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Sessions d’été : un marché appelé à se développer en France
Summer programs, universités estivales, sessions d’été… : autant d’appellations pour une même réalité, des cours durant les grandes vacances notamment dans les établissements d’enseignement supérieur. Une formule qui devrait faire école.
21 juin, CNIT de La Défense. L’Essec inaugure son premier programme d’été, « Le manager international en Europe », pour une durée de 3 semaines. Il accueille cette année 21 étudiants de niveau MBA, dont deux tiers sont des étrangers et dont la moitié fréquentent l’école de Cergy-Pontoise. Tous recevront en fin de cursus un certificat attestant de leur participation et de leur acquisition de 3 crédits dans les matières du management européen. « Cette formule attire les étudiants internationaux, mais intéresse également les Français. C’est une alternative pour l’été : un programme intensif, en plus des cours normaux, qui permet aussi de découvrir Paris pour certains. Et cela donne de la visibilité à l’Essec sur des domaines d’expertise car nous faisons venir des professeurs renommés », explique Michèle Pekar Lempereur, directrice du développement et des affaires internationales de la grande école. Le coût de cette formation s’élève à 4.000 euros – les étudiants de l’Essec ainsi que les étudiants des universités partenaires en sont exemptés.
HEC, elle, ne propose pas d’université d’été : « on ferme le campus en août pour remettre à niveau le site. C’est une nécessité étant donné que nombre d’étudiants sont hébergés sur le site durant l’année », explique-t-on à Jouy-en-Josas. En juillet, certains cours se poursuivent (masters, MBA, 2e et 3e année) et les admissibles à la grande école passent les oraux d’admission.
Qui n’a pas sa session d’été ?
Pour les établissements, il s’agit avec les sessions d’été de proposer des programmes susceptibles d’attirer de nouveaux élèves, mais aussi de disposer d’une source de revenus supplémentaire. Pour certains, rentabiliser les locaux durant l’été est même une nécessité. Ces sessions ont été importées du monde anglo-saxon, où les summer courses proposés par les universités permettaient initialement aux étudiants de rattraper des cours et des points. Les lycéens souhaitant prendre de l’avance et les adultes attirés par un programme précis les ont rejoints. Ce business – au prix des cours s’ajoutent les frais d’inscription, parfois les frais administratifs, le logement, la nourriture… - s’est aussi développé en direction des étudiants étrangers désireux notamment de s’améliorer en langue. Les programmes durent de 3 à 10 semaines et sont peu sélectifs.
En France, la palette est vaste : de simples conférences payantes, souvent appelées «universités d’été», à des formations débouchant sur l’obtention d’un diplôme. Ces sessions répondent à différentes logiques, selon qu’elles s’adressent à des étudiants étrangers ou français.
Ainsi, l’université Paris IV a mis à profit son image et développé les « cours de langue et civilisation françaises de la Sorbonne » (CCF, association liée à l’université par une convention de partenariat). Différentes sessions sont organisées tout au long de l’année pour les étudiants étrangers titulaires d’un diplôme équivalent au baccalauréat français, qui reçoivent à leur issue un certificat de français. Le CCF reçoit quelque 8.000 élèves chaque année, dont 2.000 durant l’été. Entre juin et septembre, il est possible de suivre toutes sortes de « summer courses », d’une durée de 3 à 11 semaines, des plus classiques cours de langue et de phonétique à des cours de « business français » en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Les tarifs s’échelonnent de 400 à 2.000 euros.
Même des établissements qui n’en ont a priori pas la vocation peuvent accueillir des étudiants étrangers pour leur enseigner le français : l’Insa (Institut national des sciences appliquées) à Lyon propose une école d’été depuis une douzaine d’années, où est dispensée une « formation personnalisée en français ». En 2003, 140 de ces 322 élèves estivaux avaient intégré les premiers cycles internationaux de l’école d’ingénieurs. Pour 4 semaines de cours (cette année du 1er au 25 juin ou du 16 août au 10 septembre), ils doivent s’acquitter de 660 euros.
Enfin, il existe sur la Côte d’Azur de nombreuses sessions d’été, qui allient enseignement et loisirs. Nombre d’entre elles sont présentées par des organismes privés, mais quelques établissements publics s’y mettent : par exemple l’université de Nice-Sophia-Antipolis se transforme en « Université internationale d’été de Nice » pour la saison. La faculté de lettres donne à des étrangers et à toute personne intéressée des cours…d’anglais. « Plus de trente nationalités étaient représentées en 2003 », avance l’université. Les sessions, en juillet ou en août, durent trois semaines et comprennent 70 heures de cours au total. Des animations sportives et culturelles sont prévues les mercredis après-midi et samedis. Le tarif s’élève à 460 euros par session, 250 euros pour les étudiants inscrits à l’université.
Des produits d’appel
L’objectif pour les étudiants étrangers ne se résume pas toujours à découvrir la culture française. Des formations spécialisées de haut niveau se développent. Tout comme l’Essec, l’ESC Chambéry a mis en place un « European business summer program » de quatre semaines, que vont suivre cet été 28 étudiants, « surtout des Américains », précise l’école. « Ce programme a été fait à la demande de nos partenaires académiques des Etats-Unis, qui préfèrent des sessions courtes, et en anglais, alors que nos autres partenaires s’engagent volontiers pour un semestre ou une année », ajoute-t-on. A la clef : des cours d’économie et de business international, des visites d’entreprises et de l’OMC, ainsi que du tourisme, le tout pour 1495 euros. L’ESC Chambéry a développé dès 1992 des programmes estivaux : « au départ la dimension internationale était primordiale pour l’école, nous établissions ainsi des contacts avec des écoles partenaires, dans un but de réciprocité. Aujourd’hui, ces programmes sont considérés davantage comme une source de revenus propre. Nous cherchons à rentabiliser ces formations, mais sans pratiquer des tarifs trop élevés pour rester à la portée de l’étudiant », retrace Phil Eyre, coordinateur du programme.
Ces sessions d’été peuvent aussi agir comme des produits d’appel vers les cursus classiques des établissements : tel est le but de la « Summer school in Science and Engineering » de l’Institut polytechnique de Lyon (IPL, regroupant les quatre écoles d’ingénieurs CPE Lyon, ECAM, ITECH et ISARA Lyon), qui ouvre ses portes pour la première fois cette année. Elle s’adresse à des étudiants étrangers inscrits en premier cycle dans une université partenaire, qui peuvent y suivre durant quatre semaines des cours de français, des conférences scientifiques et réaliser un projet selon leur domaine de spécialité. « Vous allez vous rendre compte qu’il est possible de passer un semestre ou une année entière d’études à Lyon dans le cadre d’un programme d’échanges. Et ce, pour assister à des cours, mener à bien un projet de recherche ou un mélange des deux. Il y a aussi des possibilités d’organiser un stage dans une entreprise industrielle en France », est-il expliqué aux futurs étudiants. Le but affiché est d’internationaliser les effectifs de ces écoles. Elles y mettent les moyens : l’IPL règle les frais d’inscription et la moitié des frais d’hébergement des étudiants des établissements partenaires. Ce programme est financé par la région Rhône-Alpes.
Public français : une approche différente
Les établissements qui organisent des sessions d’été à destination des étudiants français n’ont pas les mêmes motivations : la dimension financière semble moins prégnante. C’est le prestige des collaborations qui est le point fort de l’université de Montpellier I. Elle offre depuis 1996 durant l’été « des enseignements ou des stages (non diplômants) qui permettent de compléter une formation, d’initier une formation ou, plus simplement, de se cultiver », selon les années avec le HCR (Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés) sur le droit des réfugiés, d’autres universités étrangères, ou depuis 2003 avec l’Agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économique) sur le droit nucléaire. Les participants à cette « école internationale du droit nucléaire » peuvent dans ce cadre se soumettre à des examens pour obtenir un DU (diplôme d’université). Des bourses sont disponibles – les frais d’inscription s’élevant à 1.000 euros pour deux semaines.
S’internationaliser encore, telle est la visée de Reims Management School, qui propose cette année à ses étudiants et à des étrangers de niveau MBA la 6e édition de l’école d’été à Pékin. Fruit d’un partenariat avec l’université de Tsinghua, ce programme pionnier porte sur la stratégie commerciale et le management en Chine, durant 4 semaines de cours (en anglais) et de visites. Les frais sont de 2.550 dollars, sans compter l’hébergement. En outre, les étudiants en 3e année de RMS peuvent s’inscrire gratuitement à des séminaires intensifs de deux semaines (« international summer programs ») durant les mois de juin et juillet, co-organisés à Reims avec d’autres universités partenaires, comme l’université d’Ottawa (Canada), l’université de technologie de Sydney (Australie) ou l’université de Paderborn (Allemagne). Les intervenants sont principalement des professeurs américains et canadiens. Les étudiants y « trouvent une excellente opportunité de tisser un réseau personnel et professionnel international avant leur entrée sur le marché du travail », estime l’école.
De façon générale, on relève que les cours proposés ou les professeurs présents pendant les sessions d’été ne sont pas toujours ceux qui font la renommée d’un établissement. Quoi qu’il en soit, simple gadget pour touristes, produit d’appel pour les étudiants étrangers ou complément d’études, les summer sessions à la française vont devoir se développer pour atteindre le niveau de l’offre internationale.
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