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Erasmus Mundus va passer à la vitesse supérieure


Né en 2004, le programme Erasmus Mundus est encore pour beaucoup un objet non identifié. Et pourtant les étudiants au-delà des frontières du Vieux Continent se battent pour ces bourses européennes à 21 000 euros. Dans le même temps, les universités veulent à tout prix apposer le label sur leur masters internationaux. Mais seul un projet sur sept est retenu par la Commission européenne. Pour ses 5 ans, en 2009, Mundus va passer à la vitesse supérieure.



Le commissaire Jan Figel présente Erasmus Mundus 2
Le commissaire Jan Figel présente Erasmus Mundus 2
« Faire face à la mondialisation » : tel est l’objectif originel du programme communautaire Erasmus Mundus. Il ne s’agit plus seulement pour la Commission de chercher à favoriser les échanges d’étudiants en Europe (comme c’était le cas avec Erasmus). Son but est, avec ce programme, d’attirer dans nos universités les meilleurs étudiants et enseignants du monde entier. Pour ce faire, la Commission européenne a souhaité distribuer des bourses aux étudiants non-européens en priorité, créer un label spécifique pour les masters, encourager les partenariats entre établissements européens et non-européens et également co-financer des actions de promotion de l’enseignement supérieur communautaire hors du Vieux Continent. Elle a donc mis 307 millions d’euros sur la table pour la période 2004-2008, dont 90% uniquement pour financer des bourses d’études. A 21 000 euros par an (1), elles n’ont rien de symboliques et s’apparentent davantage à des bourses d’excellence qu’à des bourses sur critères sociaux telles que nous les connaissons en France. Quelque 6000 étudiants, tous en provenance de pays non européens - principalement d’Inde, du Brésil, de Chine et de Russie - devraient en avoir bénéficié d’ici à 2008. Ces « Happy Few » ont été choisis parmi plus de 20 000 candidats.

La France est leader

Les étudiants ne sont pas les seuls à se battre pour Mundus. Les universités sont friandes du label attribué par Bruxelles à des masters qui se déroulent dans au moins trois universités de trois pays européens différents. Pourquoi ? Principalement parce qu’il envoie un signal d’excellence au public et qu’il permet d’attirer plus facilement les étudiants internationaux qui touchent les bourses européennes. Depuis 2004, les établissements ont soumis, en moyenne, 150 propositions à la Commission chaque année. Laquelle a sélectionné une vingtaine de programmes à chaque fois. Il existe donc 80 cursus Erasmus Mundus à ce jour et quelque 320 établissements coopèrent pour les faire fonctionner (2). «Le programme Erasmus Mundus a incité les établissements de l’enseignement supérieur européen à unir leurs forces», s’auto-congratule déjà la direction générale de l’éducation et de la culture de la Commission.

Sur les 80 masters Erasmus Mundus existant, 21 sont coordonnés par un établissement français. Un record ! Et, comme à chaque fois que l’on parle de label d’excellence dans notre pays, les grandes écoles ne sont pas en reste. De fait, les ENS sont venues en force, l’EHESS et l’ENSP sont représentées et quelques écoles d’ingénieurs, dont Supaero et l’Insa de Lyon ont pointé le bout de leur nez. Toutefois, aucune des écoles de commerce, pourtant en pointe sur l’internationalisation, ne figure pour le moment dans la liste des établissements labellisés (3). « Tous les établissements de l’enseignement supérieur sont éligibles et peuvent poser leur candidature pour obtenir ce label », confirme pourtant Vito Borrelli, le responsable de la mise en place d’Erasmus Mundus au sein de la Commission. Y compris les grandes écoles privées si leur diplôme est reconnu par l’Etat. « Il y a eu beaucoup plus de candidatures dans les sciences dures que de la part des écoles de commerce », précise Maritxu Skawinski, la responsable des programmes Erasmus Mundus au sein de l’agence Europe-Education-Formation, à Bordeaux (4). En outre, les quelques dossiers reçus n’étaient peut-être pas au niveau attendu…

Innovation scientifique

C’est que les professeurs et autres experts du monde académique chargés par la Commission de choisir les meilleurs masters ont des critères de sélection très sévères, explique Vito Borrelli : « Tout d’abord, les universités ou écoles partenaires doivent démontrer un haut niveau d’intégration du cursus, tant au niveau des cours que dans le processus de sélection des étudiants ou encore dans la délivrance d’un diplôme commun ou de diplômes conjoints ». Plus facile à dire qu’à faire…On imagine aisément le pataquès quand une université norvégienne essaye d’organiser un cursus cohérent avec ses partenaires portugais, allemand, ou hongrois. Car s’il faut trois universités minimum par master, les projets sélectionnés comptent généralement quatre ou cinq partenaires !

Et ce n’est pas tout. Les experts de la Commission examinent aussi en priorité, et fort logiquement « la qualité du contenu de la formation ». « Dans toutes les disciplines, nous privilégions les cursus qui correspondent aux nouveaux développements scientifiques », précise Vito Borrelli.

Test de qualité

Pour aider tout le monde à se mettre d’accord, la Commission donne 15 000 euros à chaque consortium universitaire. Cette somme est censée couvrir le surcoût financier engendré par l’organisation de cursus transnationaux. Insuffisant, aux dires des universités qui appellent à une réévaluation lors de la prochaine phase du programme. Au total, entre cette prime au consortium et les bourses versées aux étudiants, le soutien de l’Europe à un même master peut facilement atteindre 1 million d’euros.

Naturellement, la Commission tient à surveiller l’emploi de ses fonds. Elle n’attribue son label que pour une durée de cinq ans et va désormais mener des enquêtes de qualité pour vérifier que les masters proposés par les universités sont bien des programmes d’excellence. Elle prévoit dès cette année de confier à des experts le soin d’aller visiter les universités. Mais ces dernières seront choisies sur la base du volontariat : le test de qualité servira avant tout à promouvoir les bonnes pratiques et non à sanctionner les mauvaises universités.

Bientôt des doctorats Erasmus Mundus

Erasmus Mundus va passer à la vitesse supérieure
Pour ses 5 ans, en 2009, Mundus va passer à la vitesse supérieure. Le budget du programme pour la période 2009 à 2013 va plus que doubler et atteindre 950 millions d’euros. En outre, on devrait voir fleurir des doctorats Erasmus Mundus. « Ce sont les universités qui nous ont signalé ce besoin : il faut des doctorats sur le modèle des masters, nous ont-elles dit », selon Vito Borrelli. Un appel à projets sera bientôt lancé. Ces doctorats d’un nouveau genre, tout comme les masters, devront associer au minimum trois établissements, de trois pays européens différents, voire un partenaire d’un pays non-européen. Et les universités devront être en mesure de garantir la capacité d’insertion professionnelle des diplômés. Le pari est osé, quand on connaît les difficultés qu’ont les docteurs à trouver du travail dans certains pays européens.

Quant au doctorant, il devra au minimum poursuivre ses recherches dans deux universités différentes, et il devrait se voir décerner au terme de sa soutenance « un diplôme double ou multiple commun et reconnu ou agréé par les pays européens », sachant que la « priorité sera donnée aux diplômes communs », c’est-à-dire uniques, délivrés par au moins deux universités prévient la Commission. Une formule qui laisse un brin sceptique Lesley Wilson, la secrétaire générale de l’EUA (European University Association) : « les doctorats Erasmus Mundus peuvent marcher à condition que le texte soit suffisamment flexible pour laisser une marge de manœuvre aux établissements ». Et de rappeler que « ce genre de coopération entre universités, c’est plus facile à organiser pour les masters ! Au niveau doctoral, chacun a son programme de recherche, ses enjeux. Il y a des besoins différents entre disciplines et entre universités ». Si elle accueille favorablement l’idée d’une collaboration accrue entre les établissements européens au niveau doctoral - « les co-tutelles ont déjà fait leurs preuves », rappelle-t-elle - Lesley Wilson reste plus dubitative quant à la possibilité de mettre en place des diplômes communs. Quoi qu’il en soit, elle estime que le programme donne une impulsion très positive à l’enseignement supérieur européen, car il favorise le développement d’une « coopération structurée entre établissements ». Ce qui devrait aider l’Europe à rivaliser avec les universités américaines et asiatiques. A ce jour, seuls quatre pays européens – la France, le Liechtenstein, la Suisse et le Royaume-Uni – accueillent plus de 30% d’étudiants internationaux dans leur programmes doctoraux, d’après une étude réalisée par l’EUA (5).

Outre l’élargissement du programme au doctorat, Eramus Mundus 2 permettra aux universités de poursuivre les activités du premier programme, tout en les améliorant. Par exemple, en incitant les universités à prévoir des périodes de stages dans les masters Erasmus Mundus. La Commission envisage aussi d’améliorer les possibilités de coopération avec les établissements des pays en voie de développement, qu’elle appelle «les pays tiers», ainsi que le financement de bourses pour les étudiants européens. Car, jusqu’à maintenant, les sous de la Commission ont servi en priorité à attirer les étudiants du reste de la planète. Cela permettra peut-être d’améliorer le point faible du programme : son relatif déficit de notoriété auprès des étudiants européens.

NB :

(1) Soit 10 x 1600€/ mois + un montant fixe de 5000€ pour les frais de voyage et de scolarité. A noter que les boursiers payent des frais d’inscription qui, dans certains pays, sont loin d’être négligeables.
(2) Au terme du programme en 2008, le bilan final devrait être de 105 masters labellisés et 6000 bourses distribuées aux étudiants en provenance de pays tiers
(3) Voir la liste des grandes écoles et universités françaises qui proposent Erasmus Mundus
(4) En France, c’est l’agence Europe-Education-Formation à Bordeaux qui est chargée d’assister les universités candidates dans la formalisation de leurs candidatures et qui, dans le même temps, vérifie l’habilitation par l’Etat de chaque établissement pour le compte de Bruxelles.
(5) Le document sur le site de l’EUA

Crédit photos : Communauté européenne 2007

Pierre-Alban Pillet
13/09/2007



Voir aussi : doctorat, erasmus
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