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« Nous ne sommes pas à Paris »


"Un aménagement plus équilibré du territoire" est une "nécessité", estime le ministère de l'Education nationale en préambule à son rapport sur le budget 2004. Il s’agit d’une mission des plus ardues alors que le pouvoir d’attraction de la capitale demeure. A tel point que les écoles basées en province sont de plus en plus nombreuses à ouvrir des bureaux à Paris, afin de marquer leur présence dans une région qui accueille toujours la majorité des grandes écoles et universités renommées en France. Dans un même temps, certaines grandes écoles parisiennes entament un mouvement de délocalisation de leurs formations.



L’ENA devrait prochainement couper définitivement les ponts avec Paris et regrouper l’essentiel de ses activités de formation à Strasbourg. L’exil alsacien signifiera-t-il une perte de reconnaissance au niveau national ? De plus grandes difficultés à attirer les meilleurs candidats ? Ces interrogations ne sont pas nouvelles. Déjà, dans les années 60 et 70, un certain nombre de grands établissements publics d’enseignement supérieur s’étaient vu proposer une décentralisation hors de la région parisienne, parmi lesquels l’ENSP (partie à Rennes en 1962), Supaero (installée à Toulouse depuis 1968) ou encore le CNESSS (à Saint-Etienne depuis 1978). Ces établissements, tout comme l’ENA à Strasbourg ou l’ENM à Bordeaux, ne souffrent cependant pas de la concurrence d’établissements basés à Paris. Chacun est unique en son genre et forme les futurs cadres du secteur public dans un domaine déterminé.

Mobilité étudiante et concurrence frontale

La problématique est bien différente pour les établissements, universités et grandes écoles, qui proposent aujourd’hui des formations en région concurrentes de celles que l’on peut trouver à Paris. Car si la mobilité des étudiants est encore limitée en ce qui concerne les formations universitaires des premier et deuxième cycles, elle n’est plus un frein à la mise en concurrence des établissements au niveau du troisième cycle ou pour ce qui est des grandes écoles accessibles après les classes préparatoires ou encore pour les IEP, IAE ou IUP. La mise en place du LMD pourrait également accentuer la mobilité étudiante après la licence, pour l’obtention du master.

Or, il semblerait qu’une université ou une grande école établie à Paris jouisse d’emblée d’un a priori positif supérieur à celui de ses concurrents basés dans d’autres régions de France. C’est du moins la représentation que s’en font différents dirigeants d’établissements : « Nous ne sommes pas à Paris », avance ce directeur d’une grande école lyonnaise pour expliquer son manque de moyens. « Nous ne sommes qu’une école de province », explique-t-on à la direction de la communication de telle école de commerce. Pour ce responsable d'une école d'ingénieurs de la région PACA, « Nous sommes connus dans la région, mais peut-être pas assez à Paris ». A cette étudiante en finance qui se présentait à un DESS à Strasbourg, on a dit: « Avec votre profil vous pourriez obtenir mieux à Paris » !
De leur côté, les responsables et enseignants des établissements parisiens ne font pas dans la nuance : « Les autres écoles ont un recrutement régional, ce n’est pas comme nous », tranche ce responsable d'une grande école. « Il y a de bonnes formations en province si vous ne réussissez pas ici », assène ce chargé de TD à une étudiante.
Cette entreprise de communication - inconsciente ou souhaitée - ne semble toutefois pas empêcher l’émergence d’établissements leaders de leur catégorie ailleurs qu’en région parisienne. Ainsi peut-on mentionner les universités d’Aix-Marseille III et Toulouse I pour ce qui est de l’enseignement en Droit-Economie-Gestion ou les universités Louis Pasteur de Strasbourg, Grenoble I, Toulouse III et Montpellier II pour ce qui est des sciences (1). On peut encore penser à Centrale Lyon, à l’école des Mines de Nancy ou à l’Ensimag de Grenoble (informatique) pour les écoles d’ingénieurs. Dans la rubrique commerce : l’EM Lyon ou l’Edhec Lille-Nice soutiennent la comparaison avec leurs concurrentes parisiennes. Enfin, l’ESJ Lille ou le CUEJ de Strasbourg pour les écoles de journalisme, ainsi que l’IAE d’Aix-en-Provence, font partie des meilleurs établissements de leurs catégories respectives.

Chassé-croisé

En sens inverse, on note qu’une poignée de grandes écoles parisiennes ont mis en place des offres de formation dans différentes régions de France, tout en conservant leur siège à Paris. Au rang de ces établissements on trouve l’IEP de Paris (sites délocalisés à Dijon, Poitiers, Nancy et bientôt Menton), HEC qui propose son executive MBA dans plusieurs régions (programme CPA à Lyon, Lille, Sophia-Antipolis, Aix-en-Provence, Toulouse et Bordeaux), l’Essec qui depuis 1994 propose un troisième cycle à Limoges (en partenariat avec l’ISFOGEP) ou un programme doctoral en partenariat avec l’IAE d’Aix-en-Provence. Elles ont emprunté la voie ouverte par d’autres grandes écoles parisiennes, telles Supelec (Gif-sur Yvette, Essonne) également implantée à Rennes (depuis 1972) et à Metz (depuis 1985) ou encore le CFPJ qui a ouvert un centre de formation à Montpellier (aujourd’hui repris par l’ESJ Lille). Les collectivités publiques n’hésitent pas à dérouler le tapis rouge pour accueillir les filiales des grandes écoles.

Comme pour répondre aux écoles parisiennes, les établissements de province sont de plus en plus nombreux à ouvrir un bureau de représentation, voire à faire l’acquisition de locaux permanents à Paris. Dans la plupart des cas, pour offrir des formations continues aux cadres en activité en région parisienne, mais aussi pour des motifs de prestige. Ainsi l’ESJ Lille a-t-elle une adresse dans le Xe arrondissement de la capitale pour y assurer la formation des cadres et journalistes en activité à Paris.
Pareillement, des écoles de commerce n’hésitent pas à offrir leurs programmes à partir d’une implantation parisienne, comme l’EM Lyon, Reims Management School ou depuis peu l’ESC Rouen. L’Edhec a installé une « délégation » à Paris, notamment chargée de la communication du groupe ; quant à l’ESC Lille, elle a ouvert un campus à Paris.

On peut donc aujourd’hui faire l’ESC Lille à Paris de même que l’on peut entrer à Sciences-Po Paris à Dijon ! De quoi assurer de belles années d’activité aux conseillers en orientation scolaire... et géographique.

(1) Ces quatre universités figurent dans le top 100 des universités européennes selon l’université Jiao Tong de Shanghai (voir le site

A.C et P-A.P
18/01/2005

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