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Débat récurrent au Québec sur un éventuel dégel des frais de scolarité


Au Québec aussi, le débat sur les investissements à réaliser dans l'enseignement supérieur est vigoureux. Certains prônant l'apport de crédits publics, d'autres un dégel des frais de scolarité.



Le Québec fait figure d'exception au Canada en matière de frais de scolarité. Ils ont été gelés durant 30 des 35 dernières années, et demeurent à des niveaux planchers. En premier cycle par exemple, ils s'élèvent en moyenne à environ 1200 euros pour les résidents, soit le montant le plus faible du Canada. Selon l'organisme statistique national, ces frais pratiqués au Québec représentent moins de la moitié de la moyenne nationale depuis la fin des années 1990. Toutefois, d'autres frais obligatoires (sport, santé...) ont eux augmenté allègrement: de 387 dollars (270 euros) en 2000-2001 en moyenne, ils sont passés à 575 dollars (402 euros) en 2005-2006 dans la Belle Province.

Pourquoi une telle particularité québécoise? Selon la Fédération étudiante universitaire du Québec, « les coupures massives effectuées dans les transferts fédéraux pour l’éducation postsecondaire ont eu de graves conséquences partout au Canada », notamment en 1994 et 1995 où ils ont été totalement supprimés. «Dans le reste du Canada, ce sont surtout les étudiants qui ont écopé de hausses importantes des frais de scolarité. Au Québec, où le mouvement étudiant est plus fort et où la société accorde une plus grande valeur à l’accessibilité, c’est surtout dans le financement des universités que les effets se sont fait sentir», c'est-à-dire que les établissements ont dû se serrer la ceinture.

Échéances électorales

Illustration de ce pouvoir étudiant: la grève dite « illimitée », lancée début 2005 à la suite de coupes dans le budget des bourses par le gouvernement libéral, assimilée à une hausse déguisée des frais de scolarité. Le gouvernement voulait transformer une part de ces bourses en prêts, aggravant selon les syndicats l'endettement des étudiants, qui s'élève en moyenne à 10 000 dollars (6988 euros) après trois ans de cursus. La grève historique de six semaines a débouché sur le réinvestissement de 482 millions de dollars (337 millions d'euros) de prêts en bourses pour les cinq prochaines années

A l'approche de nouvelles échéances électorales (1), le débat sur le financement de l'enseignement supérieur reprend de la vigueur. Le gouvernement est pressé par les jeunes membres du Parti libéral: « Il est maintenant temps de mettre fin au gel des frais de scolarité », a exhorté Simon Begin, dans un discours début août au terme de son mandat de président de la Commission jeunesse du Parti libéral. « Tout le monde doit faire sa part, le gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral; les étudiants aussi. Il est faux de prétendre que le fait de dégeler les frais de scolarité va réduire l’accessibilité, tant et aussi longtemps qu’on accordera davantage de prêts et bourses », a-t-il estimé. Sur cette question, le ministre de l'Education a commandé un énième rapport à un professeur... pour le printemps 2007.

En attendant, le gouvernement a annoncé au coeur de l'été l'octroi de 320 millions de dollars (224 millions d'euros) dans les trois prochaines années à l'enseignement post-secondaire (2). « Comme nous l'avons fait en santé, la décision a été prise de ne pas attendre le gouvernement fédéral », a déclaré le Premier ministre Jean Charest. Il s'agit donc d'une avance sur ce que l'Etat fédéral doit débloquer en faveur du supérieur, qui permettra aux universités de ne pas toutes être déficitaires cette année. «Au lieu d'être en-dessous de l'eau, on est au ras de l'eau», a commenté le recteur de l'Université de Sherbrooke.

NB :

(1) Le mandat du chef du gouvernement, le libéral Jean Charest, arrive à échéance en 2008, mais il pourrait organiser des élections générales dès 2007.
(2) dont 240 millions pour les universités et 80 millions pour les cégeps (collèges d’enseignement général et professionnel, des établissements situés entre le secondaire et l'université, en deux ans, et qui dispensent également des formations professionnelles techniques en trois ans)

Vidéo sur les universités au Québec (sur le site)



Alison Cartier
20 Septembre 2006






Commentaires des lecteurs

1. Posté par Eliane le 03/03/2008 02:13
heu.. on n'a pas eu 482 M$, ils en ont redonné seulement 103M$..

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