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Gilles Baillat (CDIUFM) : « La formation des enseignants n’est pas à la hauteur des enjeux »
La réforme des IUFM est toujours au cœur des débats éducatifs. En janvier dernier, le président de la République a reconnu qu’il fallait remettre en chantier certains éléments de la formation des enseignants. La Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM) en a profité pour rappeler qu’elle avait travaillé à six propositions concrètes pour faire évoluer les IUFM. Gilles Baillat, son président, revient sur les dysfonctionnements actuels et les évolutions possibles.
IUFM à Saint Agne
Un groupe de travail réunissant le ministère de l’Education nationale, le ministère de l’enseignement supérieur, la Conférence des présidents d’université (CPU), la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM) et les syndicats d’enseignants devrait se réunir prochainement. Des changements pourraient-ils avoir lieu rapidement ?
Pour l’instant, ce groupe de travail n’a pas été annoncé officiellement, mais il devrait être mis en place prochainement. C’est important que les deux ministères soient impliqués : les IUFM les concernent tous les deux et cela a parfois posé des problèmes ces dernières années. Il y a eu des cafouillages, des incompréhensions entre les deux cabinets. Le cadre réglementaire des concours de la Fonction publique est très strict : si des évolutions sont envisagées, elles concerneront le concours 2013.
Quels sont, selon vous, les problèmes les plus urgents à traiter dans la formation des enseignants ?
Une bonne partie des problèmes que nous avons identifiés est liée au fait que beaucoup de jeunes enseignants n’ont pas eu de formation professionnelle. La problématique des stages est compliquée car, même avec une université volontaire, les stages dépendent de la coopération avec les recteurs d’académie. En plus, les stages dans l’enseignement ne sont pas obligatoires, donc on peut envisager qu’un titulaire d’un M2 en droit devienne professeur des écoles affecté à des classes d’enfants de trois ans en ayant fait un stage dans un cabinet d’avocat ! Il est insupportable d’envisager que des enseignants entrent dans les classes sans jamais avoir vu un élève auparavant ! Nous souhaitons que les stages soient obligatoires et développés dans une logique d’alternance.
Le calendrier actuel est-il satisfaisant ?
Non. Les étudiants de M2 sont débordés de travail. Nous pensons qu’il faut placer les épreuves d’admissibilité en fin de M1 et les épreuves d’admission en fin de M2. L’année de M2 pourrait être l’occasion de développer des parcours diversifiés après une année de tronc commun en M1. Ceux qui n’auraient pas eu les concours pourraient se réorienter dans le cadre de leur M2 au lieu de perdre une année. Aujourd’hui nous avons des non-admissibles qui nous demandent des stages dans d’autres domaines que l’enseignement. Nous les aidons, mais il n’y pas de véritable politique en ce sens : c’est du cas par cas.
Au-delà de ces mesures urgentes, vous proposez six axes de réforme de la formation des enseignants. Dans quel cadre s’inscrivent ces propositions ?
Nous pensons que la formation des enseignants en France n’est pas à la hauteur des enjeux d’une société de la connaissance. Nous proposons donc une vision stratégique à long terme pour faire évoluer cette situation d’ici 2020 : ce sont des enjeux à l’échelle d’un mandat, voire au-delà.
Comment voyez-vous la formation des enseignants au sein des universités ?
Ce qui est important à nos yeux, c’est qu’il n’y ait pas une dilution des acteurs chargés de la formation des enseignants. Nous pensons que les IUFM doivent avoir un statut similaire aux écoles d’ingénieurs ou aux IUT. Ils s’occuperaient non seulement de l’enseignement, mais aussi de la formation professionnelle, qui est aujourd’hui un secteur économique en expansion. Il y a un créneau à prendre pour les IUFM.
La formation continue des enseignants fonctionne-t-elle correctement actuellement ?
Nous avons l’une des formations initiales les plus courtes d’Europe avec très peu de formation continue. Dans des domaines comparables, comme la médecine, la formation continue est obligatoire. C’est nécessaire, notamment pour éviter une coupure entre les enseignants et leurs publics, comme cela peut être le cas aujourd’hui sur les nouvelles technologies ou les langues.
Vous plaidez pour une mobilité internationale accrue des enseignants lors de leurs études. Pourquoi ?
Un enseignant français pense le fonctionnement des classes et le système éducatif de notre pays comme étant dans l’ordre des choses. Des notions comme la notation ou le redoublement paraissent évidentes. La mobilité nous semble essentielle pour que les enseignants inscrivent leurs pratiques et leurs usages dans un rapport avec d’autres manières de faire.
IUFM à Moulins
Vous êtes préoccupé par l’impact de la récente réforme sur la sociologie des enseignants. Qu’en est-il exactement ?
La durée des études a été rallongée et l’année de stage rémunérée a été supprimée : pour certaines catégories de la population, cela rend l’accès au métier d’enseignant plus difficile. D’autant plus que le rythme exigé est difficilement compatible avec un petit boulot. L’impact de la réforme sur la sociologie des étudiants est visible dès cette année. Il faut à tout prix éviter de nous retrouver dans une situation où les enseignants seraient uniquement issus de la classe moyenne supérieure face à des élèves issus de tous les milieux: cela risquerait de créer un décalage culturel indépassable. Nous souhaitons que des bourses, des allocations, ou un financement d’études en échange d’années de service soient envisagés. La systématisation de l’alternance avec des stages rémunérés et l’aménagement du calendrier, permettant de travailler l’été après le M1 au lieu de réviser le concours, sont aussi des solutions possibles.
Vous plaidez également pour un renforcement de la recherche. Quelle est la situation aujourd’hui ?
La recherche en éducation est très minorée en France. Notre pays fait figure de mauvais élève en Europe, alors que la recherche européenne n’est, par ailleurs, pas extraordinaire à la fois en qualité et en quantité. Nous demandons que, comme dans d’autres secteurs, les questions d’éducation bénéficient d’investissements afin que la pratique soit mieux nourrie par les résultats de la recherche. La disparition programmée de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) n’est pas un bon signal, mais ce pourrait être l’occasion de créer un grand programme national sous l’égide, par exemple, du CNRS. L’idée est d’impulser le même mouvement que celui qui a permis d’irriguer la pratique de la médecine au cours des 19e et 20e siècles. Nous réfléchissons sur des échéances longues : c’est nécessaire par rapport à l’importance des enjeux.
En novembre 2010, vous avez envoyé l’ensemble de vos propositions aux différents partis politiques dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, avez-vous eu des retours ?
Nous avons rencontré le Parti socialiste, le Nouveau Centre, Alternative libérale, et nous verrons probablement l’UMP très prochainement. Nous avons le sentiment, dans nos prises de contact, que les partis politiques se sentent plus concernés par les questions d’éducation au sens large qu’ils ne l’étaient en 2007. Cela pourrait être l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle.
NB :
Propos recueillis par David Allais
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