Patrick Berche, doyen de la fac de médecine Paris 5: « Nous craignons un afflux de candidatures à la rentrée 2010 »
Réforme de la première année de médecine, réflexion sur le format des études de médecine, modification éventuelle de l’examen national classant : Patrick Berche, doyen de la faculté de médecine Paris Descartes (Paris 5), livre à l’Observatoire Boivigny son opinion sur les débats qui agitent les universités de médecine.
Comment va s’articuler la nouvelle première année de médecine (1) à Paris 5 ?
Patrick Berche, le doyen de la faculté
Cette année va s’appeler officiellement Première année d’études de santé (PAES) et regroupera la médecine, la pharmacie, l’odontologie (dentaire) et la maïeutique (les sages-femmes). Le but est d’éviter les reçus-collés (les étudiants qui ont eu la moyenne mais qui ne sont pas reçus dans le numerus clausus). Cela prendra la forme d’une année commune avec deux semestres. Nous avons choisi, à Paris 5, de mettre en place un programme commun pour le premier semestre, il n’y aura pas de coefficients différenciés selon les matières. Au deuxième semestre, cela variera selon les choix des étudiants. Nous avons aménagé les horaires pour qu’ils puissent passer les quatre concours s’ils le souhaitent. Cela n’a pas été facile.
Comment s’organisera la réorientation des étudiants qui n’auront pas le niveau ?
La réorientation en fin de premier semestre est repoussée à janvier 2012. Nous devrons éliminer alors les étudiants dont le rang est 2,5 fois supérieur au numérus clausus. A Paris 5, le numérus clausus est d’environ 400 (incluant les postes pour les étrangers), donc, les étudiants classés au-delà de 1000 n’auront pas le droit de poursuivre. Dans les faits, ceux classés à partir de 800 sont malheureusement presque sûrs de ne pas réussir de concours, le but est donc de réorienter le maximum de gens, au premier semestre ou en fin d’année, et de les éloigner des concours pendant au moins un an, pour qu’ils préservent leur seconde chance. Nous chercherons à les réorienter vers une licence de biologie, de psychologie, vers un diplôme universitaire d’infirmiers, voire en droit pour certains. Il faut savoir qu’en première année, de 25% à 30% des étudiants abandonnent spontanément au bout de 4 mois. Les passerelles ne sont cependant pas faciles à mettre en place. A Paris Descartes, nous risquons d’avoir 3400 étudiants à l’UFR des Saints Pères, cela signifie que nous allons devoir en réorienter près de 2000 chaque année, dont une partie en cours d’année, ce n’est pas évident.
Cette nouvelle première année risque-t-elle d’engendrer des problèmes particuliers ?
Université Paris Descartes
Nous craignons un afflux de candidatures : les étudiants vont se dire que passer quatre concours multiplie leurs chances par quatre. Le problème, c’est que cette année, en France, il y a 50.000 étudiants pour 7300 places, et nous pensons que l’an prochain ils seront peut-être 60.000. Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir assumer en termes de locaux, ne serait-ce que pour des questions de sécurité. Cette première année de PAES risque d’être très difficile.
Que préconisez-vous par rapport à ce risque ?
Le gros problème à mon avis, ce sont les inscriptions elles-mêmes, de droit sans tenir compte du bac de l’étudiant. Dans les faits, aucun bac littéraire n’a le concours. Quelques bac ES l’ont, mais l’essentiel ce sont des sections S qui ont eu une mention bien ou très bien. Je ne suis pas pour une inscription automatique en fac de médecine : tous les étudiants ne devraient pas avoir le droit de s’inscrire car certains n’ont pas le niveau, c’est ça la vérité. Je pense que la solution est de mettre en place une présélection (ou une pré-orientation) avec des jurys mixtes professeurs/étudiants, comme cela se pratique au Canada par exemple. Au lieu de prendre 3400 étudiants, nous en prendrions 1200 qui passeraient le concours. Les syndicats étudiants sont fermement opposés à un tel dispositif, mais je pense qu’il est possible de les convaincre. Il faudrait de toute façon une forte volonté politique pour mettre en place un tel système.
Que pensez-vous d’un éventuel passage des études de médecine au format Licence, master, doctorat (LMD) ?
Le Centre Universitaire des Saints-Pères est un des sites de l’université Paris Descartes
En médecine, le LMD n’a pas de sens car aucun étudiant n’interrompt ses études en cours après un succès au PCEM-1. Je suis totalement opposé à la suppression de la D4 (sixième année de médecine, le passage au LMD impliquerait la suppression de cette année). La force du système français, c’est que les étudiants ont trois ans de formation clinique en tant qu’externe pendant lesquels ils apprennent les gestes essentiels (D2, D3, D4). Si on supprimait la D4, il faudrait sûrement mettre une partie de son programme sur la D1 qui précède l’externat, ce qui impliquerait une diminution de l’apprentissage des sciences fondamentales. Ou alors, il faudrait faire une année d’internat supplémentaire, ce qui n’est pas une bonne option, car cela ferait une année de plus avec un salaire faible (autour de 1500 euros) après 10 ans d’études !
Pensez vous qu’il faille remplacer l’Examen national classant (ECN, concours pour choisir sa spécialité à la fin de l’externat) par un contrôle continu ?
Je suis opposé à la suppression de l’ECN. C’est un examen qui n’est pas parfait et qu’il faut sûrement aménager, mais le remplacer par un contrôle continu supprimerait partiellement le concours au mérite, qui conditionne les choix des disciplines, des services et des CHU. On a peine à imaginer que, comme en Allemagne, chaque professeur puisse choisir celui de ses étudiants qu’il veut avoir comme interne dans sa spécialité. Peut-être faut-il songer à une régionalisation de l’ECN, ce qui permettrait de fixer les jeunes médecins dans les régions et ainsi de lutter contre la désertification. Conjointement, il serait utile d’accroître la mobilité des internes entre les CHU pour suivre un parcours de formation. Des internes « sac à dos », en quelque sorte.
Que pensez-vous des allocations de service public mises en place par le Ministère de la Santé pour encourager les jeunes médecins à exercer dans des zones qui en sont dépourvues ?
Cette allocation, de 1200 euros par an pour les étudiants à partir de la PCEM2, cumulable sur plusieurs années et compatible avec une bourse d’Etat est une très bonne chose. Cela aidera notamment à l’ouverture sociale des études de médecine. En échange, l’étudiant s’engage à exercer le même nombre d’années qu’il a été soutenu (par exemple 10 ans), dans le service public, là où il y en a un besoin. L’étudiant pourra racheter ces années, mais le système est conçu de telle manière, que ce sera très cher pour les cinq premières années et plus abordable après. Il ne faut pas oublier qu’un étudiant en médecine coûte environ 50.000 euros par an à la collectivité, il est logique qu’il lui rende une partie de cet investissement. La prochaine étape, si cette approche échouait, c’est l’obligation de service public qui existe quasiment partout en Europe.
NB :
1) À la rentrée 2010 la réforme de la première année d'études médicales devrait être mise en place : celle-ci prévoit que les étudiants en pharmacie rejoignent ceux de médecine. Le but étant de réduire l’échec en première année (P1) d’études médicales qui est actuellement de 85% (7300 reçus en France sur 50 000 étudiants). Jusqu'à présent, les étudiants de première année choisissaient en fonction de leur classement s’ils allaient en médecine, dentaire ou maïeutique (sage-femme). Les étudiants de pharmacie passaient, à part, un concours similaire. À partir de la prochaine rentrée, la première année d'études médicales et celle de pharmacie devraient fusionner. Les étudiants pourront donc passer quatre concours (médecine, dentaire, sage-femme et pharmacie).
Copyright photos : Université Paris-Descartes
Propos recueillis par David Allais
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