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L’Irlande prend ses marques sur le marché international de l’éducation


Les universités irlandaises, jusqu’ici insuffisamment ouvertes à l'international, entendent se faire une place de choix sur le marché florissant de l’éducation mondiale. Prochainement, la ministre de l’Education nationale, Mary Hanafin, devrait formuler une liste de propositions dans l’idée de hisser les établissements irlandais aux premières places du classement européen.



Malgré tous ses atouts - des universités anglophones, une population jeune, des établissements prestigieux et un marché du travail dynamique - l'Irlande ne détient que 0,5% du marché international de l'éducation (contre 11,8% pour la France), selon le dernier rapport de l'OCDE (1). Et en 2002, les étudiants étrangers en Irlande ne représentaient que 5,2% de la population de l’enseignement supérieur, contre plus de 10% au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, selon un rapport de l’OCDE, publié l'an passé. « Jusqu'à maintenant, en raison de l'histoire de notre pays et pour des raisons purement économiques, il faut bien reconnaître que c'était surtout les étudiants irlandais qui partaient étudier à l'étranger, et non l'inverse. Ce qui explique cette faible proportion d'étudiants étrangers en Irlande » explique Ruth Hegarty, professeur au Trinity College, lequel fait figure d'heureuse exception. En effet, le plus prestigieux établissement irlandais, fondé en 1592, accueille 16% d'étrangers, dont 7% en provenance de l'UE.

Le rapport de l’OCDE préconise de multiplier par deux le nombre d’étudiants étrangers en Irlande dans les cinq prochaines années. Plusieurs raisons sont invoquées : d'une part l'accroissement de la proportion d'étrangers permettrait de soutenir la croissance des universités irlandaises, d'autre part cette diversification de l'origine des étudiants apporterait une plus grande diversité culturelle et intellectuelle.

Jusqu'à 25 000 euros par an et par étudiant

Le recrutement d'étudiants étrangers en plus grand nombre (hors UE) constituerait également une source de revenu non négligeable pour les établissements du pays. En effet, selon les programmes, les droits de scolarité annuels peuvent être facturés jusqu'à 25 000 euros par an pour les étudiants nord-américains ou asiatiques par exemple. Tandis que les Irlandais et les étudiants de l'UE ne payent pas de droits pour les programmes jusqu'à bac + 3 (undergraduate) et payent parfois des frais réduits dans le cadre des masters (postgraduate). Il n'est d'ailleurs pas question de revenir sur ce dernier point : Mary Hanafin s’est engagée à ne pas réintroduire les frais de scolarité dans les cycles undergraduate de l’enseignement supérieur, un droit acquis en 1996. Reste que les établissements du pays estiment manquer de ressources financières pour se développer et concurrencer les universités des autres pays anglophones.
L'accueil de davantage d'étudiants étrangers, combiné à d’autres solutions telles que le développement de liens avec les entreprises, pourrait apporter un peu d'argent frais aux universités. Entreprise Ireland, l’agence gouvernementale d’aide au développement des entreprises irlandaises, entend doubler les revenus générés par les étudiants étrangers en Irlande à 600 millions d’euros d’ici 2008. Aujourd’hui, les 22 000 étudiants non irlandais recensés dans l'enseignement superieur produisent environ 150 millions d’euros par an de revenus pour les universités et plus de 300 millions pour l’économie du pays.

Se forger une identité forte

John Lynch, président de l'International Education Board, précisait lors d’une conférence sur l’internationalisation du système éducatif, le 16 mai dernier : "Si l’Irlande veut sérieusement étendre et développer ses services éducatifs internationaux, elle doit apprendre à se mettre en valeur de façon plus efficace et à plus grande échelle. Cela demandera un investissement considérable". Lors de cette conférence, les organisateurs soulignaient également que dans un marché international de plus en plus agressif, l’Irlande avait besoin d’identifier ce qui la différencie d’autres destinations.

Se forger une forte identité et promouvoir ses universités est crucial pour se faire une place sur le marché de l'éducation, dont la croissance est une des plus rapides dans le monde. Mary Hanafin ouvrait ainsi la conférence en soulignant que le secteur de l’enseignement supérieur devrait progresser de près de 200% au cours des quinze prochaines années.

Dans cette course pour attirer les meilleurs étudiants étrangers, l’Irlande a déjà pris ses marques. Ainsi, en janvier dernier, une délégation constituée des plus hautes autorités de l’enseignement supérieur – dont la ministre de l’Education et les dirigeants des plus grandes universités et écoles du pays - accompagnait une plus large mission commerciale en Chine. « Ce pays sera le marche numéro 1 de cette croissance. Et le fait que les Irlandais parlent anglais est un énorme avantage » notait alors Frank O’Connor, responsable de la section Education Internationale au sein d'Enterprise Ireland.

NB :

(1) Ces parts sont le pourcentage des étudiants étrangers inscrits dans une sélection de pays de l'OCDE, en 2003 (Source : Regards sur l'éducation 2005).


N. Druzkowski
18 Septembre 2005





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