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Que restera-t-il du tandem de Robien-Goulard à l’enseignement supérieur ?


Gilles de Robien et François Goulard, respectivement ministre de l’Education nationale et ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche depuis juin 2005, ont bénéficié d’une certaine longévité dans leurs fonctions, qui vont prendre fin dans quelques jours, avant l'annonce d'un nouveau gouvernement constitué par le président de la République fraîchement élu, Nicolas Sarkozy. Deux années, donc, plutôt synonymes de transition que de bouleversement de l’enseignement supérieur, les ministres ayant à maintes reprises remis à plus tard une "concertation" pour une éventuelle rénovation des universités. Il reviendra au(x) nouveau(x) ministres en charge du portefeuille, forts des résultats électoraux (1), de mener à bien les réformes attendues – plus d’autonomie des universités, meilleure orientation des étudiants, allocation de davantage de moyens – que la gauche appelait également de ses vœux. MM. de Robien et Goulard pour leur part ont achevé ou presque la mise en place du LMD, fait adopter la loi sur la Recherche découlant d’un conflit alors qu’ils n’étaient pas encore en poste, ont favorisé l’égalité des chances et subi le mouvement anti-CPE, qui a en même temps donné l’impulsion au resserrement des liens entre Université et emploi.



Que restera-t-il du tandem de Robien-Goulard à l’enseignement supérieur ?
L’harmonisation européenne des grades de l’enseignement supérieur, dite LMD (pour licence-master-doctorat), a été généralisée aux universités françaises à la rentrée 2005. Une épine dans le pied en moins pour les deux ministres alors novices, Gilles de Robien et François Goulard, nommés en juin de cette année-là. Mais aujourd’hui la réforme n’est toujours pas achevée, les études de santé restant notamment à l’écart, ce qui suscite des manifestations régulières d’infirmières ou d’ergothérapeutes notamment. La concertation générale se poursuit aussi sur l'application ou non d'une sélection à l'entrée du master.

M. Goulard a lui hérité de la lourde charge de faire accoucher une loi sur la recherche, attendue par les personnels qui s’étaient vivement élevés contre leur manque de moyens durant l’hiver 2004. La loi, promulguée le 18 avril 2006 seulement, n’a pas satisfait l’ensemble de la communauté scientifique. Elle a cependant permis une meilleure gestion prévisionnelle des emplois ainsi que la création d’une agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), de pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), de réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA) et de centres thématiques de recherche et de soins. Une multiplication de structures - un empilement, diront certains - qui devront prouver leur efficacité. Quoi qu'il en soit, les PRES, qui associent de façon plus ou moins poussée établissements de recherche, universités et grandes écoles, marquent un jalon important vers une nouvelle organisation du paysage universitaire, dans un contexte de mutualisation des moyens pour peser davantage, à l’échelle nationale comme internationale. Les classements de Shanghai ou du Times Higher Education font grand bruit depuis quatre ans et mettent en relief les besoins de regroupement et de rationalisation.

M. de Robien s’est lui distingué en allant à contre-courant de cette tendance, par l’annonce en décembre dernier de la création de l’université de Nîmes, la 85e en France, la plus petite aussi par le nombre d’étudiants et d’enseignants. Le décret de création, le dernier sans doute du ministre, est paru le 8 mai.

Le CPE catalyseur

Gilles de Robien
Gilles de Robien
Dans la droite ligne du vœu présidentiel de favoriser l’égalité des chances, les deux ministres ont de concert accompagné ou salué les initiatives des universités et des grandes écoles en la matière (information des élèves, partenariats avec le secondaire, accompagnement, association d'entreprises...), tout en rejetant une généralisation de ces dispositifs par la loi. A la rentrée 2005, M. Goulard et Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, avaient même lancé un appel en direction des universités. Une enveloppe de 3,7 millions d'euros a été attribuée à 54 projets en 2006-2007. Autre volet de l'égalité des chances: les aides financières aux étudiants. Une allocation de rentrée de 300 euros pour les boursiers quittant le domicile parental a été allouée à partir de l'automne 2006, pour commencer à ceux touchant leur première allocation logement.

La crise autour du Contrat première embauche (CPE) aurait pu faire chuter le gouvernement. Il avait proposé en janvier 2006, ce contrat à durée indéterminé (CDI) destiné aux moins de 26 ans et pouvant être résilié par l'employeur sans motif durant les deux premières années. Devant la mobilisation massive de la gauche, des jeunes et des syndicats de salariés, le CPE n'a pas été appliqué. Il a cependant mis en lumière les difficultés d'insertion des diplômés et la pénurie des universités qui peinent à encadrer les étudiants et à professionnaliser les formations. C'est pourquoi une commission s'est penchée durant six mois sur le thème université-emploi, s'appuyant sur des débats dans toutes les académies. Il en est ressorti une série de propositions reprises à son compte par le Premier ministre Dominique de Villepin lui-même: entretiens d'orientation dès la classe de 3e, dossier unique d'accès à l'enseignement supérieur, service des emplois et des stages ainsi qu'un observatoire de l'insertion professionnelle dans chaque établissement, encouragement à l'apprentissage et l'alternance, acquisition en licence des compétences de base pour une insertion (langue étrangère, informatique, rédaction de CV)... La mise en oeuvre de ces préconisations se heurte cependant au déficit de moyens des universités. MM. de Robien et Goulard se sont bien gardés d'en faire publiquement le bilan avant leur départ.

Echec en 1er cycle toujours important

François Goulard
François Goulard
L’argent, nerf de la guerre : le même problème se pose avec la procédure d'"orientation active" ou préinscription des lycéens dès le mois de février à l'université, initiée par M. Goulard afin de conseiller les futurs étudiants et d'éviter les erreurs d'orientation - la décision revenant aux intéressés. Cette expérimentation, menée cette année par 67 universités sur 85, avait été perçue comme l'antichambre d'une sélection des étudiants. Quoi qu'il en soit, son avenir paraît compromis faute de financement, selon un avis début mai du 3e vice-président de la Conférence des présidents d'université. Au total en France, "il faudrait assurer 150 000 entretiens dans les universités. On ne peut pas le faire aujourd'hui à moyens constants", a estimé Michel Lussault.

Fin janvier, lors d'une visite à l'université Paris XI, Gilles de Robien a livré "quelques idées de bon sens qui pourraient nourrir la campagne électorale". Que ne les a-t-il mises en oeuvre plus tôt! Il a promu une refonte de la licence plutôt que l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’université afin de "constituer dans chacun des grands domaines scientifiques, un véritable "socle de connaissances universitaires" qui garantisse à tous les étudiants la maîtrise d'une vraie culture scientifique générale et fondamentale". La spécialisation n'interviendrait qu'en troisième année. "Les étudiants devraient accepter d'avoir plus de cours", 25 à 30 heures hebdomadaires contre 12 à 15 actuellement, a-t-il souligné. Et dire que lors de leur première rentrée, en 2005, MM. de Robien et Goulard avaient déjà fait de ce thème leur cheval de bataille. "41% d'échec en premier cycle, c'est trop", s'étaient-ils exclamés après des critiques de l'OCDE sur le manque d'efficacité de l'enseignement supérieur français.

NB :

(1) s’ils se confirment aux élections législatives

Crédit première photo : © Caroline Lucas / M.E.N.E.S.R.

Alison Cartier
13/05/2007



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