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Comment l’université peut-elle préparer ses littéraires au monde du travail ?


Quand l’université réfléchit à son propre avenir, elle rassemble des professeurs, des étudiants et des représentants du monde de l’entreprise pour une journée complète d’étude (1). Ce 25 avril 2007, la Sorbonne s’est interrogée sur le devenir de ses diplômés des filières littéraires et sur les moyens de mieux les préparer à affronter l’entreprise.



La Sorbonne, à Paris
La Sorbonne, à Paris
« L’université avait comme fonction de préparer les étudiants à un emploi dès son origine ». C’est Alain Renaut, Professeur de philosophie politique à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV), qui le rappelle : «en plus d’assurer un enseignement supérieur et de construire des savoirs, l’université avait au 13ème siècle comme fonction de produire des élites, médecins, hommes de loi et clercs». Quant aux matières littéraires, elles étaient logées au sein des facultés d’arts libéraux qui dispensaient un enseignement propédeutique, premier stade avant une professionnalisation en médecine, théologie ou droit.

Le développement considérable du secteur des humanités (philosophie, lettres, langues, sociologie…) au sein de l’université a donné naissance à des facultés autonomes qui forment aujourd’hui des étudiants jusqu’à Bac+5 et au-delà…sans les préparer concrètement à l’emploi. A quelques exceptions près, comme la filière Langues Etrangères Appliquées (LEA) par exemple, les seuls débouchés professionnels évidents se limitent aux postes d’enseignants. Ceux-ci sont largement insuffisants pour absorber le flux annuel d’étudiants littéraires. Il y a cette année 47 postes ouverts à l’agrégation et 30 postes au CAPES de philosophie, par exemple. Or, dans la seule université Paris IV, on dénombre déjà, en philo, 470 étudiants de niveau master !

Le problème n’est pas nouveau, il est lié au mouvement de massification de l’enseignement supérieur de la seconde moitié du 20ème siècle. Ce qui l’est, en revanche, c’est que de plus en plus d’acteurs - enseignants, présidents d’université, mais aussi syndicats étudiants depuis la crise du CPE - se mobilisent pour réfléchir à la professionnalisation des filières littéraires. En outre, « il y a des signes de conciliation entre l’université et les entreprises », estime Jean-Michel Besnier, Professeur délégué à la professionnalisation au sein de l’université Paris IV. Il regrette toutefois que les entreprises déclarent si souvent s’intéresser aux profils littéraires alors qu’elles passent si rarement à l’acte. « Les chefs d’entreprises nous disent que nos étudiants sont merveilleux et qu’ils les attendent, mais ce n’est pas vrai, renchérit Alain Renaut, car elles ne les recrutent pas » (2).

Coincés entre les grandes écoles qui captent les élites et le CNRS qui monopolise les moyens de la recherche, les universités littéraires, les plus mal loties au niveau budgétaire, veulent plus que jamais trouver une voie pour s’en sortir par le haut et ne pas être renvoyées à leur fonction propédeutique du Moyen-Âge. « Il ne s’agit pas de remédier à un problème de formation, prévient toutefois Jean-Michel Besnier, nos étudiants ne sont pas en déficit. Il faut simplement les aider à mieux faire valoir leurs atouts », leurs compétences et ainsi mieux les préparer au monde du travail. Cela pourrait passer par « la mise en place de modules de professionnalisation en conseil, éthique appliquée ou en gestion des ressources humaines dans les masters de recherche en philosophie », suggère Alain Renaut. « Pourquoi ne pas développer des doubles diplômes avec des filières ayant un fort statut professionnel ?», interroge, pour sa part, Jean-Pierre Nioche, professeur à HEC, qui se demande aussi s’il ne faudrait pas « réduire les flux d’étudiants ».

Pour Alain Renaut, il s’agit de faire un travail sur le contenu des formations, mais aussi sur les mentalités. Selon lui, pour professionnaliser l’université, il n’y a « pas besoin d’une réforme administrative, mais d’une réforme des universitaires ». De son côté, Jean-Robert Pitte, le président de l’université Paris-Sorbonne, souligne que « les entreprises ont besoin de salariés cultivés, et non de simples techniciens ». C’est là que la Sorbonne a sa carte à jouer. À la condition toutefois qu’elle puisse récupérer les meilleurs éléments, ceux qui, actuellement, tournent le dos à l’université.

NB :

(1) A l’initiative de l’Observatoire Européen des Politiques Universitaires.

(2) A l’exception, peut-être de PricewaterhouseCoopers, Axa, Coca-Cola Entreprise, Renault, Siemens, HSBC et la Société générale qui s'engagent cette année à recruter 70 diplômés de master 2 en lettres, sciences humaines ou sociales des universités signataires de la "charte Phénix" : Paris IV, Marne-la-Vallée, Paris-III, et Paris-XII.


Sur le même thème, lire aussi (sur le site ) :

Enseignement supérieur : comment doser formation académique et professionnalisation?
Une université littéraire à la pointe de ce qui se fait en matière de professionnalisation



P-A. Pillet
30/04/2007



Voir aussi : sorbonne
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