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L’ENS Ulm et sa consœur de Cachan pourraient fusionner


Ce n’est encore qu’un projet, mais les directions des Ecoles Normales Supérieures d’Ulm et Cachan ont bon espoir de procéder à la fusion complète de leurs établissements d’ici à 2008. Il s'agirait d'une petite révolution dans le monde feutré de ces établissements sélectifs (1). L’opération risquerait aussi de déboucher sur un repositionnement de Normale Sup’ au sein du paysage éducatif français.



L’ENS Ulm compte 917 élèves, celle de Cachan 1300 (2), ce qui est relativement peu vis-à-vis d’autres établissements sélectifs du supérieur en France, sans mentionner les universités. Et insignifiant à l’international. Mais jusque-là, la vocation des Normale Sup’ - à savoir sélectionner et former des futurs cadres de l’enseignement et de la recherche en France - ne les avait guère amenées à se soucier de leurs effectifs. Choisis parmi les meilleurs étudiants des classes préparatoires, le petit nombre d’élèves reflète avant tout un haut niveau de sélectivité, et partant, de prestige.

Force est de constater qu’aujourd’hui tous les établissements (sélectifs, prestigieux, ou non) cherchent à atteindre une taille critique pour bénéficier d’une visibilité internationale. Les ENS ne peuvent guère rester à l’écart alors que la mise en place de la réforme LMD a accéléré ce mouvement. D’autant que pour le moment elles ne brillent guère dans les classements internationaux (3).

Un chantier complexe

L’objectif de la fusion serait de former "un grand établissement d’excellence nationale ayant la taille suffisante pour avoir une visibilité internationale", ont exposé les ENS dans un document de travail. Et ce, tant au niveau de l'enseignement que de la recherche, avec au total une cinquantaine de laboratoires. En fusionnant, l’école de la rue d’Ulm et celle de Cachan augmenteraient ainsi mécaniquement leurs effectifs et leurs moyens. Et ce, beaucoup plus rapidement qu’en comptant sur l’accroissement des crédits alloués par le ministère de l'Education Nationale, autorité de tutelle. Pour autant, "le chantier est énorme", comme l’a expliqué Claire Dupas, la directrice de l’ENS Cachan, à l’occasion de la présentation du projet à ses élèves : il s’agit d’opérer un rapprochement complexe et de surmonter les problèmes d’ego. Et les étudiants accueillent diversement l'idée. Certains craignent une absorption pure et simple par l'autre établissement ou une disparition de l'esprit de promotion, du fait de l'éclatement des sites.

Les banquiers d’affaires et consultants en stratégie en savent quelque chose dans le monde des entreprises, une fusion est une opération compliquée… Dans l’univers de l’enseignement supérieur, les fusions sont encore plus périlleuses, et échouent souvent avant même d’avoir commencé, comme cela a été le cas pour le projet de rapprochement entre l’école des Mines et celle des Ponts. D’ailleurs le directeur de cabinet du ministre a été d’une très grande prudence quand les écoles lui ont présenté le projet fin mars, a prévenu Claire Dupas.

Vers un nouveau positionnement

La constitution de ce nouvel établissement pourrait permettre aux acteurs impliqués de faire évoluer le positionnement de Normale Sup’. Les ENS sont désormais habilitées à délivrer des masters, mais elles pourraient mettre en place un diplôme d’établissement qui serait progressivement reconnu par l’Etat en tant que tel, comme c’est le cas dans les grandes écoles. Elles pourraient également – et progressivement - forcer l’évolution du statut des normaliens, notamment en leur permettant de se soustraire à l’obligation décennale vis-à-vis de l’Etat français. Et ce afin d’élargir les débouchés professionnels des diplômés des ENS. Mais les écoles n’en sont pas encore là. Le projet de rapprochement doit d’abord survivre au renouvellement des deux directeurs d’établissement qui va intervenir en octobre prochain.

NB :

(1) Il existe actuellement quatre établissements de ce type : l’ENS de Paris, née en 1794 et basée rue d’Ulm, le plus prestigieux, l’ENS de Cachan, en périphérie de Paris, et deux autres basés à Lyon - l’ENS Lettres et Sciences Humaines ainsi que l’ENS Lyon.

L’Ecole Normale Supérieure de Cachan a été créée en 1912, elle s’appelait tout d’abord Ecole Normale Supérieure de l'Enseignement technique (ENSET). L’Ecole Normale Supérieure de Fontenay/Saint-Cloud (créée en 1880, à vocation littéraire) a été renommée LSH lors de son déménagement à Lyon en 2000. Elle est allée rejoindre l’Ecole Normale Supérieure de Lyon (également issue de Fontenay/Saint-Cloud et à vocation scientifique).

Les deux établissements Lyonnais mettent également en place des coopérations, mais le projet Ulm-Cachan ne semble pas les inclure, car l’époque est à la constitution de "pôles régionaux", selon la direction de Cachan.

(2) et respectivement 903 et 650 enseignants et chercheurs.

(3) Dans le classement publié depuis 2003 par l’université Jiao Tong de Shanghai, l’ENS Ulm pointe à la 85ème place dans le monde.


C.A.
10 Avril 2005





Voir aussi : cachan, ens, ulm


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