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Les universités américaines vont-elles débarquer en France ?
Depuis le 11 septembre 2001, les autorités de Washington se montrent plus pointilleuses sur la délivrance des visas d’entrée sur leur territoire. Victimes d’un dommage collatéral, les universités américaines perdent de nombreux candidats. Les sessions d’été seraient particulièrement touchées. Les universités s’en sont plaintes en juillet dernier dans une lettre ouverte adressée à la chambre des représentants. Elles ont notamment souligné que « la délivrance erratique et particulièrement lente des visas » ne permet plus à certains étudiants de venir passer leurs entretiens ou d’arriver en début de semestre.
C'est un contexte qui pourrait encore davantage inciter quelques-unes des 3.000 universités américaines à ouvrir des centres de formation directement en Europe, comme l’université de Chicago à Paris. C'est aussi une politique de nature à renforcer les liens entre établissements américains et européens, mais également à en exacerber la concurrence, notamment sur le marché le plus lucratif : celui des MBA et de la formation continue.
A l’heure actuelle, la présence des universités américaines en Europe prend diverses formes :
- Campus ou simple antenne en propre pour accueillir des étudiants américains («one year abroad» ou «one semester abroad»), par exemple la Columbia University ou la Boston University installées à Paris.
- Association de plusieurs universités américaines dans une même région afin de suivre leurs étudiants en Europe. Par exemple le Berlin Consortium for German Studies qui regroupe : University of Chicago, Columbia University, the John Hopkins University, University of Pennsylvania, Princeton University, Yale University et Cornell University à Berlin.
- Université qui propose des cursus universitaires complets en Europe, mais dans le but d’accueillir un public essentiellement américain. Comme la John Cabot University à Rome ou la Temple University à Londres.
- Accord de double diplôme ou de diplôme commun avec des établissements européens. Par exemple : Trium executive MBA géré par NYU Stern Business School en partenariat avec la London School of Economics et HEC Paris.
- Accord avec une école privée en Europe, qui sert de recruteur pour les programmes undergraduate (le plus souvent) de l’université américaine. Notamment l’American Business School de Paris (Groupe IGS) et Temple University. (1)
Mais également :
- Ouverture de campus « filiales » en Europe destinés à former les étudiants européens. Comme le fait la Chicago Graduate School of Business, à Barcelone.
La présence américaine dans le secteur de l'enseignement se manifeste aussi par l'ouverture d’organismes divers qui accréditent, certifient et évaluent. Parmi ces organismes, on compte l’AACSB, les gestionnaires des tests GMAT et TOEFL. Le petit dernier en la matière s’intitule AP ou Advanced Placement et permet aux meilleurs lycéens d’obtenir des crédits universitaires dès la terminale. Déjà présent en Italie ou en Allemagne, le test AP pourrait se développer en France, si le ministère de l’Education nationale donne son aval.
L’ouverture de filiales pourrait inquiéter les écoles de commerce européennes
Les établissements d'enseignement supérieur européens, et plus particulièrement les écoles de commerce, redoutent cette irruption. Les universités américaines jouissent d’une grande notoriété dans le domaine de la gestion et les titres MBA, PH.D, DBA, Master in Sciences…ne sont pas protégeables. Ils peuvent donc théoriquement être délivrés par n’importe quelle institution. “Et n’oublions pas que ce sont les écoles de commerce européennes qui ont pris le concept de MBA aux universités américaines, et non l’inverse”, rappelle Françoise Gaulme, responsable du service des boursiers français à la Commission franco-américaine d’échanges universitaires et culturels (2).
Une marchandise comme les autres ?
Les universités américaines pourraient également être tentées de s’attaquer au marché de la formation continue. Un marché en plein développement, encouragé par l’UE, et fortement rémunérateur pour les institutions qui proposent ces formations. Il faut toutefois relativiser le danger. L’offre de formation n’est pas une marchandise comme les autres : elle perd de sa valeur lorsqu’elle est produite en dehors de son terroir naturel. Ainsi un Harvard Paris aurait-il probablement moins d’attrait qu’un Harvard, Boston, MA. L’investissement immobilier dans une grande capitale européenne, la constitution d’un corps professoral conséquent, l’adaptation au marché local (et notamment aux frais de scolarité bien inférieurs en Europe) sont des freins naturels au débarquement de ces universités. D’autre part, l’établissement de relations avec les entreprises et la construction d’un réseau d’anciens exigent du temps. Rappelons toutefois que dans le domaine des formations aux entreprises, la légitimité est plus rapide à construire. Ainsi, l’Insead de Fontainebleau, une école qui n’existait pas au début des années 50, a réussi à s’imposer très rapidement comme la première graduate business school en Europe.
Chicago dans le XIIIe arrondissement
Depuis peu, l’université de Chicago s’est fait construire un bâtiment dans le XIIIe arrondissement de Paris: rue Thomas Mann, à deux pas de la Bibliothèque nationale, au sein du nouveau pôle universitaire qui accueillera bientôt Langues’O et Paris VII. Le centre, conçu pour accueillir des « étudiants de premier, second et troisième cycles de l’université de Chicago », pourra également accueillir des étudiants français, ainsi que des enseignants et chercheurs « issus d’universités européennes », a annoncé l’université américaine qui compte mettre en place un programme de bourses. Elle espère ainsi « créer et entretenir un noyau de recherche » à Paris.
Dans un premier temps, les cours proposés pourraient couvrir l’économie, la science politique et l’histoire de France. Ces premiers programmes devraient être proposés en partenariat avec des établissements français tels que Dauphine, la Sorbonne, Nanterre, Paris VII, l’ENS ou l’IEP de Paris, avec qui l’université entretient déjà des liens et notamment des accords d’échanges, mais elle se dit également à la recherche de nouveaux partenaires.
Le plan communiqué au public n’indique pas si l’université de Chicago compte un jour proposer des programmes sans partenaires locaux et à destination d’un public d’étudiants européens, comme le fait la Chicago Graduate School of Business à Barcelone. L’université de Chicago a déjà mis en place un programme de Fund Raising pour financer son centre parisien.
A noter que l’université Thunderbird a également ouvert un campus en propre en Savoie. Ce type d’initiatives reste toutefois assez rare.
L’université de Maryland s’en va
A quelques exception près, les universités américaines présentes en leur nom sur le territoire européen vivent essentiellement d’un public d’étudiants…américains. Et lorsque ceux-ci viennent à manquer, comme à Mannheim en Allemagne, où l’université de Maryland avait élu domicile à proximité d’une base militaire, l’université plie bagage. En mai 2004, l’université fermera définitivement son campus, et ce sans état d’âme, alors même qu’elle se vante d’y avoir formé « 20.000 étudiants depuis 1950 ».
L’Asie plutôt que l’Europe
L’ouverture de filiales en Europe ne représente probablement pas une opportunité à saisir pour les universités américaines. Les institutions locales, bien que beaucoup moins riches, jouissent de réputations bien établies. Toutes s’inscrivent dans le cadre d'une reconnaissance étatique et sont soumises à des réglementations nationales. D’autre part, les étudiants européens ne sont pas habitués à payer des frais de scolarité élevés. Et lorsqu’ils brisent leur tirelire, ce n’est pas pour se contenter d’un produit dérivé, mais plutôt pour jouir de la qualité d’un véritable campus à l’américaine, aux Etats-Unis. Par ailleurs, en matière de marché à conquérir dans le domaine de la formation, l’Asie représente un territoire en friche avec un potentiel nettement plus élevé.
NB :
(1) On relève aussi la présence des universités américaines suivantes en Europe occidentale, sous les formes précitées: American College, Dublin, American College of Greece, American International University à Londres, American University in Paris, Claremont College à Paris, Franklin College en Suisse, Huron University à Londres, New York University à Paris, Temple University à Lyon, Rome et Londres, Vesalius College à Bruxelles, Webser University à Genève.
(2) La Commission franco-américaine d’échanges universitaires et culturels est financée conjointement par le département d’Etat américain (pour 61,6% de ses ressources) et le ministère des Affaires étrangères français (pour 33% de ses ressources). Chaque année, la commission attribue 120 bourses (Fullbright) à des étudiants français ou américains qui vont séjourner dans le pays partenaire. Elle propose également un service d’information sur les universités américaines.
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