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Les enjeux liés à l’autonomie des universités


Le constat est unanime : les universités françaises perdent en compétitivité. Cela n'est pas une nouvelle, mais un appel de plus en plus urgent alors que les flux d'étudiants s’internationalisent. Dans ce contexte, l'autonomie des établissements apparaît comme la mère de toutes les réformes. Elle permettrait l’expérimentation locale et le développement de compétences différenciées au niveau de chacun. Mais les syndicats s’y opposent, laissant ainsi le champ libre aux grandes écoles et aux universités des pays voisins de la France.



Hormis les domaines encore protégés (médecine, droit…), la concurrence avec les grandes écoles et les universités étrangères se fait vive. En effet, la reconnaissance des diplômes par l’Etat n’est qu’une condition utile, mais non indispensable pour qui veut travailler en entreprise. C’est la reconnaissance d’un diplôme par le marché du travail qui fait aujourd’hui sa valeur. Dans ce contexte, les universités françaises auraient besoin de s’adapter, de multiplier les initiatives, de faire valoir leur marque sur la scène française et internationale. Bref, de faire face à la concurrence. Mais leur mode de fonctionnement est aujourd’hui une véritable usine à gaz. C’est rue de Grenelle, à Paris, qu’une administration tentaculaire contrôle les 86 universités françaises.

Tout ce que l’université ne peut pas faire

Quand on parle d’autonomie pour les universités, il s’agit d’analyser le degré d’indépendance dont elles peuvent se prévaloir face au ministère de l’Education nationale. En la matière, deux textes font référence :
- La « loi Edgar Faure » de 1968 a consacré leur autonomie administrative, pédagogique et financière, mais dans un cadre restrictif et rigide.
- En janvier 1984, la « loi Savary », a refondu les grands principes d’organisation de l’université.

Si, en vertu de ces textes, il appartient aujourd’hui au conseil d’administration des universités de « voter leur budget », de « fixer la répartition des emplois » ou encore « d’exercer le pouvoir disciplinaire à l’égard des enseignants-chercheurs et usagers », ces établissements restent fortement dépendants du pouvoir central pour ce qui est de leurs ressources humaines, de leur financement, de leur organisation statutaire… En réalité, l’université française ne contrôle guère sa stratégie de développement, et son pouvoir exécutif est très faible.

Il est ainsi curieux qu’un organisme dont la principale richesse repose sur les ressources humaines n’ait pas la maîtrise de celles-ci. Ainsi, d’une part l’indépendance des universitaires et des laboratoires est garantie pour leur permettre de mener librement leurs recherches, d’autre part, le personnel - enseignants et administratifs - étant composé de fonctionnaires, l’université ne peut créer ou supprimer de postes librement. Et encore moins recruter et rémunérer librement son personnel, qui relève du budget de l’Etat.
« Nous pouvons redéployer les postes, par exemple entre différentes facultés, à budget constant. Mais même pour ça, il nous faut l’aval du ministère », précise Richard Lioger, président de l’université de Metz et troisième vice-président de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU).
Financées par l’Etat pour l’essentiel de leurs ressources, sur la base de dotations sur critères, les universités ne peuvent disposer librement de leur budget de fonctionnement et d’investissement. Le patrimoine immobilier qu’elles occupent ne leur appartient pas, elles ne peuvent donc réaliser d’opérations en la matière. Elles n’ont pas le contrôle de l’attribution des bourses (contrôlée par l’Etat), de l'hébergement des étudiants ou encore des services de restauration (gérés par les CROUS). Enfin, elles ne peuvent ni sélectionner leurs étudiants, ni fixer les frais de scolarité qu’elles leur appliquent. Elles doivent ainsi en principe, au moins en première année, accueillir tous les détenteurs du baccalauréat relèvant de leur secteur.

Un héritage historique

C’est que l’université en tant qu’établissement maître de sa destinée ne va pas de soi en France. Il a fallu attendre 1968 pour que des universités pluridisciplinaires prennent le pas sur le système des facultés. Ce qui explique peut-être qu’encore aujourd’hui, nombre d’étudiants disent : « je vais à la fac » ou encore « j’ai une maîtrise en histoire », plutôt que : « je suis diplômé de telle université ». Ces universités qui, de leur côté, préfèrent souvent mettre en avant le nom d’une ville + un numéro (Paris V, Lyon III…), plutôt que de se construire une marque.
En retour, les étudiants répondent à la faiblesse de l’identité des ces établissements, fédération de facultés, d’instituts et d’écoles plutôt que véritable institution, par une absence de reconnaissance et un désinvestissement total. Or, en ne se montrant pas fiers de leur établissement d’origine, en ne le soutenant pas, ces étudiants contribuent à le dévaloriser. Tout indique aujourd’hui que le système gagnerait en efficacité si l’Etat déléguait davantage ses compétences.

Les syndicats s’y opposent

Paradoxalement, ce n’est pas l’Etat qui s’oppose à l’idée de donner davantage de liberté aux universités. Les gouvernements de gauche comme de droite sont plus ou moins d’accord sur le constat des dysfonctionnements actuels. La résistance au changement vient, en fait, de l’intérieur même de l’université : ce sont les enseignants, les étudiants et le personnel administratif, ou du moins une partie des syndicats qui les représentent, qui se battent pour plus de contrôle de l’Etat, pour un excès de contrôle même.
C’est ainsi qu’en 2003, le projet de loi dit de modernisation universitaire (qui prévoyait entre autres une globalisation du budget, la possibilité pour les universités de devenir propriétaire de leur immobilier…) fut bien vite abandonné devant la montée des oppositions internes.

C’est que le thème de l’autonomie en évoque d’autres, aux oreilles des usagers et employés de l’université: concurrence, sélection, augmentation des frais d’inscription, inégalités, et régionalisation de l’enseignement…
Il est vrai que si chaque université gagne en liberté, certaines seront certainement tentées de mettre en place des politiques de sélection ou d’augmentation de leurs ressources, via les frais de scolarité. En outre, les universités les plus innovantes pourraient prendre une longueur d’avance sur les autres et ainsi mieux valoriser leurs diplômes sur le marché du travail. Bref, si les universités pouvaient toutes faire comme Dauphine ou Sciences Po, certaines réussiraient à briller sur la scène internationale, tandis que d’autres se contenteraient de rayonner à l’échelon local.
Pourtant, à ne pas vouloir que les universités jouent le jeu de la concurrence, celles-ci vont perdre leur place, collectivement. Tout simplement parce qu’elles ne sont pas les seules à proposer des formations au sein de l’enseignement supérieur, et que les nouveaux bacheliers prennent acte de leur impuissance à évoluer.

« Je pense qu’à un moment ou à un autre, nous parviendrons à réformer le fonctionnement des universités. Le système actuel est bloqué, il n’y a pas d’alternative », estime Richard Lioger, qui observe que les nouvelles puissances émergeantes – Inde, Chine et Corée – sont entrées dans la compétition de manière très agressive. Selon lui, si l’idée d’autonomie des universités – il préfère parler de « responsabilisation » des universités – ne passe pas auprès des syndicats, c’est avant tout parce que le sujet n’a pas été suffisamment débattu. Richard Lioger estime par ailleurs que les universités sont déjà un peu régionalisées, et que le système est déjà inégalitaire : « des universités sont déjà mieux cotées que d’autres, on ne fait que masquer la réalité. Il faut leur donner la possibilité de faire des choix affirmés et de trouver leur spécificité ».

Cette liberté trouvée, rien n’interdirait alors à une petite université régionale de s’affirmer comme la première de son domaine. Tandis qu’aujourd’hui, la prééminence va d’emblée aux universités historiques et souvent parisiennes. L’absence d’autonomie, et partant de capacité de réaction locale, fige les inégalités entre établissements, elle ne les réduit pas. En outre, elle déresponsabilise les parties prenantes à la vie de l’établissement.

NB :

Lire également : L'autonomie des universités, au-delà du slogan (juin 2007)

Découvrez notre dossier sur l'autonomie des universités (juin 2007); d'un point de vue historique, politique, fonctionnel, international…Ce dossier de 15 pages (et neuf articles) de l'Observatoire Boivigny répond à toutes les questions sur les enjeux liés à l'autonomie des universités, cette mesure phare du gouvernement. Un dossier exclusif à télécharger dans notre nouvel espace librairie

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P-A. Pillet
19/06/2006



Voir aussi : autonomie
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par hartenburg le 20/06/2007 13:43
merci pour ce commentaire-explication;
pourquoi une poignée de gens comme bruno julliard arrivent à bloquer le sort et la vie de tant de français qui n'attendent et ne demandent que cela d'entrer enfin dans le 21è siècle ?

2.Posté par Nana le 31/10/2007 09:28
Il n'est pas question qu'on se retrouve à devoir payer 3000 euros par an de frais d'inscription (comme en Italie par exemple), qu'on passe une sélection pour pouvoir entrer à l'université, et que le patronat pose sa lourde chappe de plomb sur l'enseignement et de le fonctionnement de l'université.
Vous ne vous rendez donc pas compte...Seuls quelques privilégiés pourront accéder à l'enseignement supérieur alors que nous vivons dansun pays qui soit disant prone l'égalité des chances! Commençons par cesser de raisonner TOUJOURS en terme d'économie. C'est l'économie qui doit être au service de l'homme et non l'homme au service de l'économie ! Avec cette loi, l'étudiant ne devient qu'un objet à rentabiliser ! Ce n'est pas parceque les pays alentour le font que l'on doit entrer dans la même injustice!

3.Posté par ozi le 06/11/2007 17:44
J'ai un Deug de LEA de l'université de rennes 2, je termine ma licence au mexique, dans une université privée à 13 000 euros l'année ( je ne paie rien car je suis en echange ).
J'ai visité de nombreux campus privés, dont certains au Texas, c'est assez impressionant. Dans ma fac je suis entouré de français d'écoles de commerce françaises privées, eux aussi en échange. Je dois dire que je n'envie rien à personne, et je crois que je suis fier d'être de Rennes2, ici je n'apprend rien, les cours sont très mauvais, les locaux sont sûrement plus récents, mais ne sont pas du tout des lieus ou l'on élève les conscience, l'insertion professionnelle est peut-être meilleure ( pour une élite ), mais l'esprit critique est totalement absent.. Je n'envie rien non plus aux ecole de commerces francaises privées, de maniere concrete, je compare les notes, les niveaux, et les avis des gens ( des anciens eleves du privé dans la vie active ), je suis sûr qu'en france le public et le privés se valent, sauf que le privé est privé, donc cher pour ceux qui ne devraient pas payer.

Une université est un lieu d'apprentissage, je ne comprend pas le nom donné à cette loi, les facs vont perdre en autonomie, car elle vont dépendre d'organisme privés et servir ces mêmes intérêts. Il faut être clair sur certaine chose, en france on a encore la chance d'apprendre à manier des outils, adaptables pour être autonome et penser par soi-même, si vous voulez une formation qui vous apprend un métier plus directement, devenez plombier ( la demande est tres forte ).

Je precise au passage qu'il serait assez intelligent d'etudier les taux de chomage de ces pays aux si bonnes facs, de la situation des jaunes, du partage des richesses, d'atomisation de parties entieres de la société qui n'auront jamais les mêmes droits.
ARRETEZ de nous faire croire que vous voulez nous aider monsieur Sarkozy..

Une derniere chose plus personnelle, je hait profondemment les gens qui jugent nos facs sans jamais y avoir foutu les pieds, je hait ces gens qui jubilent devant le JT sur TF1, et je HAIT cette politique devastatrice.

4.Posté par cedric le 09/11/2007 16:49
ben mon vieux Ozi ! qu'est ce que tu m'as fait rire !!
"je haiT" ,....en si peu de lettres tu as révélé beaucoup. Masi c'est surtout cette haine, latente chez vous les révolutionnaires de pacotille qui fait froid dans le dos.
La haine c'est la mise hiors jeu, immédiatement.
C'est la première chose
Je crois surtout que comme beaucoup de tes amis braillards et révoltés vous canalisez une souffrance et une rage individuelle en protestation colmlective tout azimut, qui vu d'un peu de loin semble pathétique et puérile à beaucoup.

Vous vous drapez dans l'immunité d'une justification historique : 1789, la commune, le front populiare, pour sortir toujours le même discours "c'est une minorité qui éclaire les autres"...
Ca vous fait vivre et vous excite,...
En gros c'est vous qui ne réfléchissez pas. Vous êtes mus par l'exaltation et un héroïsme vengeur et bien pensant bête et méchant.
Je vous connais et vous ais fréquenté indirectement, en fac de lettre (par passion) avant de bifurquer vers la fac de droit pour avoir un vrai métier. Maintenant je vis bien, j'ai toujours ma conscience et la littérature est toujours ma passion.
vous êtes creux et méchant, et méprisant, je pense au plombier, ..
Mais la fac n'a plus depuis longtemsp le monopole de la culture et de l'élévation d'esprit.
Vous êtes archaïques, mais pire ... vous n'êtes pas les sauveurs ouverts, généreux et humanistes que vous prétendez être,
vous n'êtes que de sales gosses pleurnicheurds qui mélangaient tout.
Et tu l'as dit :
tu as la haine
Tu as perdu
Rien que pour ça c'est mort pour toi vieux
salut

5.Posté par bob le 10/11/2007 09:45
Je lis une violence plus grande dans le commentaire de Cédric que dans celui de Ozi.
Il me semble que nous devrions réfléchir ensembles pour renverser les logiques suivantes :
- je ne peux pas aller à l'université parce que c'est trop cher !
- je ne veux pas aller à l'université parce que le niveau des études y est trop mauvais
- je ne veux pas aller à l'université parce que je pense que je ne trouverais pas de travail ensuite.
Faites des propositions les gars ...
Merci

6.Posté par John le 15/11/2007 16:30
Je propose de laisser Rennes 2 et Nanterre en dehors de la loi, de laisser les autres l'appliquer de faire un point dans 5 ans pour voir la différence.

7.Posté par Rick le 18/11/2007 12:33
Les étudiants sont POUR que leurs universités restent médiocres et incapables de réagir à la compétition avec les grandes écoles ...laissons-les dans leur nullité...après tout si c'est ça qu'ils veulent...

8.Posté par Tony le 19/11/2007 16:36
Pour une nation qui se vente d'être égalitaire je trouve la venue de cette loi très paradoxale. Car elle entraine la selection. Le seul régime de l'éducation supèrieur qui permettait de donnée une chance à ceux qui n'en avait pas dans les écoles ou les prépas va disparaitre. Je ne me suis pas plonger pleinnement dans la recherche d'une réponse mais si quelqu'un en a une. Avec cette loi, qu'est ce qui différencie une université d'une école ou autres. Des coûts d'inscription réhaussés, une selection à l'entré en fonction du niveau, une rentabilité éxigé de la filière scientifique, compétition national et international des établissements... Tout cela est bien beau, mais on perd alors la notion d'"Université". Cela va entrainer une banalisation des domaines scientifiques étudiés. Car une sciences devra être rentable si elle veut exister. Fini la paléontologie (ce que je fait), la phylogénétique (je pense qu'elle pourra s'en sortir), l'écologie des pop... ces domaines n'ont, pour l'instant, aucune rentabilité économique, les universités n'en voudront plus si elle veulent être quotées. De plus on affirme que la loi va relever le niveau des facultés, je suis entirement d'accord, mais d' une dizaine tout au plus, et les autres???? Cette réforme va à l'encontre de l'égalité des chances dans l'enseignement universitaire. Faudra etre riche, intelligent et competitif (autrment dit penser a sa petite personne), pour sa on a les écoles et les prépas, pas besoin que les facultés s'y mettent.
Exscusez ma réthorique maladroite mais je suis un paléontologue pas un avocat.

9.Posté par alci le 09/01/2009 21:20
Monsieur Tony, j'imagine que vous étiez absent lors des cours de français. Relisez votre vommentaire à l'aide d'un dictionnaire et d'un manuel de grammaire...
Je vis en Amérique (au Québec) où le système est basé sur la sélection. Nous essayons quand même de permettre à un maximum d'étudiants d'accéder à des études universitaires.
Il ne faut pas oublier que l'université n'est pas une fin mais un moyen pour offrir un enseignement supérieur ainsi qu'un environnement propice à la recherche. La compétition entre les institutions d'enseignement ne fait que favoriser la recherche de l'excellence. Sans compétition, il y a risque de se contenter de ce qui a déjà été fait.


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