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Sylvain Schirmann : 'Sciences Po Strasbourg, entre l'université et le réseau des IEP'


Sciences Po Strasbourg est le seul Institut d'Etudes Politiques (IEP) de France à être une composante d'une université. Les autres sont des établissements publics à caractère administratif rattachés à des universités, tandis que Sciences Po Paris est indépendant. Pour l’école strasbourgeoise, ce statut d’institut interne à l’université est tout à la fois un handicap - faibles marges de manœuvre, peu d’autonomie opérationnelle et financière, lenteurs administratives - et un atout - projets communs avec les autres composantes, plus grand choix de masters pour les étudiants, intégration à un puissant ensemble. Sylvain Schirmann, le directeur de cet établissement, voit son avenir avec « un pied au sein de l’université et l’autre au sein du réseau des IEP ».



Sylvain Schirmann
Les trois universités strasbourgeoises n’en feront plus qu’une en 2009 ; le nouvel ensemble regroupera alors 42 000 étudiants dans 43 UFR, écoles et instituts. Comment l’Institut que vous dirigez pourra-t-il faire entendre sa voix en son sein?
Je suis très à l’aise avec ce processus de fusion des trois universités strasbourgeoises. Je pense que pour l’IEP c’est une chance. Je serai le seul directeur d’IEP à pouvoir proposer environ 35 diplômes nationaux de masters différents aux étudiants. Et ce, en sciences économiques, management ou droit. C’est aussi un avantage pour l’Institut d’Etudes Politiques que de pouvoir s’adosser à une structure qui aura les reins solides en termes de personnel, de moyens immobiliers…nous allons bénéficier directement de la fusion. Et l’université a tout à gagner avec un IEP dans ses rangs, car nous formons d’excellents étudiants.

Le site a été sélectionné pour recevoir les financements de la fameuse opération campus, cela va-t-il vous profiter ?

Nous avons déjà un projet immobilier inscrit au CPER (Contrat Projet Etat - Région). Il concerne la construction d’un nouveau bâtiment pour Sciences Po. Il doit nous permettre de doubler notre surface actuelle et d’augmenter nos effectifs. Ce ne sera pas un mal car l’an passé 1700 candidats se sont présentés pour les 150 places que nous avons à offrir en première année. Nous sommes trop à l’étroit dans nos locaux actuels pour en accepter davantage. Dans le nouveau bâtiment, nous pourrons passer de 1000 étudiants à 1500-1600 étudiants au total (+60%), ce qui nous permettra d’augmenter le nombre de places au concours et de diversifier le profil de nos élèves, notamment en recrutant davantage au niveau master.

Est-ce qu’à l’avenir les IEP vont être amenés à ouvrir les vannes du recrutement à Bac+3 ?

Ce serait logique dans le cadre du processus de Bologne : l’enseignement se structure autour du bachelor et du master. Pour un IEP, les recrutements post Bac (pour une entrée en première année) et post-Licence (pour une entrée en quatrième année) vont donc de pair. Il s’agit d’offrir une formation commune à tous sur les trois premières années, puis de proposer des parcours de professionnalisation au cours des quatrième et cinquième années, les années de master. Il n’est toutefois pas question, pour l’instant, de décerner un diplôme de bachelor au terme des trois premières années.

Le site actuel de Sciences Po Strasbourg
Pourquoi avoir monté un concours commun avec 5 autres IEP (Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes et Toulouse) et comment allez-vous gérer le classement induit par cette mise en commun de vos épreuves ? Cela n’avait jamais été fait auparavant…
Il s’agit de faire jouer les synergies entre des établissements qui ont des formations proches, et d’abaisser les coûts de concours pour les étudiants. Traditionnellement, ceux-ci passaient en moyenne de 3 à 4 concours d’IEP différents, ce qui les obligeait à faire un tour de France et à en assumer les dépenses en transports, hébergements et frais de dossier. Quant au classement qui sera fait, on s’en moque... Ce type de classement est aléatoire, il y a une série de paramètres qui entrent en ligne de compte dans les choix des étudiants. Et quoi qu’il en soit, nous sommes généralement appréciés par les candidats.
Si ce concours commun a pu être mis en place, c’est peut-être parce qu’il y a eu, ces trois dernières années, un changement de génération à la direction de pratiquement tous les IEP…cela peut en tout cas expliquer bien des choses. Nous pensons qu’il nous faut nous adapter à la globalisation de l’enseignement.

Les autres IEP sont-ils vos concurrents les plus directs ?
Je n’ai pas l’impression d’être en concurrence frontale avec les autres IEP. Nous avons une convention de mutualisation qui permet à un étudiant de terminer son cursus dans n’importe quel autre IEP. Chacun de ces établissements a des points forts et des points faibles. Pour notre part, nous sommes réputés en études européennes et en finance, notamment, mais l’on a rien sur le monde asiatique, qui est un point fort de l’IEP de Lyon. Plus que de concurrence, je parlerais de complémentarité.

Avec le LMD, le passage en cinq ans, la professionnalisation des cursus, quelle est désormais la mission de l’Institut d’Etudes Politiques que vous dirigez ?
Notre mission n’a pas changé. Elle est toujours de former des cadres du service public et du privé avec des facultés d’adaptation et de polyvalence ainsi qu’une ouverture sur le droit, l’économie, l’histoire, la science politique et l’international. Il y a 15 ans, on estimait qu’à cette fin, il fallait trois années de formation, ensuite nous sommes montés à quatre années, et maintenant nous formons ces cadres en cinq ans.

Quelle est votre offre de formation en gestion et quel suivi effectuez-vous de vos diplômés ?
On a un cursus en économie et finance qui débouche pour le moment sur un seul master en finance d’entreprise et de marché. Nous avons donc demandé l’ouverture de deux nouveaux masters en finance dans le plan 2009-2013.
Pour ce qui est du suivi de nos diplômés, on a un très bon suivi des carrières en finance et dans la fonction publique, par contre nous avons plus de mal dans les autres domaines. Nous allons donc développer un nouveau service de suivi de l’insertion avec l’association des anciens, qui est un partenaire essentiel dans ce genre de projets. Nous sommes en train de mettre les choses au point.

Avez-vous des projets en matière de fundraising ?
L’IEP de Strasbourg étant intégré à une université, nous ne pouvons pas mettre de structure en place. Cette démarche ne peut être initiée que par l’université elle-même. Ensuite, au sein d’une fondation, il est possible de dédier des ressources à certaines composantes, mais c’est à l’université de commencer.

Quel est votre budget de fonctionnement, plus réduit que celui d’établissements indépendants puisqu’il tient compte du fait que certaines dépenses sont mutualisées avec l’université ?
Il est de 850 000 euros environ. Nous avons de bons étudiants et des résultats. Mais il est vrai que ce budget est très inférieur à celui des autres Instituts (1).

NB :

(1) Les budgets de fonctionnement des autres IEP vont de 2 M€ à 12,3 M€ pour celui de Paris. (Précision : il s’agit ici de budgets de fonctionnement et non globaux, car ils ne comprennent ni les investissements ni les frais de personnel et encore moins d’autres éléments tels que la restauration, les bourses, ou le logement des étudiants pris en charge par les CROUS en France).

Consulter la biographie de M. Schirmann sur le site Educpros

Pour plus d'informations sur la fusion des trois universités de Strasbourg, voir le site http://demain.unistra.fr/


Propos recueillis par P-A. Pillet
10 Juin 2008











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