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Les grandes �coles et la recherche
« La France sélectionne les meilleurs étudiants pour les envoyer dans les grandes écoles et les éloigne donc de la recherche », analyse Elie Cohen, lors d'une conférence donnée au Centre de Sociologie des Organisations (CSO, rattaché à Sciences-Po et au CNRS). Les autres étudiants vont dans « les universités qui concentrent 80% des capacités de recherche », ajoute Jean-Pierre Nioche, Professeur à HEC.
Cette partition n'est guère une découverte : les meilleurs élèves et les moyens financiers sont dans les grandes écoles, tandis que l'on retrouve les gros bataillons d'étudiants et de doctorants au sein des universités. Le système d'enseignement supérieur s'en accommodait fort bien jusque-là. Mais c'était sans compter sur la concurrence internationale et les revues anglo-saxonnes qui valorisent fortement les activités de recherche lorsqu'elles classent les établissements d'enseignement. Un classement réalisé par une université chinoise (l'université Jiao Tong de Shanghai) et rendu public en janvier a mis le feu aux poudres : la première université française se retrouve à la 65e place (il s'agit de Paris VI). Les critères considérés, notamment: le nombre de prix Nobel, la fréquence des citations des chercheurs et le nombre d'articles publiés dans des revues de renom. « Les doctorants français ne sont pas issus du groupe le plus compétent d'une classe d'âge », diagnostique François Orivel de l'Institut de recherche en sociologie et en économie de l'éducation (Irédu) (1), puisque ceux-ci ont été captés par les grandes écoles. « Quant à la recherche dans ces écoles elle est concentrée dans environ 10% des plus prestigieuses d'entre elles, et relativement peu développée dans la majorité. Ce ne sont pas des lieux prédisposés à l'excellence dans la recherche », écrit-il. Par ailleurs, l'élite dirigeante dans les entreprises issues des grandes écoles « n'a pas connu dans sa formation un passage par la recherche », d'où sa faible motivation à la promouvoir au sein des entreprises, avance François Orivel pour expliquer la faiblesse de la part du financement privé dans la recherche française. Ces mêmes entreprises qui, « lorsqu'elles ont des laboratoires de recherche, recrutent souvent des ingénieurs plutôt que des docteurs ! », déplore Christine Musselin, directrice de recherche au CSO. Atteindre la taille critique
Si les universités souffrent de cette captation des meilleurs étudiants, les grandes écoles ne sont pas avantagées pour autant. L'Ecole Polytechnique évolue ainsi dans les profondeurs du classement chinois sus-mentionné. Les grandes écoles indépendantes de l'université souffrent de leur petite taille et de leur manque de moyens (absolus et non relatifs) pour développer des centres de recherche. «Les grandes écoles subissent de plein fouet la constitution d'un marché international de l'enseignement supérieur et le choc est plus violent pour elles que pour les universités», souligne Elie Cohen.
Plusieurs solutions sont proposées par les acteurs du débat pour remédier à cette situation qui veut qu'en France, les meilleurs établissements soient trop petits et peu enclins à entretenir des activités de recherche, tandis que les grands établissements ne recrutent pas les meilleurs et manquent de moyens. - La première idée consiste à rapprocher grandes écoles et universités. « Plusieurs DEA communs sont nés dans les années 90 entre les universités et les grandes écoles », note Christine Musselin, qui observe un phénomène de « retour des élites » au niveau troisième cycle : «des diplômés d'écoles d'ingénieurs ou de commerce reviennent vers l'université pour effectuer leur doctorat ». Mais les grandes écoles sont réticentes à se lier aux universités. Les écoles internes à l'université (dans le domaine de l'administration des entreprises, de la science politique, ou du journalisme, par exemple), si elles se distinguent dans le paysage universitaire, sont souvent moins réactives que leurs concurrentes libérées de toute tutelle. - Une autre solution consisterait à favoriser l'émergence d'universités d'excellence. Le rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) présenté en juin 2003 par Elie Cohen et Philippe Aghion (« Education et Croissance ») propose ainsi la mise en place d'une agence qui attribuerait les plus forts moyens financiers aux meilleurs projets et favoriserait donc l'émergence des meilleurs établissements. - La mise en place d'une sélection à l'entrée de l'université permettrait d'attirer les meilleurs éléments aujourd'hui davantage enclins à se diriger vers les CPGE. Les exemples de Dauphine et Sciences Po Paris sont là pour en témoigner. - Une dernière voie reste à explorer par les grandes écoles elles-mêmes : la reconstitution d'universités par la mise en commun de leurs moyens. Il s'agirait alors pour les écoles de commerce, d'ingénieurs, de sciences sociales, de langues de se regrouper pour atteindre une taille critique au niveau international. Des initiatives de rapprochement sont en cours, notamment entre l'EM Lyon et Centrale Lyon. Mais les obstacles sont nombreux. Les �coles de commerce r�alisent leur aggiornamento
Le tableau ne serait pas tout à fait complet si l'on omettait de mentionner l'aggiornamento en cours au sein des écoles de commerce. Celles-ci, davantage exposées à la concurrence internationale, se sont lancées dans des activités de recherche, notamment sous l'impulsion des organismes de certification Equis (européen) et AACSB (américain) qui exigent des écoles des activités de recherche conséquentes pour l'attribution de leur label. C'est ainsi que l'on a vu naître une course au recrutement des enseignants-chercheurs en gestion ainsi que la mise en place de programmes doctoraux (en partenariat avec des universités). « Les enseignants déjà en place ont été fortement incités à rédiger une thèse dans les années 80 et aujourd'hui ceux qui sont recrutés doivent avoir un doctorat et des publications à leur actif, voire un diplôme ou un post-doc dans une université étrangère », précise Christine Musselin. Les revues académiques et les centres de recherche se développent désormais dans des écoles qui, il y a peu, promettaient à leurs élèves un enseignement pratique, prodigué par des praticiens. Dans le cadre de la réforme LMD, les écoles de gestion souhaiteraient également développer des Masters de recherche, et non pas seulement des Masters Professionnels. En marketing, on appelle ça être en phase avec le marché.
NB :
(1) « Pourquoi les universités françaises sont-elles si mal classées dans les palmarès internationaux ? », par François Orivel. Irédu/CNRS Université de Bourgogne. Avril 2004.
20/04/2004
Pierre-Alban Pillet
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