentions, mais il préfère un regroupement des cours. Un « plat unique », pour les mathématiques notamment, serait servi aux étudiants chimistes et mécaniciens ! D’une part cela ne va pas accroître l’attractivité des études scientifiques. D’autre part, pour ceux qui suivront ces cursus, il y a un risque d’accroissement de l’échec car le programme sera difficile à ajuster pour des élèves aux projets et aux finalités différentes.
Cette frénésie du regroupement nous semble contre-productive. Par principe nous ne sommes pas contre ce qui est appelé mutualisation, mais l’action du ministère en la matière risque d’aboutir à une offre décolorée, dénaturée. Ainsi l’an dernier, Lyon I, grosse université scientifique, avait présenté 30 à 40 masters. Le ministère a demandé à ce qu’ils soient réduits à une douzaine ! Il faut alors inventer de nouveaux noms, master « chimie et biologie », « sociologie et psychologie » etc… Or la réforme est censée aboutir à plus de lisibilité ! Dans la vague A, aucune licence ne porte le même nom, même dans des universités distantes de quelques kilomètres seulement. Que dire alors à l’échelon européen …
Il y a néanmoins des tentatives de concertation : pour ne citer qu’eux, les 17 présidents d’universités d’Ile-de-France avaient envisagé d’organiser des rencontres. Ils font partie des vagues C ou D et veulent anticiper le LMD. Mais dans un contexte rendu très concurrentiel, ils s’aperçoivent que c’est trop compliqué d’harmoniser ! Il y a des réunions par champs disciplinaires dans chaque établissement, et des schémas sont produits : sur les domaines, les mentions, qui se différencient par spécialités, et là-dedans l’étudiant est censé pouvoir construire un parcours. Ainsi, les trajectoires sont si différentes et spécifiques que l’on voit mal comment raccorder ce patchwork.