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Quelle université pour demain ?


Les universités françaises sont en crise : manque de moyens, surpopulation, faible autonomie, filières souvent déconnectées du marché du travail. Il existe aujourd’hui un consensus pour dire que le modèle a vécu. Vers quoi faut-il tendre désormais ? Lors d’une journée de débat, l’Observatoire européen des politiques universitaires, dirigé par Alain Renaut dans le cadre de l’université Paris-IV, s'est penché sur la question « l’Université peut-elle, doit-elle être une entreprise ? »



Quelle université pour demain ?
Quelque 300.000 étudiants en 1968, 1,5 million aujourd’hui et des structures universitaires peu ou prou identiques. Les enseignants-chercheurs, les politiques et les étudiants s’accordent sur la nécessité d’une évolution, mais les débats font rage sur la forme que pourrait prendre l'université.

Jean-Robert Pitte, l'audacieux et médiatique président de l'Université Paris IV-Sorbonne, pense qu' « une université peut être une entreprise ». Il existe « de nombreux exemples de par le monde » et leur enseignement reste « de qualité », justifie-t-il. Plus précisément, « L’université ne doit pas nécessairement être privatisée. Il faut néanmoins qu’elle s’inspire, dans son fonctionnement, du modèle entrepreneurial », notamment dans la gestion des fonds afin d'éviter le gaspillage, selon lui. A cette fin, il faut revoir le système de gestion de l’université : « Il y a un problème de gouvernance. Les présidents d’université n’ont pas de connaissances administratives, ils sont en général incapables de lire un budget », d'après le président de Paris IV. En outre, « ils sont soumis, pour conserver leur mandat, à des groupes de pression surreprésentés au conseil de l’université et ils n’ont aucune marge de manœuvre financière ». « Plutôt que d’aller quémander des fonds au représentant de l’Etat, je préfèrerais avoir une enveloppe et gérer moi-même mon budget », revendique-t-il.

La compétition stimule

Qui dit entreprise et modèle privé dit concurrence: dans le modèle de M. Pitte, les établissements et les titres qu'ils délivrent seraient en compétition. Dans le cas contraire, « on se prive d’une stimulation essentielle », estime-t-il. Alain Trannoy, directeur d’études à l’EHESS, est du même avis : « La compétition introduit une hiérarchie et crée une dynamique. En niant la hiérarchie, on se disqualifie par rapport aux grandes écoles ou aux universités étrangères qui ont une position bien référencée. »

Pour cet économiste, la clé du changement se situe dans l’augmentation des droits d’inscription: « D’abord, cela donnerait aux établissements plus de marge de manoeuvre budgétaire. Ensuite, cela tirerait les enseignements vers le haut ; parce que si vous êtes incertain de la qualité du produit, vous n’êtes pas prêt à payer ou à vous endetter », explique-t-il. « Et n’oublions pas que le prix permet également de révéler la motivation de l’étudiant. Cela casserait le cercle vicieux actuel : une grande partie des étudiants sont peu motivés et les professeurs sont rebutés par les tâches de supervision du travail étudiant », ajoute-t-il. L'université ne serait pas pour autant réservée aux riches : « Le système de prêt et de bourse est à revoir. L’aide aux étudiants représente 0,2% du PIB en France contre 0,6% en Suède et 0,5% au Royaume-Uni. Nous pourrions mettre en place un prêt dont le remboursement dépendrait du revenu (remboursement uniquement dans les bonnes années), qui serait financé par l’Etat et qui serait notamment destiné aux étudiants les plus pauvres (1) », suggère le chercheur.

Gardien du temple

Charles Soulié, maître de conférence en sociologie à Paris VIII - St Denis (2) met cependant en garde contre la rentabilité immédiate que pourrait rechercher un étudiant à l'université : « Dans les enseignements, la part des humanités, qui sont le fondement de l’université française, a connu une baisse drastique. Dans le même temps les enseignements d’économie et en particulier de gestion ont fortement augmenté. Il faut faire attention, les humanités sont essentielles » pour la société. Pour lui, l'université doit changer tout en conservant son rôle de «gardien du temple».

« On nous demande de plus en plus d'effectuer des tâches sans rapport avec notre métier d'enseignant chercheur. La mise en place du LMD, par exemple, a consommé énormément de notre temps et pour des résultats pas toujours heureux », poursuit Charles Soulié. Sa critique illustre la nécessité d'une université moins lourde dans son administration pour le plus grand profit des enseignements.

Lui aussi souhaite que l'université développe son autonomie. Alain Renaut, philosophe et directeur de l'Observatoire européen des politiques universitaires, le rejoint: «ce que je souhaite c'est que l'université soit autonome à la fois vis-à-vis de l'entreprise et vis-à-vis de l'Etat». Et pour cela, il lui faudra des ressources propres et une administration plus efficace.

NB :

Lire aussi l'article : « Harvard: avantages et inconvénients d’un système concurrentiel »


(1) Pour plus d’information voir : Alain Trannoy, Financement des Universités, Financement des études (http://www.vcharite.univ-mrs.fr/idep/documents/spentretiensAfse3pages.pdf et l'article : Si la feuille d'impôt déterminait le financement des universités

(2) Pour aller plus loin : Charles Soulié, Universitas calamitatum : Le livre noir des réformes universitaires.

Site de l'Observatoire européen des politiques universitaires : http://oepu.anfor.net/

David Allais
10/12/2006



Voir aussi : pitte, sorbonne
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