Réforme des CCI : les écoles de commerce craignent pour leur financement


Les réformes à venir des Chambres de commerce et d’industrie (CCI) et de leur mode de financement pourraient avoir des répercussions sur la manne qu’elles apportent aux écoles de management. Alors que les textes de loi ne sont pas définitivement arrêtés, les ESC se demandent à quelle sauce elles vont être mangées.



ESC Dijon
« Aujourd’hui, on est dans le flou » : Stéphan Bourcieu, directeur du groupe ESC Dijon Bourgogne, résume le sentiment général. La réforme de la taxe professionnelle, actuellement en discussion au Parlement, et celle des Chambres de commerce et d’industrie (CCI), qui sera examinée cet hiver, auront très probablement un impact sur les financements des écoles de management. À quel point ? Ce n’est pas très clair.

Une chose semble acquise, les CCI, qui bénéficiaient auparavant de la Taxe additionnelle à la taxe professionnelle (TATP), verront celle-ci remplacée par une dotation de l’Etat. Cette dotation devrait être, pour 2010, de 5% inférieure à la dernière levée de la TATP, et subira une diminution totale de 15% d’ici 2012. Ce qui est moins clair, en revanche, c’est la future organisation des CCI. A priori, on s’oriente vers des regroupements sous l’égide d’une structure régionale qui aurait la haute main sur les finances et la gestion du personnel. Quelle marge de manœuvre auraient alors les chambres locales, qui soutiennent les écoles présentes sur leur territoire ?

Diversité de situation

Face à ces réformes et aux dangers qu’elles portent, toutes les écoles de management ne sont pas logées à la même enseigne. D’abord parce qu’elles ne supportent pas toutes le même degré de dépendance vis-à-vis des chambres. Si certaines sont gérées directement par les CCI, comme l’ESC Saint-Étienne, d’autres, comme Sup de co Amiens, ont un statut d’association dont la CCI est un des membres constitutifs avec plus ou moins de pouvoir. De plus, la part des financements provenant des CCI dans le budget des écoles est variable, même si, globalement celle-ci tourne autour de 10%, contre 30% à 35% il y a une dizaine d’années.

Par ailleurs, la donne régionale est très importante. En Bourgogne, l’ESC Dijon est la seule école de management, tout comme Sup de co Amiens en Picardie. « Je ne me fais pas trop de soucis sur la réforme des CCI », confie Jean-Louis Mutte, directeur de Sup de co Amiens, « la CCI d’Amiens nous soutient depuis longtemps, et les autres CCI de la région nous apprécient, donc, s’il y a regroupement, ça pourrait même nous être favorable ». Même son de cloche du côté de Stéphan Bourcieu : « les CCI de Bourgogne nous soutiennent, et les collectivités locales également, c’est important pour elles d’avoir une grande école de management au niveau régional ».

Une catastrophe

Etudiants à EMLyon
En Rhône-Alpes, la situation est très différente. On compte pas moins de quatre écoles de management, dont trois sont directement gérées par des CCI locales: l’ESC Chambéry, l’ESC Saint-Étienne, et Grenoble école de Management. La quatrième, l’EM Lyon, a un statut associatif. Autant dire qu’une fusion des chambres est vue comme une catastrophe. « Les écoles vont devoir se battre entre elles pour les subventions », explique Michel Rollin, directeur de l’ESC Saint-Étienne, « la CCI régionale pourrait exiger que l’on travaille ensemble, mais ce ne sera pas évident de marier les cultures de petites écoles comme Chambéry et Saint-Étienne avec celles de gros acteurs comme Grenoble et Lyon. Et puis, si on garde les sites, le gros des coûts sera maintenu, il n’y aura pas tant d’économies d’échelle que ça. »

Pour Franck Recoing, vice-président de la CCI de Marseille en charge d’Euromed Marseille Ecole de Management, « les évolutions en cours vont générer une réflexion d’ensemble au niveau des chambres, elles ne pourront pas se permettre d’avoir deux grandes écoles concurrentes sur leur territoire ». En clair, les réformes laisseront des morts sur la route. Et si les CCI et les collectivités locales continueront, a priori, à soutenir au moins une école pour le rayonnement de leur région, celles-ci devront, de plus en plus, apprendre à se débrouiller toutes seules, réforme de la taxe professionnelle oblige. Fondations, taxe d’apprentissage, formation continue, investissement dans un campus high-tech, partenariats locaux et internationaux, tout sera bon à prendre pour renforcer les budgets, diminuer les coûts, se développer, ou tout simplement éviter de tomber dans le rouge.

Si les directeurs d’écoles interrogés se veulent combatifs, ils ne se font pas non plus d’illusions. Ils savent que les années à venir s’annoncent rudes. Après la taxe professionnelle, c’est la taxe d’apprentissage, autre source non négligeable de financement des écoles, qui pourrait être touchée.

NB :

Crédits :
Première photo : ESC Dijon
Seconde photo : Philippe Schuller

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15/11/2009
David Allais
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Voir aussi : ccip, esc
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Commentaires des lecteurs

1.Posté par Erno le 24/06/2010 19:47

Aujourd'hui on dénombre une quarantaine d'écoles consulaires (administrées par les CCI et appartenant à la Conférence des Grandes Ecoles) et plusieurs centaines d'écoles privées, connues, inconnues, reconnues ou non. A ce dispositif déjà massif, s'ajoutent bien sur les Universités de gestion, les IAE (Instituts d'Administration d'Entreprises), les IUT, les BTS, etc.Les Ecoles Supérieures de Commerce, qui a l'origine répondaient à des logiques de développement de certains territoires, aujourd'hui participent à la dissemination de l'offre en management sur le territoire français avec des établissements souvent de très petite taille, avec des moyens limités qui ne font plus face efficacement à l'offre de formation desormais internationale des établissements anglo-saxos et asiatiques.

Alors que l'Université, avec la création des PRES, tente de s'organiser pour rationaliser ses efforts et développer des formations d'excellence (nationale et internationale), beaucoup d'ESC restent attachées à une stratégie autonome de développement (limité) local. Les besoins de plus en plus fort en recherche, professeurs de haut niveau, accréditations internationales sont par conséquent de moins en moins accessibles à ces établissements et peuvent appauvrir progressivement le rôle de ces établissements.

Certains établissements tentent de s'organiser: l'ICN Nancy qui s'est allié à l'ESIDEC, l'ESCEM (fusion ESC Tours - ESC Poitiers), SKEMA (qui regroupent l'ESC Lille et le Ceram), la fusion ESC Caen - ESC Le Havre ou plus anciennement la fusion ESCP - EAP ont permis incontestablement à ces écoles d'accroitre leurs moyens et de rester performants dans leur rôle d'excellence dans l'enseignement Français en Management. D'autres fusions discutées régulièrement paraissent également faire sens (ESC Pau / EM Bordeaux ou ESC Rennes / ESC Brest Bretagne) afin que ces écoles restent les pépinières d'excellence des managers français qu'elles ont été jusqu'à présent. Dans ces deux derniers cas, il parait en effet de moins en moins cohérent que plusieurs établissements distants de seulement quelques kilomètres (ESC Pau, EM Bordeaux, ESC Toulouse d'une part, ESC Rennes, ESC Brest d'autre part) continuent à délivrer indifféremment des diplômes équivalents sans rationaliser leurs moyens et offres. Ceci dans un contexte de concurrence accrue des établissements universitaires (IAE Pau, IAE Rennes), de réforme des réseaux consulaires/des collectivités territoriales et des besoins de plus en plus forts en financement (accréditations AACSB, EQUIS, grade master). Certains accords/fusions ont eu lieu ou auront également lieu dans les années à venir avec des établissements Européens ou internationaux. Il en va de la survie des établissements français au niveau international et du maintien de leur rôle d'établissement d'excellence au niveau local !


2.Posté par JB le 29/07/2010 14:17

Malheureusement ou Heureusement, de plus en plus de CCI réduisent leurs participations financieres envers les écoles, c'est d'ailleurs probablement ce qui pousse de nombreuses grandes écoles à faire des mouvements de rapprochements/fusions ces dernières semaines.

Je vous invite à découvrir le dossier du financial times à ce sujet, qui est non seulement très intéressant et complet, mais qui a en plus le mérite de donner un avis extérieur sur le sujet:

L'article traduit en francais: Les Grandes écoles face à une nouvelle révolution

L'article en Anglais sur le site du FT: Grandes écoles face a fresh revolution


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