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LMD: un chantier qui ne fait que démarrer


La réforme LMD (licence-master-doctorat), un des piliers du prochain espace universitaire européen, est mise en place à marche forcée. Aura-t-elle les moyens de ses ambitions, notamment concurrencer les universités américaines ?



"Il est difficile d'inventer tout dans chaque université de façon indépendante", plaide cette enseignante à Rennes, à propos de la réforme LMD, sur l'antenne de France Inter le 30 septembre. Elle déplore que le ministère n'encadre pas mieux la mise en place du dispositif : il devrait donner "des directives beaucoup plus serrées". Les universités réclament aussi des moyens suffisants pour accompagner la dynamique de la réforme LMD.
Les 18 et 19 septembre, lors de la conférence de Berlin, les ministres de l'éducation de plus de 40 pays européens se sont engagés à harmoniser leurs cursus de formation pour permettre la mise en place du système LMD au plus tard en 2005. L’introduction de ce système à deux cycles devrait faciliter le passage d’un étudiant d’une université à une autre. Il s'agit d'un des volets du processus de Bologne (voir encadré, décrit par ses promoteurs comme "la plus vaste et importante réforme de l'enseignement supérieur en Europe depuis 1968".

Etablissements diversement engagés

"La France n'est pas en retard", affirme Michel Laurent, président de l'université d'Aix-Marseille II et premier vice-président de la Conférence des présidents d'université. Une dizaine d'universités ont adopté le système LMD en un an, pour une généralisation à la rentrée 2004 selon lui. "Il est difficile d'imaginer de rester en marge", ajoute-t-il. Certes, mais les établissements sont plus ou moins engagés dans ce processus: les universités scientifiques sont très motivées car elles connaissent déjà la concurrence des classes préparatoires et elles vivent dans un environnement européen. Par contre, les universités littéraires et de Droit sont plus en retrait, analyse Olivier Rollot, directeur des rédactions de L'Etudiant. En ce qui concerne les grandes écoles, système propre à la France, elles vont d'après lui accéder au grade de master, ce qui va faciliter leur reconnaissance.

Marchandisation de l'éducation

Les obstacles pratiques sont nombreux sur la voie de l'harmonisation de l'espace universitaire européen. Qui plus est, cette réforme sert-elle véritablement les intérêts des étudiants en les aidant à se construire un parcours international ? Ou plutôt les intérêts des meilleures universités en leur permettant d'entrer en concurrence avec les offres de formation des autres pays ? Certains craignent que la réforme ait comme conséquence de réduire l'ensemble du système éducatif supérieur à une simple offre de prestations intellectuelles monnayables et standardisées.

Cependant, les universités de Cambridge, d’Oxford, de la Sorbonne, de Mannheim, de Salamanque, de Complutense n’ont pas attendu la création d’un marché unique pour que leur réputation dépasse les frontières de leur pays. De même, les grandes écoles françaises, britanniques ou italiennes (London Business School, London School of Economics, Insead, Polytechnique, Ecole Normale Supérieure ou la Bocconi…) voient depuis longtemps la valeur de leur diplôme reconnue au-delà de l’Europe, réforme ou non.


Alison Cartier
05 Octobre 2003






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