Education, formation, emploi, masters, grandes écoles et recherche. Observatoire Boivigny.

Observatoire Boivigny, le site de référence de l'enseignement supérieur






Nos forums


Recettes importées du Royaume-Uni


Ils dirigent des entreprises à cheval sur la France et la Grande-Bretagne, et sont fréquemment interrogés dans l’Hexagone par des hauts-fonctionnaires et des hommes politiques sur les raisons de l’attractivité du Royaume-Uni. Par le biais du groupe de réflexion le Cercle d’outre-Manche, ils font avancer leurs idées en particulier en faveur de l’enseignement supérieur français, dans leur dernier rapport « Du « brain drain » au « brain gain », le triangle d’or Université, Recherche, Entreprise, ou comment le Royaume-Uni fait de l’Université et de la Recherche des acteurs clefs dans la création d’entreprises ».



université d'Oxford
université d'Oxford
La France et le Royaume-Uni ont de nombreux points communs : population, structure du PIB, nombre d’étudiants, constatent ces avocats, consultants, investisseurs et responsables de sociétés français réunis dans le Cercle d’outre-Manche (1). Mais le nombre d’emplois et la croissance des entreprises sont bien supérieurs chez notre voisin. La recette britannique consiste selon eux à associer au sein des universités les “3 C”: Cerveaux, Commerce et Capital. Ils pressent la France, qui se repose trop souvent sur ses atouts à leurs yeux, de suivre ce chemin. La loi sur l’autonomie des universités ne peut en ce sens être qu’un début.

« Poussiéreuses dans les années 1970 et peu tournées vers l’entreprise, les universités britanniques ont introduit des réformes dans les années 1980-90 qui portent leurs fruits aujourd’hui », rapportent les auteurs, qui se demandent s’il faudra vingt ans à la France pour atteindre les mêmes résultats. C’est Margaret Thatcher qui a introduit l’autonomie des universités en 1986, puis Tony Blair a favorisé les investissements massifs dans l’innovation et les coopérations entre recherche théorique et applications commerciales. Des réformes qui ont à l’époque suscité des réticences dans le pays.

Le résultat n’en est pas moins là : « les départements d’essaimage et les incubateurs universitaires jouent un rôle moteur dans les créations d’entreprise qui s’appuient sur la propriété intellectuelle développée dans les centres de recherche universitaire », relate le Cercle d’outre-Manche. « Une université sur deux possède son incubateur (87 au Royaume-Uni contre 36 en France) et 20% des entreprises britanniques recevant du capital risque sont nées dans les universités », relève-t-il.

En comparaison, quel est le tableau actuel de la France ? Des structures d’enseignement supérieur éclatées et insuffisamment pluridisciplinaires, des universités et grandes écoles qui n’ont pas su créer de « marques » et attirent notamment peu d’étudiants asiatiques malgré un coût d’études inférieur, et une sélection négative des étudiants en France, de par le taux d’échec dans les premières années du supérieur. De plus, souligne le Cercle, la majorité des chercheurs français a le statut de fonctionnaire, peu incitatif, alors que leurs homologues britanniques ont un contrat de 5 ans lié à des objectifs, et sont plus souvent associés au capital de start-ups. La création d’entreprises technologiques est dominée en France par la chasse aux subventions publiques, au contraire du Royaume-Uni où il est fait davantage appel aux capitaux privés. Bref, d’un côté une « économie d’imitation » et une « bureaucratie de support », de l’autre un vrai soutien à l’innovation.

Les préconisations du think tank sont en correspondance directe avec ces constats : il faudrait « accélérer la mise en place de pôles universitaires multidisciplinaires ayant la taille critique », « mieux utiliser les marques françaises, comme le label La Sorbonne », et instaurer des « frais d’inscription différenciés entre étudiants européens et non européens ». En outre, il suggère de centraliser la procédure pour l’entrée à l’université, de passer pour tous les nouveaux chercheurs du public « d’une logique de statut à une logique de contrat renouvelable», de favoriser l’émergence de start-ups en relevant les plafonds de défiscalisation pour les investisseurs et d’aider les entreprises afin que leurs salariés parlent mieux l’anglais.


A.Cartier
30/06/2008



Lu 10209 fois


Commentaires des lecteurs

1.Posté par Michel Hauton le 16/07/2008 16:28
Un rapport excellent et passionnant! J'aurai bien chipoté sur un ou deux mini-points, mais ce serait de mauvais goût vu la gravité de la situation. Du rapide, donc.

1) Le modèle britannique d'enseignement supérieur et de recherche a un succès mondial évident, sans aucune mesure avec notre modèle qui mourira français. L'adhérence de ce modèle britannique au modèle économique et social correspondant est forte (cf. le rapport), ce qui n'est pas forcément très positif pour tout le monde. Sans être forcément pire que la notre, la situation économique et sociale n'est pas très bonne outre-manche: déficit extérieur record, système de soins critiquable, faiblesse de certaines infrastructures, marché immobilier incontrôlable, etc. Certains pays comme les pays scandinaves ont semble-t-il réussi à capter les meilleures idées britanniques en matière d'enseignement sup. et de recherche, dans des cadres socio-économiques plus attirants -en tout cas aux yeux de nombreux français. Il serait intéressant de compléter le rapport en étudiant comment le modèle a été décliné avec succès, et parfois amélioré "outre-outre-manche", dans des économies variées.

2) Le rapport contient de très bonnes remarques de fond sur l'économie et les constantes de temps dans la vie des entreprises, et l'urgence qui accompagne tout projet innovant. Les évolutions récentes de l'enseignement sup. et de la recherche en France prétendent souvent nous rapprocher du modèle britannique, mais de nombreuses dispositions contradictoires nous en éloignent. A côté des mesures propres à l'enseignement (maintien voire renfort des classes préparatoires et des grandes écoles, etc.), certaines mesures économiques ne vont pas dans le sens annoncé. La France s'obstine à vouloir à tout prix créer des champions internationaux (GDF-Suez, Alstom, etc.) et à l'autre bout aider des entreprises uni-personnelles ou des structures minuscules. Cet extrêmisme sape les possibilités des PME innovantes à forte croissance, forcées de cotoyer des mastodontes dont elles seront au départ les prestataires ou les fragiles concurrentes. Dans un secteur comme l'énergie, on voit mal ce qui peut permettre aux PME innovantes de trouver un espace et de s'éloigner de l'optimum consistant à végéter en "broutant de la subvention"...

3) Il est traditionnel en France de considérer que l'on a réuni université et entreprise lorsqu'on met autour d'une même table des chefs d'entreprises et des universitaires: jury de concours, commission de réflexion sur ceci ou cela. Il est facile de constater que la plupart du temps aucune symbiose n'est créée et que les arguments des uns ne peuvent pas être repris et exposés par les autres. Cela contraste avec le Royaume-Uni ou d'autres pays innovants (USA, Australie, etc.), et résulte largement du cloisonnement de l'enseignement supérieur évoqué dans le rapport. Il faudra probablement au moins une dixaine d'années pour atteindre une symbiose significative en France. Le temps de voir des chercheurs ayant une vraie expérience de prise de risques en entreprise, ou de voir des responsables d'entreprises importantes issus de l'université.

Bonne poursuite!

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter
B i u  QUOTE  URL

Les commentaires sont modérés a posteriori. Nous acceptons volontiers la critique de nos articles, les précisions et corrections apportées par les lecteurs ou l'ouverture de débats contradictoires en lien avec le sujet abordé. À l'inverse, nous nous réservons le droit d'effacer tout commentaire que nous considérons comme diffamatoire ou hors-sujet.

Suggestion de lecture :
< >

Dimanche 28 Novembre 2010 - 12:25 L’université britannique face à la rigueur

Lundi 30 Novembre 2009 - 21:03 Les universités en Europe ne sont pas suffisamment autonomes, selon l'EUA

Journalisme / Communication | Enseignement | Ecoles de commerce | Ecoles d'ingénieurs | Classements | Fonction publique | International | Sciences-Po | Vie universitaire | Santé


Dans l'actualité



Inscription à la newsletter



Chercher sur le site






Les Editions de L’Observatoire vous proposent un guide unique sur le parcours du futur enseignant-chercheur : des conseils pratiques, des exemples de cursus, la réalité du métier.